Bienvenue à Douala

Lorsque vous visitez Douala, vous avez le choix entre l’aimer ou la détester tellement les contrastes y sont forts. Moi j’ai décidé d’en aimer les bonnes parties et de ne pas forcément en détester les mauvais côtés. J’ai fait miennes ces paroles que les Camerounais aiment répéter : « si on t’explique le Cameroun et que tu le comprends c’est sûrement qu’on te l’a mal expliqué. » Mais moi, je comprends Douala et le Cameroun à ma façon aussi…

Douala - Scène de circulation : carrefour Tiff / Photo : Roger Mawulolo

Douala – Scène de circulation en fin de journée : carrefour Tiff / Photo : Roger Mawulolo

Capitale économique du Cameroun, Douala est une ville vivante. Sa vitesse de peuplement et son activité économique semblent dépasser les capacités des autorités municipales, ce qui est palpable sur les équipements d’urbanisation et d’assainissement de la ville. Les embouteillages sont monstres aux heures de pointe. Les nuits, dans les quartiers chauds, les sièges des débits de boissons débordent sur la chaussée. Les étals des vendeurs de poissons braisés aussi. Les trottoirs n’existent presque plus tellement les toits de tôles des kiosques des vendeurs sont avancés.

L’aéroport de Douala

Beaucoup de mondoblogueurs en ont déjà parlé, notamment Réné Jackson Nkowa, mais je ne puis m’empêcher d’y rajouter ce que j’y ai vu.

Les longs couloirs avec des poteaux, je dirai « couloirs aux mille poteaux », semblent lugubres surtout quand c’est vide. Et il y règne une chaleur d’enfer. Je ne sais pas si c’est parce que la climatisation était éteinte à mon arrivée ou à mon départ. Au moins les poteaux servent à faire de la publicité : à ma première visite c’était Coca-Cola et à ma dernière ce fut MTN. C’est le seul changement en deux ans.

Des pays africains que j’ai visités, le Cameroun fait partie des rares où le visa demeure, à ce jour, un rectangle de tampon rouge, et les informations sont inscrites au stylo. L’informatisation n’est pas encore passée par là. En plus, lorsque vous réglez les frais de visa, vous n’avez droit à aucun reçu de paiement. Je me demande comment le contrôle des fonds encaissés est fait. Il faut aussi subir l’humeur du fonctionnaire de police qui a votre passeport en main. Lorsque l’officier de police est une femme, vous allez regretter la douceur et la voix mielleuse des Sénégalaises. Les fonctionnaires de police sont dans le « sissia » (mot utilisé pour désigner l’art de l’intimidation). On dirait que personne ne sait parler doucement à Douala.

En somme, disons que l’aéroport est vraiment vétuste avec deux petits tapis qui servent à délivrer les bagages.

Toutes les sociétés qui posent des films plastiques sur les bagages dans cet aéroport continuent de le faire à la main. Pourtant, l’une d’elles a exposé une très jolie machine devant son stand. C’est en utilisant leur service que l’on se rend compte que la pose est manuelle et que la machine ne fonctionne pas.

Les dimanches matins, les alentours de l’aéroport sont assaillis par des groupes de sportifs qui font leurs exercices physiques sur les pelouses et la chaussée.

Les taxis et les bend-skins (moto-taxi)

Les conducteurs de ces deux types de transport de Douala sont pareils. Ils parlent fort, disent des mots crus et insultent à tout-va. En plus, ils conduisent mal. Aucun respect pour les signalisations routières. Que le feu de signalisation soit rouge, orange ou vert, la règle est « on passe ou on passe ». Ils préfèrent les klaxons aux freins. Ils foncent toujours et évitent les obstacles par de brusques coups de volant ou de guidon mais ne semblent jamais vouloir freiner. Lorsque l’obstacle est franchi et s’il s’agit d’un autre conducteur, il récoltera, à coup sûr, des injures salées que je n’ose répéter ici. Quand la voie empruntée est sujette à un embouteillage, ils prennent sans sourciller la voie opposée qui, pourtant, est en sens contraire. Même là, ils se permettent d’injurier quiconque les bloque alors qu’ils sont en infraction.

Ce qui m’a marqué chez un des chauffeurs de taxi, c’est qu’il a vraiment manqué de respect à une dame avec qui j’étais. Le tort de la dame est de ne pas lui avoir dit qu’il y avait des embouteillages sur le chemin. Il a ajouté à mon endroit « Vous, Monsieur je sais que ce n’est pas vous. Mais la dame a menti et ce sont les Camerounais qui font toujours ça. » Au moins devant moi un étranger, il aurait pu se retenir de mal parler de ses compatriotes.

Un conducteur de moto-taxi dans une rue de Douala - Photo : Roger Mawulolo

Un bend-skinneur à Douala – Photo : Roger Mawulolo

Chez les bend-skinneurs (conducteurs de moto-taxi), ce qui me faisait sourire c’était la toiture montée sur la moto pour se protéger du soleil et de la pluie. Il s’agit d’un parapluie dont la toile a été prolongée par un bout de bâche ou de plastique. Une autre partie couvre l’avant. Si vous êtes malchanceux, vous devriez rester en apnée durant tout votre trajet sur le bend-skin grâce à l’odeur de transpiration du conducteur. Comme les zémidjans, leurs homologues de Lomé et de Cotonou, ils sont aussi capables de prendre deux passagers sur leur moto, pourtant destinée à un.

Presque tous les noms de quartiers commencent par « Bona »

Pour rire, je dirais tous les quartiers appartiennent à la famille du célèbre chanteur Richard Bona. Pour être plus sérieux, j’ai posé la question mais les définitions ne sont pas forcément les mêmes. Certains m’ont dit que cela voulait dire « grande famille » ou « à » ou « chez ». Je me dis que cela doit être similaire au mot « keur » en wolof qui signifie « maison » qui donne Keur Massar ou Keur Mbaye Fall. Au Togo c’est plutôt « kopé » qui signifie « village » qui donne « Kolokopé », « Kodjoviakopé », « Hanoukopé » ou « Amouzoukôpé » par exemple.

Bonandjo, Bonapriso, Bonalembé, Bonamoussadi, Bonabéri, Bonassama, Bonaduma et que sais-je encore ? Mais nous avons aussi Akwa (centre-ville), Bépanda, New-Bell, Makêpê ou le quartier chaud de Deido, avec sa rue de la joie.

Dans les quartiers de Douala, les poteaux téléphoniques et électriques m’ont intrigué. On dirait que les câbles ne pouvaient jamais être bien tendus entre deux poteaux. Et sur chaque poteau, on y voit un tel amoncellement de fils qu’on croirait que la société de téléphonie ou d’électricité s’y constitue une réserve. Mais le hic, c’est que chaque arrivée de fil avait son rouleau toujours bien fourni. D’ailleurs, les fils se disputaient les poteaux avec les bâches publicitaires ou d’annonces de décès.

Douala demeure une bonne ville africaine avec ses bacs blancs d’ordures toujours débordants ainsi que ses caniveaux toujours remplis d’eaux verdâtres. Faites surtout attention quand vous marchez sur les plaques de béton qui les couvrent.

Au Cameroun, ne vous étonnez pas qu’on réponde à vos questions par des questions. A la fin des mots vous allez toujours sentir les « euuuu », les « engggg » et les « onggggg ».

A bientôt…

Par Roger Mawulolo (facebook) (twitter)

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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9 Commentaires

  1. Ahahahahaha ahahahahaha Roger je suis mort de rire. Je me demande quand est-ce que tu as pu noter tout cela alors que tu n’avais pas suffisamment de temps pour sortir. Vraiment chapeau. À part quelques petites piques que tu fais à mes compatriotes, il y a certaines choses que tu dis que moi-même j’ignorais en tant que camerounais.
    Bref, excellent article et surtout très marrant. Je crois que tu peux expliquer le Cameroun à quelqu’un et il comprend alors que tu as pourtant vie’ expliqué krkrkrkrkrk

    1. A force de fréquenter les gens de Souza comme toi, mes capacités d’observation se sont décuplées.
      Je regarde, j’écoute même pendant que tu me fais manger et/ou boire…
      Merci pour les compliments… Et la suite arrive…
      Le Cameroun est trop inspirant …

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