Crédit: Roger Mawulolo

La vie dans les maisons en toit de tôles troués

En atterrissant à Yaoundé et à Douala, mon visage s’est fendu d’un large sourire. J’y ai vu la majorité des maisons couvertes de toit de tôles. Une similitude avec Lomé.

Et pour ne rien arranger, lorsque le matin j’ai voulu admirer la vue depuis le balcon de ma chambre d’hôtel, mon regard est tombé sur un homme réparant les trous dans les tôles de son toit. C’était sous une fine pluie matinale.

Un homme réparant son toit de tôles - Photo : Roger Mawulolo
Un homme réparant son toit de tôles – Photo : Roger Mawulolo

Au Togo, la tôle sont couramment zi-ngli ou zi-ngi. Le mot vient de zinc. La vie dans les maisons couverts de zi-ngli, oh que dis-je, de tôles et c’est toute une aventure.

Les meilleures aventures relatives se déroulent dans les maisons appelées « cour commune » ou encore celles des citoyens à revenu modeste.

Dans le quartier, vivre dans une maison aux toits de tôles délabrées peut même vous faire avoir un sobriquet. Cela peut même vous valoir des railleries. Vous pouvez être appelé « Zinguihômévi » (celui qui vit dans une maison en tôle) ou « Hôgbangbanmévi » (celui qui vit sous un toit délabré).

En période de pluie

Les citoyens à revenu modeste n’ont pas toujours les moyens de se procurer des tôles neuves pour leur toit. Et en période de pluie, c’est une véritable gymnastique qui s’impose.

Des seaux ou des bassines sont posés dans la droite ligne des trous dans le toit, pour récupérer l’eau qui s’infiltre.

Il se peut même que le lit conjugal soit déplacé car se trouvant directement sous un trou dans la tôle. Imaginez le chef de famille en pleine réalisation de son devoir conugal qui reçoit la première goutte d’eau dans son dos. Je n’ai jamais dit que la femme ne pouvait pas être celle qui reçoit en première position.

Les pluies que beaucoup attendent avec joie car elles rafraichissent le climat ou alors arrosent les terres cultivables, sont des périodes d’inquiétude pour les habitants de maisons à toit de tôle trouée.

Imaginez d’ailleurs le stress de ces derniers lorsqu’un visiteur est assis dans leur salon et qu’une pluie s’annonce.

Si la maison dispose d’un plafond, souvent en contre-plaqué, il est facile de savoir que le toit est troué. Des tâches allant de la couleur marron au noir le révèlent car le plafond est souvent peint en blanc. Et selon sa largeur, on peut même deviner la durée du sinistre. Parfois de gros trous sont percés dans le plafond pour l’empêcher de tomber, laissant ainsi passer l’eau.

Certains côtés du plafond sont carrément détachés ou ouverts à force de recevoir l’eau de pluie.

Vue de toits en tôle dans le quartier de Nyékonakpoè à Lomé - Photo : Roger Mawulolo
Vue de toits en tôle dans le quartier de Nyékonakpoè à Lomé – Photo : Roger Mawulolo

La répartition des réparations de toit de tôles entre propriétaires et locataires

Aucun contrat formalisé ne régit les locations dans les cours communes. Le débat houleux se pose toujours donc sur les responsabilités pour la réfection des tôles rouillées, percées ou endommagées.

Les locataires jugent que ce sont les propriétaires qui doivent prendre en charge les réparations ou les remplacements. Ces derniers disent le contraire.

Le propriétaire peut même répondre au locataire qui réclame les réparations “Ce qui est sûr quand il pleut, c’est toi qui est dans la pièce donc toi-même faut voir”.

Certains propriétaires refusaient de changer les tôles des pièces des mauvais payeurs en guise de sanctions. Ils pouvaient même arracher des feuilles de tôles eux-mêmes pour punir le mauvais payeur.

Les expertises engendrées par les toitures en tôle

Ceux et celles qui vivent dans les habitations à toit délabré sont les seuls capables de nous dire à quelle heure la lune apparaît dans le ciel. Ils peuvent également nous fixer exactement sur le nombre d’étoiles dans le ciel, au-dessus de leur maison.

Ils sont aussi de bons météorologues. Dès qu’ils entendent les lézards courir à toute vitesse sur la toiture et faire un vacarme d’enfer, c’est que la pluie est proche.

Un enfant devant une clôture en tôle – Photo : iwaria.com

Souvent lorsque vous voyez un adulte protester avec véhémence contre le match de football des enfants sous sa clôture, il peut s’agir d’un habitant qui a peur de voir ses tôles rouillées rendre l’âme sous les coups des tirs de ballon.

Le clou de l’affaire, c’est ceux dont les maisons sont entièrement fait en tôles. Je vous laisse imaginer leur vie surtout en temps de pluies.

Vivre dans une maison à toit de tôle troué, c’est toute une aventure.

Partagez

Auteur·e

Commentaires