Histoire du Togo : le 30 novembre 1969

Le 30 novembre 1969 est une date qui a indéniablement marqué l’histoire du Togo. C’est en ce jour que le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), l’ex-parti unique et parti état a été porté sur les fonts baptismaux.

Aujourd’hui, ce parti est devenu UNIR (Union pour la République), et continue d’ailleurs d’être au pouvoir.

La maison du parti en 1975, de nos jour, Palais des Congrès de Lomé – Photo : Photo : Françoise Foliot sur Wikimedia Commons

Avant le 30 novembre 1969, il y a eu le 30 août de la même année. A Kpalimé, ville située à environ 120 kilomètres de Lomé, a été lancée ce qui est appelé l’appel historique. Le président togolais d’alors, Gnassingbé Eyadéma avait dans un discours appelé les Togolais à se retrouver dans un seul creuset national.

Ce qui fut fait le 30 novembre 1969 par la création du RPT.

Le pays en ces temps

A sa création, le RPT était le seul parti légalement autorisé au Togo. Tous les Togolais en étaient donc membres. Les contributions étaient alors obligatoires pour tous les fonctionnaires du secteur public comme du privé.

Les programmes scolaires étaient aussi confectionnés en fonction de ce temps du parti unique. Les cours d’éducation civique et politique donnés dans les écoles primaires avaient pour pilier central, la vie du parti.

De temps en temps, des marches de soutien au parti et à son président fondateur étaient organisées. Ces jours étaient quasiment des jours sans activités même s’il s’agissait de jours ouvrables.

Lorsque le Président recevait un hôte de marque, les élèves étaient invités à se masser le long de l’itinéraire présidentiel pour donner un accueil fervent, populaire et chaleureux aux visiteurs. Les points de chute étaient souvent le Palais des hôtes de marque, devenu aujourd’hui palais de Lomé et l’hôtel du Deux Février. Ce dernier a été ainsi baptisé suite au retour triomphal du Général après son accident d’avion à Sarakawa, le 24 janvier 1974. Un évènement qui était désigné par “attentat de Sarakawa”.

Toutes les velléités d’opposition politique se déroulaient dans la clandestinité.

Nos parents ne pouvaient répondre à certaines de nos questions relatives aux noms comme Sylvanus Olympio ou alors Gilchrist, son fils dont le nom est arrivé à nos oreilles d’enfants dans les encablures du 23 septembre 1986.

Lors des semaines culturelles qu’organisaient la quasi-totalité des écoles, à l’époque, l’animation politique avait une grande partie. Il s’agissait de chants couplés à de la danse avec des élèves habillés en uniforme. Les chansons exécutées avaient généralement pour thème le parti, son Président et ses réalisations pour le pays et le peuple.

L’organisation : organes, ailes marchantes et animation

Le RPT avait quatre organes qui régissaient sa vie, sous la houlette du président fondateur. Il s’agissait du Congrès, du Conseil national, du Comité central et du Bureau politique. En complément de ces organes, il y avait les comités au niveau des régions, des préfectures, des cantons et des villages. Dans les villages, il y avait les cellules de quartier comme à Lomé-Commune.

Moi mon quartier, Nyékonakpoè, à Lomé, était de la cellule 13. C’est dire que le pays était bien maillé.

Les ailes marchantes du RPT étaient : la JRPT (Jeunesse du Rassemblement du Peuple Togolais), l’UNFT (Union Nationale des Femmes du Togo), la CNTT (Confédération Nationale des Travailleurs du Togo) et l’UNCTT (Union Nationale des Chefs Traditionnels du Togo). Quelques noms de dirigeants célèbres pour ses ailes marchantes ont été : Dahuku Péré pour la Jeunesse, Ayélé Nubukpo et Ahlonkoba Aithnard pour les femmes, Nangbog Barnabo pour les travailleurs et Togbui Atsu Gégléadji pour les chefs traditionnels.

Le drapeau du parti était un rectangle vert au milieu duquel trônait un écusson portant un flambeau allumé, entouré de lauriers.

L’animation politique était une activité importante. Mis à part les groupes locaux propres à chaque région, préfectures ou cantons, les deux groupes d’animation les plus connus étaient : l’ARETO (Animateurs de la Révolution Togolaise) et Lomé-Commune. Les troupes Maman Ndanida de Lomé et de Kara, composés des majorettes, complétaient la panoplie. Tous ces groupes rivalisaient d’ardeur en danses et chants pour louer les actions salvatrices du président et du parti.

De nos jours

Le discours de La Baule, prononcé le 20 juin 1990 par François Mitterrand, n’a pas facilité la vie au RPT. Et les évènements du 5 octobre 1990 ont ébranlé le régime jusque dans ses fondations. Toutefois, il a résisté tant bien que mal à toutes les manifestations politiques et populaires jusqu’en 2012.

Le Général Président fondateur est décédé en février 2005 et son fils lui a succédé. Ce qui engagea le parti dans une mutation et a abouti à la création d’un nouveau parti nommé UNIR. C’était le 20 avril 2012. Le 14 avril, le RPT avait été dissout à Blitta, à 270 kilomètres, au nord de Lomé.

De nos jours, le 30 novembre semble tomber dans l’oubli. Mais pour moi, quoiqu’on en dise ou en pense, il demeure une date charnière dans l’histoire du Togo.

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