Fadiouth, l’île des classes d’âge

Sur l’île de Fadiouth, au Sénégal, il n’y a pas que des coquillages mais aussi la tradition séculaire des « classes d’âge ». Et la période de célébration de la fête du 15 août est réservée à leurs retrouvailles.

Pont de Fadiouth - Crédit photo : Morceau2vie (avec l'aimable autorisation de Samantha Tracy)

Le pont de Fadiouth – Crédit photo : Morceau2vie (avec l’aimable autorisation de Samantha Tracy)

Fadiouth est située à moins d’un kilomètre de Joal, la ville natale du célèbre poète Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal. Ces deux villes avec la localité de Ngazobil forment la commune de Joal-Fadiouth, distante d’environ 120 kilomètres de Dakar. Les deux contrées sont reliées par un joli pont en bois long de 600 mètres environ.

L’île de Fadiouth, encore appelée l’île aux coquillages, est essentiellement habitée par l’ethnie Sérère. A l’origine animiste, cette ethnie s’est par la suite répartie entre le christianisme et l’Islam avec une forte domination du premier. Un cas assez rare au pays de Senghor. Au Sénégal, environ 11,5 % de la population est sérère.

Les noms que l’on retrouve souvent à Fadiouth sont : Ndiaye, Sarr, Ndong, Diokh, Diouf, Faye. On y retrouve quelques Touré, Mendy, Traoré ou autres noms qui sont souvent issus de mères originaires de Fadiouth. Au Sénégal, on peut facilement se déclarer originaire du village de sa mère. Certaines familles « étrangères » s’y sont aussi installées.

Fadiouth, le village du vivre-ensemble

La célébration des classes d’âge dans la période du 15 août n’a aucune connotation religieuse. Pour cette célébration, il n’y a ni chrétiens, ni musulmans mais juste des habitants de Fadiouth. Même si cela pourrait s’apparenter à la fête de l’Assomption. Un vrai exemple de vivre-ensemble.

L’île dispose d’un seul et même cimetière pour les chrétiens et les musulmans.

Les musulmans de l’île ont contribué financièrement à la construction de la paroisse catholique qui y a été inaugurée en 1981. Pour la mosquée, les chrétiens fadiouthiens ont eux aussi cotisé.

A Fadiouth, on se partage tout et on fait tout ensemble.

Les classes d’âge

A Fadiouth, les hommes et femmes né(e)s la même année sont de la même classe d’âge et cela est très bien organisé. Il s’agit d’une véritable association avec une vie sociale bien animée. Et cela même quand ils ne vivent pas à Fadiouth. La fête catholique de l’Assomption, célébrée le 15 août, est l’occasion du grand rassemblement des classes d’âge.

Les personnes nées la même année se constituent en classe d’âge à partir de l’âge de 20 ans. Les célébrations se font tous les 5 ans pour une classe donnée. Ce qui évite que trop de classes d’âge ne fêtent la même année. Vous avez ainsi la classe des 20, 25, 30, 35, 40, 45, 50 jusqu’aux plus âgées.

Les classes d’âge initient plusieurs activités lorsque leur année de célébration arrive. Au-delà du traditionnel nguël *, des activités caritatives ou à portée sociale sont aussi organisées. Toutes ces activités sont portées par les cotisations des membres. Des khawarés** ou des yendus*** aussi sont organisés. Les membres sont souvent habillés en uniforme et les manifestations sont rythmées par la musique typique sérère (voir la vidéo en fin de billet).

A l’âge de 40 ans, les membres mariés voient leur conjoint intégré à leur classe d’âge. Cette double appartenance n’a pas d’incidence sur les cotisations statutaires. Le montant restant invariable que l’on soit seul ou en couple dans la corporation.

Souvent les classes d’âge ont leur uniforme.

Les retombées sociales

Les classes d’âge permettent d’entretenir les relations sociales entre les fils et filles de Fadiouth. Leur solidarité s’en trouve renforcée.

Les relations islamo-chrétiennes se renforcent avec la célébration des classes d’âge. Tous les fils et filles de Fadiouth de la même génération célèbrent leur fête sans distinction de religion.

Les célébrations permettent aux « Fadiouthiens » vivant hors de leur village voire même du Sénégal d’y retourner régulièrement et ainsi rendre visite à la famille restée sur place.

Lorsque vous discutez avec les originaires de cette île, ils ne se lassent pas de vous conter et de compter le grand nombre de mariages qui a pu être célébré grâce aux classes d’âge. Oui, les ngël, yendous et autres khawarés ont favorisé des rencontres qui ont abouti à des couples.

Comme quoi, des classes d’âge aux classes nuptiales, il peut n’y avoir qu’un pas ou alors pas de pas du tout.

Diokondial*** !!!

* nguel : festival de danses parfois avec des démonstrations de lutte traditionnelle

** khawaré : fête avec vente de repas et boissons commençant généralement vers midi et qui finit avant minuit

*** yendou : fête ou célébration tenant juste en diurne

**** diokondial : merci en langue Sérère

À propos de l'auteur

Mawulolo

Ingénieur Informaticien de formation, ma passion pour la communication appuyée par des compétences et des expériences me permettent de travailler, aujourd'hui, dans la communication. Les politiques, stratégies et projets Jeunesse sont également mes dadas. A ce titre, je suis le coordonnateur de l'action Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique. Sur ce blog personnel, je me livre à l'exercice de l'écriture, qui est aussi une de mes passions.

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4 Commentaires

  1. Quelle belle initiative que l’institution des classes d’âge sur cette île avec des retombées positives fort louables. Il est de plus en plus urgent d’encourager ce genre d’activités où âge ou religions disparaissent pour ne laisser place qu’à la fraternité et au partage. Merci pour ce récit et la qualité de ce billet.

    1. Merci Audrey…
      En discutant avec un ami Kabyè, j’ai cru comprendre qu’un système de classe d’âge existe aussi dans leur culture et fait suite à la luttre Evala.
      Le sujet m’intéresse…

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