Sénégal : il faut mettre à jour le code de la route

Il faut actualiser le code de la route du Sénégal car la technologie est devenue un danger pour les usagers. Ce matin encore, j’ai failli renverser un piéton qui marchait en plein milieu de la rue. A mes grands coups de klaxon, il a sursauté et j’ai pu me rendre compte qu’il avait des mini-écouteurs vissés à ses oreilles et certainement connectés à son smartphone. Qu’écoutait-il ? De la musique, des infos, des khassaïdes (chants confrériques islamiques), une prédication évangélique ou était-il en pleine conversation ? Je ne saurai le dire.
Ce n’est donc pas qu’au volant que l’on est un danger pour les autres. Même les piétons sont devenus des dangers sur la route. Pour les motocyclistes, n’en parlons même pas.
N.B : Ce qui est évoqué dans ce billet est valable pour la majorité des pays africains

Visualisation d'un clip dans une voiture en circulation à Dakar - Photo : Roger Mawulolo

Visualisation d’un clip dans une voiture en circulation à Dakar – Photo : Roger Mawulolo

Le Ministre des infrastructures, des transports terrestres et du désenclavement du Sénégal déclarait en mai dernier «Chaque année au Sénégal nous perdons 500 personnes sur nos routes». Je suis sûr qu’il y a une forte proportion des victimes qui étaient en pleine utilisation d’un casque, d’écouteurs, de smartphones au moment où survenait l’accident fatal.

Les piétons

Casques (oreillettes ou écouteurs) accrochés aux oreilles, ils marchent comme des automates et oublient qu’ils sont dans la rue avec des véhicules ou d’autres personnes. Lorsqu’ils traversent les rues, ils prêtent peu attention à la circulation car ils sont captivés par ce qu’ils écoutent. Généralement ce sont des émissions populaires ou de la musique. Quelques fois j’ai eu à m’arrêter et à klaxonner pour les réveiller. C’est à ce moment qu’ils sursautent. Ce qui démontre qu’ils étaient vraiment loin du lieu où ils sont physiquement présents et visibles.
Les sportifs aussi ne sont pas du reste. Ils écoutent de la musique durant leur séance de footing. Ils se mettent ainsi en danger surtout quand ils augmentent le volume de leur appareil pour mieux écouter la musique malgré le vent.

Un conducteur qui manque d’attention peut facilement « en mettre » sous ses roues.

Les cyclistes et motocyclistes

Les conducteurs d’engins à deux roues eux se prennent même pour des stars du vélo ou de la moto. Il faut les voir slalomer à travers les files de voitures en ne respectant aucune règle. Ils rajoutent à cela l’utilisation des oreillettes et casques. Ils roulent partout à toute vitesse et de surcroit écoutent de la musique dont les volumes sont souvent montés à fond pour couvrir le bruit du vent. Toute leur attention est partagée entre leur vitesse et ce qu’ils écoutent. Lorsqu’ils portent le vrai casque, celui recommandé pour circuler à moto, il peut cacher des oreillettes raccordées à leur smartphone ou i-pod. Parfois, les oreillettes sont difficiles à repérer car elles sont sans fils (connexion Bluetooth).

Ce qui les amène à causer des accidents graves de la circulation. Si encore ils en étaient les seules victimes, nous aurions moins pleuré et dit « lls l’ont bien voulu ». Malheureusement, ils emportent avec eux des innocents, qui eux, étaient pourtant bien prudents. Il urge de prendre des dispositions comme sous d’autres cieux.

Les automobilistes

Les automobilistes savent qu’un policier peut les réprimander lorsqu’ils sont pris en flagrant délit d’utilisation du téléphone au volant. Ils usent donc souvent de kits mains libres mais ces derniers aussi diminuent l’attention lorsque l’on conduit. Ils mettent aussi des oreillettes, ce qui produit le même effet.

La nouvelle vogue à Dakar est d’équiper sa voiture d’écran relié à des systèmes vidéo permettant de visionner des clips. J’ai déjà pris un taxi qui en disposait tant pour les passagers que pour le conducteur. Je vous laisse deviner son degré de concentration pendant que passaient des déhanchements d’un clip de Mbalakh (danse sénégalaise) et d’une danseuse de Koffi Olomidé (artiste congolais) ou d’Arafat (artiste ivoirien).

Je sais qu’en France, il n’est autorisé que des écrans aidant le conducteur dans sa conduite mais ici en Afrique et au Sénégal, tout est permis. Même les volumes des auto-radios sont augmentés à des niveaux disproportionnés. Malgré les vitres fermées, on peut les entendre. La règlementation doit faire en sorte de sanctionner les volumes trop forts empêchant d’entendre le bruit extérieur.

Les effets dangereux de l’utilisation

Deux effets principaux induisant des accidents ont été révélés par plusieurs recherches (voir vidéo ci-dessous produite par la sécurité routière française). Ces effets perturbent la concentration sur la conduite :

  • acuité visuelle réduite : la concentration sur la musique annihile une partie de la vision de celui qui écoute avec des oreillettes.
  • audition affaiblie par rapport aux sons extérieurs : le volume fort des casques (écouteurs et oreillettes) et des autos-radios ne favorisent pas la bonne perception des tentatives de communication avec les autres usagers. Les coups de klaxon ou les cris extérieurs sont peu ou prou perçus. Le temps de réaction, à un signal sonore prévenant d’un danger potentiel, peut être alors long et provoquer des accidents.

Je ne sais pas si c’est l’instinct de conservation qui n’existe plus chez les usagers de la route au point de défier ainsi la mort. J’ai fini par me dire qu’ils croient fermement en la résurrection. Il n’y a que cela pour expliquer le fait qu’ils ne voient pas le danger auxquels ils s’exposent ou exposent les autres.

Vivement que le code de la route soit actualisé et surtout appliqué en ce qui concernent les outils liés aux nouvelles technologies.

Par Roger Mawulolo [facebook] [twitter]

À propos de l'auteur

mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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