Tous les jeunes Africains ne se ruent pas vers l’Europe

Le titre de l’essai « La ruée vers l’Europe » écrit en 2018 par Stephen Smith me fait toujours rire. Il me rappelle des interpellations (rassurez-vous, ce n’est pas par la police) qui m’ont été faites lors de mes trois séjours en Italie. Une fois, avant même que je ne réponde à celle qui s’adressait à moi, une autre lui avait déjà rétorqué à haute voix : « Mais lui, il est venu légalement et il va repartir chez lui ». Elle voulait savoir pourquoi les Africains viennent autant en Italie par bateau via la Méditerranée.
Pour ceux et celles qui ne le savent pas, je vous le dis 
: « En Afrique tous les jeunes ne se ruent pas vers l’Europe et ni vers ailleurs ». D’autres restent pour entreprendre et se battre avec leurs moyens. Et ça leur réussit plutôt bien. J’en ai trouvé deux au Togo. Et il y en a beaucoup d’autres.

Un box "So ahoé" ouvert et des paquets de thés à infuser "Ginger & Spices" - Photos : Roger Mawulolo

Un box « So ahoé » et des paquets de thés à infuser « Ginger & Spices » – Photos : Roger Mawulolo

Il n’y a plus un seul jour où les médias ne nous montrent des images de nos frères et sœurs africains voulant accéder à l’Europe par la Méditerranée. Certains y vont même avec leurs enfants en bas âge. Disons que c’est leur très grand amour pour ces derniers qui les poussent à faire cela. Si je dis autre chose, je pourrai être taxé « d’égoïste ayant déjà trouvé pour lui » et refusant donc de comprendre la souffrance qui peut obliger quelqu’un à prendre cette grave décision que de traverser le désert et ensuite la Méditerranée avec un enfant en bas âge. Pour tout ça, l’on nous parle de « la ruée vers l’Europe ». Les Toofan n’ont pas pensé si bien dire, dans leur chanson « La vie là-bas » avec Louane, que je vous présente en fin d’article.

En fait dans le présent billet, je vais vous parler d’un jeune entrepreneur et d’une jeune entrepreneuse togolais. Leurs concepts simples mais forts originaux m’ont vraiment émerveillé. Après des discussions avec eux et des achats effectués, je me suis dit « Tiens…tiens…et pourtant, eux aussi auraient pu choisir la voie de l’immigration par les pirogues ». Mais ils se sont battus avec le peu de moyens dont ils disposaient. Et je vous assure que ces moyens sont bien inférieurs à ceux que certains mobilisent pour prendre les pirogues vers la Méditerranée. Eux, « la ruée vers l’Europe » ne semble pas les tenter.

Akouvi Hyppolite-Cléante Assogba avec le concept « So Ahoé »
Miss Akouvi - Photo : missakouvi.com

Miss Akouvi – Photo : missakouvi.com

Le concept « So Ahoé » d’Akouvi Hyppolite m’a conquis. Il est basé sur des produits locaux africains présentés dans un box en bois de sapin marqué « So Ahoé » qui veut dire « vient du pays ». Du raphia sert à sceller la boîte et à en décorer l’intérieur. Le contenu de la boîte varie des produits cosmétiques à l’alimentaire en passant par des boissons ou des épices. Le client peut composer sa box en faisant le choix des produits disponibles et dont Akouvi vous fournira la liste.

« So Ahoé » est destiné à tous les Africains d’ici et d’ailleurs et à tous les amoureux du naturel. Il veut vous rapprocher de tous ces créateurs qui mettent toutes leurs énergies, toutes leurs émotions dans chaque production. Il souhaite également raconter l’histoire de l’Afrique et faire vivre à travers les box et les astuces beauté la culture africaine dans toute sa globalité. Le concept veille à ne sélectionner que des produits à base d’ingrédients naturels.

Je suis tombé sous le charme de ces boîtes et de l’idée. Les diverses institutions privées ou publiques du Togo devraient pouvoir se servir de cette jeune entrepreneuse pour leurs idées de cadeaux institutionnels à leur clientèle. Les fournisseurs de produits locaux aussi peuvent nouer des partenariats avec elle.

Elle a eu des opportunités pour immigrer mais a choisi de rester. Titulaire d’un diplôme universitaire en gestion commerciale, elle est aussi blogueuse. Ses proches et ami-e-s l’appellent Miss Akouvi.

Aphtal Cissé, le créateur de « Ginger & Spices »
Aphtal Cissé - Photo : Aphtal Cissé

Aphtal Cissé – Photo : Aphtal Cissé

#LémBléwou (Attrape moi doucement), #Amébéviyé (Elle a aussi des parents), #Amélakou (Il y aura un mort), #EnerGinger sont des hashtags désormais connus de beaucoup de jeunes Togolais. Basé sur les vertus du gingembre, le jeune Togolais Aphtal Cissé a créé le « Ginger & Spices Bar » à Lomé dans le quartier Cacavéli. Et ces hashtags sont en fait des cocktails à base de gingembre, de clou de girofle ou de cannelle qu’il propose à ses clients. Il concocte aussi des soupes à base des mêmes produits. Du thé, du jus et des infusions complètent ce menu alléchant et original.

Sa dernière trouvaille est la sacoche de sachets de thé à infuser. Vous en avez en gingembre pur, en gingembre et cannelle ou encore en gingembre et clou de girofle. Le conditionnement des sachets est une œuvre d’artiste. La sacoche est faite en sac de jute, ce qui lui confère une touche traditionnelle africaine.

Ayant fait des études universitaires en sciences juridiques à l’Université de Lomé, la passion d’Aphtal pour la communication l’a rattrapé et il a suivi des cours dans une des universités privées de la capitale togolaise. Il est blogueur et écrivain. Par ailleurs, c’est lui qui m’a convaincu, en 2014, de devenir mondoblogueur. Il y était déjà.

Il aurait pu chercher la voie de l’immigration mais a préféré se lancer dans l’entrepreneuriat privé. Et aujourd’hui, son surnom est « Mister Ginger » ou encore « From Cacaveli with ginger ».

 Pour finir l’histoire de « La ruée vers l’Europe »

Il est vrai que certaines raisons poussent certains Africains à vouloir immigrer coûte que coûte vers l’Occident et surtout l’Europe. Mais leur nombre rapporté à celui des jeunes vivant sur le continent est encore faible pour parler de ruée.

En Europe, il y a également beaucoup de personnes ignorantes qui pensent que ce phénomène concerne tous les jeunes Africains. A ces personnes, je dis : « Non, en Afrique tous les jeunes ne se ruent pas en pirogue vers l’Europe. » Et ils n’en ont même pas tous envie. Il y en a beaucoup qui restent sur le continent et se battent pour entreprendre. A eux, s’ajoutent ceux de la diaspora qui reviennent volontairement en Afrique pour y  investir ou y travailler. Un terme, très à la mode actuellement, a même été trouvé pour les désigner : les repatriés.

6 Commentaires

  1. Votre article est vraiment très intéressant. Il est bien écrit et pleines d’inspirations.L’Afrique a du potentiel et les jeûnes africains doivent le savoir.Merci pour cette démonstration !

    1. Cher lecteur,
      Merci beaucoup pour vos mots. Oui, l’Afrique a du potentiel et malgré tout ce qu’on dit d’elle, certains jeunes s’y battent et sont à encourager….
      A bientôt et surtout continuez de suivre le blog

  2. Merci beaucoup fofo pour avoir mis en lumière ces jeunes talents qui font notre fierté.
    Je te rejoins un peu sur les partisans de la ruée vers l’Europe par la pirogue. C’est un peu méchant de ma part mais je l’assume : leur noyade par naufrage ou de mort dans le désert ne me font ni chaud ni froid. Tu l’as un peu abordé, comment peut-on rassembler des milliers d’euros pour aller mourir dans la mer parce qu’on veut en coûte que coûte aller en Europe? Tout cet argent donné aux passeurs aurait pu servir à faire quelque chose ici non. Moi ça fait très longtemps que je ne plains plus le sort de ces immigrés. C’est mon avis en tout cas!
    Merci en passant pour tes traductions du mina et de l’éwé en français. J’ai toujours été admiratif de ça car je ne traduirai pas de la même manière que toi et tes traductions me semblent souvent très justes 🙂

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