Ayimôlou, notre incontournable amour

Ayimôlou est une vraie star dans toutes les villes du Togo. Tel un célèbre artiste de la chanson ou un footballeur professionnel d’envergure, il a le vent en poupe. Ayimôlou est un plat cuisiné à base de riz et de haricot, qui règne désormais en maître dans les rues et marchés du pays. Et également sur les réseaux sociaux et dans la diaspora. Il rehausse de sa saveur la grande richesse gastronomique du Togo.

Ayimôlou
Ayimôlou avec assortiments – Photo : Edem Gbétoglo, avec son aimable autorisation

A l’origine, la majorité des vendeuses de ayimolou venait de la préfecture de Tchaoudjo, située dans la région centrale du Togo. Elles sont de l’ethnie Kotokoli et on les appelle communément « bêrês ». Mais ça, c’était avant…

Si l’on peut dire que les hommes de Tchaoudjo sont des guerriers et cavaliers redoutables, l’on ne risque pas de se tromper en affirmant que leurs femmes sont de vrais cordons bleus en matière de ayimôlou qui est appelé « watchê ». Cette même appellation est adoptée au Ghana voisin. Au Bénin et en Côte d’Ivoire, il est appelé « atassi ».

La beauté du ayimôlou est proportionnelle à la quantité de haricot qui y est.

Les « bêrês » ne règnent plus en maîtresses incontestées

Pendant longtemps, les « bêrês » ont eu l’apanage des meilleurs ayimôlou. Ce mot signifie « grand frère » ou « grande sœur » en langue kotokoli. Aussi à force d’entendre interpeller les vendeuses kotokoli par le nom « bêrê », le commun des mortels a fini par appeler toutes les vendeuses par ce sobriquet. Surtout si ces dernières viennent de Tchaoudjo ou du nord-Togo.

Le bon vrai ayimôlou est celui qui contient une quantité suffisante de haricot en plus du riz ainsi que de la potasse naturelle et très peu ou pas du tout de colorant. Et la belle couleur dorée ou ambre de ce plat fait tout son charme.

Avec les « bêrês », on est sûr de manger un ayimôlou avec le riz et une bonne dose de haricot. Mais avec le temps, la concurrence entre les « bêrês » et les dames des autres régions du pays est devenue rude. Ainsi nous avons parmi les meilleures préparatrices d’ayimôlou, par exemple, des dames qui ne sont pas kotokoli. Ce qui fait le bonheur des consommateurs.

La fonction mathématique « ayimôlou-X-pièces »

C’est une fonction dont la variable est « X », avec « X » appartenant à l’ensemble des entiers naturels allant de 1 à l’infini.

Si vous avez le ayimôlou avec du gari – émincé de manioc – au gras, du macaroni et de la sauce, vous avez alors la base. Et elle peut être agrémentée de « yébéssé fionfion » ou piment noir (assortiment de petits poissons fumés, d’épices et d’oignons écrasés puis cuits) et du « yébéssé tchoutchou ». Le « yébéssé tchoutchou » est du piment rouge séché et réduit en poudre. Il ne va pas sans son huile végétale passée au feu avec des tranches d’oignons immergées. Dans ces deux types de piments, chaque vendeuse rajoute d’autres petits ingrédients dont elles gardent jalousement le secret. Avec tout ça, vous n’êtes toujours qu’à la valeur « 0 » de X de la fonction.

Ayimôlou
Ayimôlou-4-pièces – Crédit Photo : Destination Togo, avec son aimable autorisation

L’accroissement de la valeur de « X » résulte de l’ajout d’éléments. Si vous ajoutez de la viande, du poisson frit et des œufs bouillis, vous êtes à « ayimolou-3-pièces ». Pour aller à 4 pièces, un bon wangash peut faire l’affaire. Connaissez-vous le « akpanman » ? C’est de la peau de bœuf trempée pendant quelques jours dans de l’eau pour le ramollir puis cuit. Très prisé par les aficionados du ayimôlou, il sert souvent à porter les pièces à 5. Les footeux savent que là on est en défense centrale. Pour porter la fonction au milieu de terrain, on peut rajouter un morceau de poulet frit ou cuit, selon les goûts. On se retrouve alors à « ayimôlou-6-pièces ». Des croupions ou ailerons de dinde peuvent entrer en jeu et nous ramener en excentré droit avec un « ayimôlou-7-pièces ».

Il n’y a que votre imagination gastronomique qui puisse vous limiter si vous voulez arriver en attaque ou atteindre le maximum du « x ».

Ayimôlou 2.0

Tout change et tout évolue, ayimôlou aussi.

La nouvelle mode est de commander via les réseaux sociaux et se faire livrer chez soi. On dit alors qu’on mange du ayimolou 2.0 . Certains sites internet togolais d’informations ont même établi des classements des vendeuses de ce mets à Lomé.

Plusieurs vidéos sur YouTube, des pages et comptes sur les réseaux sociaux notamment Facebook, Twitter et Instagram parlent de ce plat très prisé. Des hashtags #ayimolou ou #watchi sont également utilisés.

Ayimôlou d'un scrabbleur
Un plat de ayimôlou-1-pièce sur un plateau de scrabble – Crédit Photo : Roger Mawulolo

Ayimôlou et les Togolais

Beaucoup de Togolais ont développé une véritable addiction au ayimôlou. C’est pourquoi vous verrez de longues files d’attente devant les « bêrês ». Même dans la diaspora, les dames spécialisées dans sa préparation ont beaucoup de succès.

Avant, ce repas était pris habituellement le matin. Mais de nos jours, on en prend à toute heure. Aussi même à 2 ou 4 heures du matin, trouverez-vous du ayimôlou disponible à certains endroits. Ce qui fait le bonheur des noctambules ou les adeptes des soirées en boîte de nuit. Ils peuvent ainsi recharger leurs batteries. Certains le préfèrent en dîner ou déjeuner.

Voilà vous connaissez maintenant les fonctions socio-économique, mathématique et même technologique du ayimôlou.

Si vous passez à Lomé ou dans une autre ville du Togo, n’oubliez pas de chercher le vôtre. Là vous ne douterez plus de ce que je vous dis. Avec 300 à 500 francs CFA et même moins, vous pouvez disposer d’un bon plat de ayimôlou bien chaud. C’est dire combien il est à la portée de la bourse de tous.

Bon appétit par avance !!!

Une vendeuse de ayimôlou à Lomé
Partagez

Auteur·e

Commentaires

Eleonore
Répondre

C'est dire combien tu aimes manger...

Mawulolo
Répondre

Le mauvais cœur hein......félicites ton frère pour avoir trouver une fonction éligible au Prix Nobel de mathématiques d'Ayimôlou :P

Adjesson
Répondre

Tout est dit, c'est très beau

Mawulolo
Répondre

Merci beaucoup pour cette appréciation... Ô beau ayimôlou

Marek Abi
Répondre

Ayimolou soit loué!!!! Je t’invite dans mon quartier chez Maami .

Mawulolo
Répondre

Pianm piam chap chap ma va zand'é ya... Covid n'a qu'à vite laissé les frontières s'ouvrir :D

Marek Abi
Répondre

Amen. Moi même c’est ce que j’attends pour rallier Alome

Grétah
Répondre

Excellent !!
J’en raffole