Quand les couleurs de l'arc-en-ciel s'assombrissent

L’arc-en-ciel est un symbole de joie, de bonheur voire de richesse dans beaucoup de traditions en Afrique. C’est pourquoi lorsque l’on décrit l’Afrique du Sud comme la « nation arc-en-ciel », cela représentait pour moi, au-delà de sa composition démographique diverse, un vrai symbole. Mais ça, c’était avant.
Drapeau de l’Afrique du Sud – Crédit photo : David Peterson sur Pixabay

Depuis quelques années, les violences contre des Africains étrangers vivant en Afrique du Sud sont récurrentes. Certains Sud-Africains, pour des raisons obscures et futiles, s’en prennent aux activités économiques et aussi physiquement aux ressortissants africains. Des pertes en vies humaines, des pillages et saccages sont à déplorer.

Du temps de l’Apartheid, la ségrégation raciale contre les Noirs Sud-Africains, j’étais encore enfant. A Lomé, mes amis et moi avions à cœur de crier, partout où besoin était, notre sympathie à Mandela et à son peuple. Par nos coiffures, nos habits, nos chants et même notre argent nous avons supporté les enfants de Soweto et l’Afrique du Sud pour leur libération du joug de l’apartheid. Je me souviens que nous chantions à tue-tête Upheavel de Nel Oliver même si nous ne parlions pas anglais.

Par ailleurs, notre amour pour ce pays et notre conviction qu’il était béni a été renforcée par la victoire des Bafana-Bafana, la sélection nationale de football, à la Coupe d’Afrique des Nations en 1996. L’année précédente, c’étaient les Spring Boks, l’équipe nationale de rugby, qui avaient remporté la Coupe du Monde de cette discipline. Il avait donc suffi que l’Apartheid finisse, que Mandela vienne au pouvoir et que les blancs et noirs du pays s’unissent pour obtenir ces résultats. En tout cas, c’est ce que nous pensions fortement.

Je vais même exagérer en me demandant si ces tristes événements n’ont pas contribué au décès de Chester Williams, le vendredi 6 septembre dernier par crise cardiaque. Chester Williams était le seul joueur non-blanc des Spring Boks lors du Mondial de rugby en 1995. En Afrique, nous aimons bien les coïncidences et souvent en cas de décès, nous faisons vite des rapprochements.

Nos styles de coiffure

Nous avions notre style de coiffure que nous appelions « Mandela ». Notre coupe de cheveux se voulait identique à celle de Nelson Mandela. Et le coup de ciseaux qui marquait la raie était très important. Ce qui faisait que nous préférions les coiffeurs ambulants venant du Ghana aux coiffeurs disposant d’ateliers. Ces derniers étaient souvent béninois et n’acceptaient de nous faire que des coiffures que nous jugions trop classiques. D’ailleurs, ils étaient souvent d’un âge assez avancé et ne comprenaient pas toujours nos désirs de jeunes.

Lorsque nous étions à Atikpodji (un marché de friperie de Lomé), les tee-shirts portant l’effigie de Nelson Mandela était très prisés. Et en arborer un était toute une fierté pour nous.

Le concours de dessin

A l’école primaire, je me rappelle que nous avions fait un concours de dessin pour illustrer l’Apartheid. Ce fut l’occasion pour nous, alors enfants, d’être sensibilisés sur la gestion raciste qui était de mise dans ce pays. Nos imaginations, illustrées en dessin, avaient démontré toute la tristesse d’enfants et aussi la solidarité que nous voulions témoigner à nos sœurs et frères de la nation arc-en-ciel. Nelson Mandela était pour nous une icône et son peuple, notre peuple. Un dessin m’a beaucoup marqué. C’était celui d’un de mes camarades. Il représentait un homme noir mort pendu à une potence. Cet homme perdait du sang par la bouche et la mare qui en résultait marquait les délimitations de l’Afrique du Sud dans la carte de l’Afrique. Ce sang, selon mon camarade, illustrait celui de la communauté noire sud-africaine qui était martyrisé.

De nos jours, c’est le sang d’autres Africains qui est versé en Afrique du Sud par certains Sud-Africains. Heureusement que ce ne sont pas tous les fils et filles du pays qui s’adonnent aux violences contre les étrangers.

Pauvre Madiba !

Dans ma société d’origine, lorsqu’un enfant commet une bêtise, les témoins demandent souvent qui sont ses parents. A l’évocation du nom de ces derniers, les témoins peuvent alors trouver l’action de l’enfant normale, ou non. L’on a tendance à comparer l’enfant à ses parents pour voir s’il correspond aux valeurs ou à l’image que ceux-ci véhiculent.

Lorsqu’on s’interroge sur ce qui se passe en Afrique du Sud, on ne peut que dire « Pauvre Madiba ! ». Oui, ses enfants ne démontrent en rien toute la valeur que nous lui reconnaissons.

Pire encore, beaucoup d’Africains sont déçus, car du temps de l’Apartheid, nous avons tous pleuré et prié pour nos frères et sœurs de l’Afrique du Sud, et certains parmi eux nous répondent en monnaie de singe.

J’espère que ce sera la dernière fois, même si j’en doute fortement. Oui, la dernière fois que nous voyons certains Sud-Africains s’en prendre à des étrangers africains vivant dans leur pays. J’ai bien dit certains, car il ne faut pas être aussi « bête » pour penser que ce sont tous les habitants du pays de Mandela qui sont xénophobes.

Que tous les Sud-Africains et surtout ceux et celles qui commettent ces actes répréhensible se souviennent que « Nkosi sikélé li africa », leur hymne national, signifie « Que Dieu bénisse l’Afrique ».

Que la bêtise humaine cesse !

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