Les 1er novembre, fête de la Toussaint, les cimetières sont animés. Quand j’y croise le gardien des lieux, je souris toujours intérieurement. Enfants, nous avions une peur bleue des hommes exerçant le métier de gardien de cimetière. Pour ceux qui ne le savent pas, je viens d’Afrique où nos considérations culturelles laissent beaucoup de place au mystique. Mais notez quand même que tout ce que vous lirez dans ce billet pourra être considéré comme des propos d’enfant.
Les fossoyeurs, les morguiers, les conducteurs de corbillards exercent certes des métiers liés à la mort, et nous leur conférions quelques « pouvoirs », mais ils n’égalent pas les gardiens de cimetière. La raison est simple : les gardiens de cimetières vivent avec les morts alors que les autres passent juste un peu de temps avec eux sur, justement, le chemin les menant au cimetière.
Profil : homme lugubre et mystérieux
Je ne sais plus si c’était notre imagination qui était débordante mais pour nous, tous les gardiens de cimetière étaient des gens lugubres et mystérieux. Souvent, ils ont la peau noire bien foncée, des yeux profondément ancrés dans leurs orbites. Normalement, il doit être très mince ou très vieux. Ou tout le contraire, grand et costaud. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est jamais jeune ou beau.
D’ailleurs, il ne doit avoir presque jamais été à l’école. Son moyen de locomotion ne peut être qu’un vélo sinon ses pieds.
On oubliait tout simplement que le gardien de cimetière était avant tout un agent de la mairie avec un salaire comme tout autre agent exerçant un autre métier. Souvent même, nous n’en avions jamais vu ou approché. On se demandait même s’ils pouvaient avoir femme et enfants. Ce qui est sûr, en notre temps, c’est que si un élève avait déclaré que son père est gardien de cimetière, il aurait certainement risqué de rester seul sur son banc, sans camarade.
Il a forcément des gris-gris
S’il n’a pas de gris-gris, comment fait-il alors pour travailler dans cet endroit ? Rester tous les jours avec les morts (cadavres et revenants) rime avec disposer de quoi leur parler en cas de besoin. A l’époque, les cimetières étaient souvent très éloignés des habitations, nous pensions donc que pour vivre si loin des hommes mais près des morts, il fallait forcément un homme qui avait des forces occultes.
Si je me souviens bien de toutes les histoires qu’on nous racontait sur les revenants, le gardien de cimetière doit forcément avoir des gris-gris pour gérer tout ça. Il lui faut bien intimer l’ordre à certains morts, trop déçus d’être morts, de retourner dans leur tombe. Ou bien ?
Pour la nuit (on ne se demandait même pas s’il était gardien de jour ou de nuit), il doit avoir une ouïe fine comme celle d’un chien et une vue perçante comme celle d’un chat. Donc c’est forcément un initié qui a pris ses dons mystiquement chez ses deux animaux.
Avant de prendre fonction, il doit avoir pris beaucoup de bains mystiques de blindage* sinon comment peut-il combattre les profanateurs de tombes qui viennent en groupe et qui étaient réputés armés physiquement et mystiquement ?
Il est sûrement un dealer de « pièces détachées »
Pour nous, de deux choses l’une soit il est sérieux, soit il est véreux. Souvent nous lui donnons le mauvais rôle. On le traite alors de commerçant de pièces détachées. Oui pour un gardien de cimetière véreux, les ossements et autres parties des macchabées peuvent faire l’objet de trafic avec des adeptes des manigances rituelles.
Les films d’horreur que nous regardions à la télé avaient forgé nos impressions et imaginations d’enfant sur ce métier. Il y avait aussi beaucoup d’histoires qu’on nous racontait sur les combats mystiques contre les esprits des revenants.
Aussi en Afrique, avouons que nous conférons toujours des pouvoirs magiques ou mystiques aux choses qu’on connait le moins.
Pour ma part, certainement qu’un jour j’irai à la mairie de ma ville demander la fiche de poste des gardiens de cimetière.
Par Roger Mawulolo (Facebook | Twitter)
*blindage : protection mystique (magique) contre les agressions physiques ou spirituelles.
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