Mawulolo

Sénégal : le coronavirus est dans la place

Détecté pour la première fois à Wuhan en Chine à la fin de l’année 2019, le nouveau coronavirus appelé COVID-19 est responsable de cas de maladies respiratoires aigües. Sa propagation rapide à travers le monde est devenue inquiétante vu le grand nombre de victimes qui se compte aujourd’hui. En juste 3 mois après son apparition, le coronavirus a atteint plus de 100.000 personnes dans près de 73 pays. Elle a en outre fait plus 3400 décès.
Le pays de Cheikh Anta Diop, le Sénégal n’est pas épargné par cette maladie.

A ce jour (9 mars 2020), 4 cas ont été confirmés par les autorités sanitaires du pays. Pour le moment, aucun décès n’est déploré. Et nous espérons vivement que de nouveaux cas n’apparaissent pas. Par ailleurs, le premier patient confirmé a été complètement guéri de son infection grâce aux soins reçus.

Le Sénégal est un pays où ne pas se donner la main lors des salutations est considéré comme un manque de respect. Il va falloir changer les habitudes jusqu’à ce que le coronavirus soit éradiqué.

Le dispositif de prévention

Les Autorités sénégalaises ont entamé une large campagne de communication à l’endroit des populations. Il a pour but de les informer de l’existence de cette nouvelle maladie qui peut être mortelle et les sensibiliser sur les diverses précautions à prendre. Le Ministère de la Santé et de l’action sociale a ainsi en place une cellule pour divulguer les informations officielles relatives à la nouvelle donne. Il publie un point quotidien de l’évolution de la situation.

Des affiches démontrant la bonne méthode de lavage des mains tant avec l’eau et du savon ou le gel hydro-alcoolique ont été placés dans les divers bureaux de l’administration publiques ainsi que dans les entreprises privées. Dans les écoles, une fiche technique des pneumonies associées au Covid-19 a été mise à disposition des enseignants pour des cours aux élèves.

Sur les médias des messages d’information et de sensibilisation de masse sont aussi diffusés. Les populations sont invitées à ne pas céder à la panique mais à suivre les indications données par les structures sanitaires.

Dans les aéroports du pays, la prise de température est devenue systématique sur tous les passagers au débarquement.

Depuis quelques jours, l’Etat et les experts réfléchissent sur la possible interdiction des manifestations drainant beaucoup de monde. Dans la liste, nous avons les concerts, les combats de lutte et surtout les cérémonies religieuses. Mais la décision n’est pas encore réellement prise.

Le dispositif de prise en charge

Au-delà de la prévention, le gouvernement a mis en place un plan de riposte. Ce dispositif a déjà d’ailleurs des résultats positifs probants. Il est mis en place avec la collaboration entre le Ministère de la Santé et les établissements publics et privés du secteur.

Lorsque le patient « 0 » a appelé SOS Médecins, une structure médicale privée, et a décrit les symptômes qu’il avait, le personnel a déroulé le questionnaire mis à sa disposition et pris les mesures idoines . Ce qui a abouti aux analyses, à la confirmation et à l’isolement du cas. Les autres cas qui ont suivi ont également été rapidement pris en charge grâce au système d’alerte.
L’algorithme mis en place pour la détection des cas de contamination au coronavirus semble donc plutôt bien fonctionner.

Des numéros verts ou d’urgent sont également disponibles pour contacter les structures spécialisés en cas de suspicion d’un cas.

Que les médias et réseaux sociaux s’assagissent

Sur le premier cas détecté, beaucoup de médias ont donné de fausses informations. Dans un premier temps, ils ont quasiment tous indiqué que la patient était arrivé à Dakar le samedi 29 février 2020. Ce que la communication du Ministère de la Santé a ensuite infirmé en indiquant que le patient a fait sa première consultation le vendredi 28 février à Dakar. Ceci n’est qu’un exemple.
Dans le contexte actuel, il est impératif que les médias s’attellent à donner des informations justes et vraies au lieu de rechercher le sensationnel ou le buzz.

Quand aux réseaux sociaux, ils sont vraiment hors de contrôle et les utilisateurs y partagent des informations invraisemblables et trompeuses. D’aucuns inventent des éminents chercheurs chinois venus de Wuhan (épicentre de l’épidémie) qui prodiguent des conseils sans queue ni tête. D’autres trouvent des médicaments miracles à base d’ail pendant que certains conseillent une forte consommation d’alcool pour venir à bout du Covid-19. Des images de masques réalisés avec des bouteilles de plastique ou des sachets se propagent à grande vitesse. Tout ceci constitue des risques. La désinformation, la propagation de fausses nouvelles sont autant de dangers que le coronavirus lui-même.

Il faudra réellement que les populations prennent garde aux les fake news. Et que les médias s’assagissent. L‘exemple français peut sans doute servir.

Que l’inculture et la foi aveugle soient bannies

Le gros du problème reste et demeure la frange de personnes qui refuse de prendre les précautions indiquées. Ils sont convaincus que rien ne peut leur arriver soit parce que la peau noire est dure ou que Dieu écrasera le virus pour eux. Ce qui est très dangereux.

Les sorties des chefs religieux sont tout de même rassurantes car ils sont unanimes sur le fait d’observer les règles indiquées par les autorités sanitaires du pays. Le Khalife général des Mourides, l’une des confréries musulmanes les plus influentes du pays, l’a indiqué par son porte-parole. L’archevêque de Dakar, Monseigneur Benjamin Ndiaye, a également invité les populations à observer scrupuleusement les règles d’hygiène. Tous les courants religieux semblent ainsi à suivre les directives d’interdiction des grandes manifestations si l’Etat les donnait. Ce qui est rassurant.

Les conséquences économiques du Coronavirus se font déjà sentir au Sénégal. Le secteur touristique, un des poumons du pays, enregistre des baisses dues à diverses annulations de séjours programmés. Les compagnies aériennes et hôtels sont donc déjà touchés. L’industrie culturelle du Sénégal qui est très dynamique peut aussi voir son agenda bouleversé. Les risques d’augmentation des prix de certains produits sont grands.

Si au Sénégal, le virus n’a pas fait de morts de personnes physiques (individus), des personnes morales (entreprises) de certains secteurs pourraient ne pas y échapper. Que cette épidémie cesse donc au plus vite.


Abréby, ce doux refuge entre mer et lagune

A une quarantaine de kilomètres d’Abidjan et non loin de Jacqueville, la station balnéaire en vogue en Côte d’Ivoire, vous trouverez la localité d’Abréby. Une vraie douceur nichée sur la côte de l’Océan atlantique et au bord de la lagune Ebrié. La vie y est simple et douce.
Je l’ai testé.

Abréby - Photo : Roger Mawulolo
Plage d’Abréby – Photo : Roger Mawulolo

Lorsque vous prenez la « Côtière » (route Abidjan – San Pédro) et après avoir traversé la grande commune de Yopougon, vous arriverez dans la sous-préfecture de Songon. Dans les zones de la localité de Songon Dagbé, vous prenez la route bitumée à gauche, au carrefour dénommé « Carrefour de Jacqueville ». La gare routière de Dagbé en est proche.

Avant il fallait prendre un bac pour traverser la lagune Ebrié. Mais depuis 2015, un magnifique pont a été construit et rend l’accès de la zone plus facile. C’est le « Pont Philippe Grégoire Yacé ». Quelques kilomètres après le pont, vous ne raterez certainement pas la route menant à Abréby. Elle sera à votre gauche et un panneau l’indique.

Abréby, le village refuge

Le groupes ethnique Alladian est majoritaire dans la localité. Dans les dialectes des lieux, Abréby signifie « lieu de rassemblement des peuples » ou encore « lieu de refuge de ceux qui ont fui la guerre ». C’est peut-être cela qui lui donne cet aspect si calme, car habité par des personnes recherchant la paix. On y parle aussi le nouchi.
Avec le tourisme, plusieurs auberges apparaissent.

Le courant électrique y est assez stable tandis que les liaisons téléphoniques et internet sont encore quelque peu vacillantes. Mais cela permet un certain repos loin de la frénésie abidjanaise.
Jusqu’à ce que ces liaisons y soient à très haut débit, le cadre peut se prêter à une bonne désintoxication de la drogue que sont devenus les réseaux sociaux. Cela m’a servi.

Les nuits sont bercées par le bruit des vagues de l’océan. Lorsque vous avez l’impression que quelqu’un touche à votre porte, il s’agit certainement d’un crabe marin qui vous souhaite un bon séjour. Et vous pourriez même en trouver dans votre chambre.

Les matins, vous entendez au loin les chansons des pêcheurs posant ou tirant leurs filets. Si le cœur vous en dit, vous pourriez également piquer une tête dans l’océan.

Abréby - Noix de coco à déguster - Photo : Roger Mawulolo
Abréby – Noix de coco à déguster – Photo : Roger Mawulolo

Manger à Abréby

Vous pouvez facilement trouver « l’attiéké » ou « l’alloco » voire le foutou ou autres à Abréby. Ces mets qui sont d’ailleurs considérés comme les plus prisés par les Ivoiriens. Les femmes de la localité en fabriquent et en vendent. Vous pouvez aussi y consommer de la viande de brousse à satiété. Que ce soit le rat palmiste, l’agouti ou encore le civette, les forêts d’Abréby en regorgent et les populations en mangent. Même la viande de crocodile et de varan y sont prisées. Leur goût est excellent. Je vous parle d’expérience. Oui j’ai goûté à tout ça.

Il n’y a pas que la viande à Abréby, il y a aussi du poisson frais car nous sommes aux abords de l’océan et de la lagune. Vous pourriez d’ailleurs vous faire un plaisir de les braiser par vos propres soins, sur la plage.

Vous pouvez y déguster, les pieds dans l’eau, du maïs braisé au feu de bois accompagné d’arachide grillé. Cuit à la vapeur du feu avec ou sans son spathe, le maïs cède facilement sous vos dents et glisse aisément le long de votre œsophage. Une autre version est sa cuisson à l’eau chaude.

Abréby – Braiser du poisson sur la plage – Photo : Roger Mawulolo

Boire à Abréby

A part l’eau douce récupérée souvent par le biais de forages, vous avez à Abréby du bon vin de palme. En langue locale, il s’appelle « bandji ». Dans d’autres pays son nom est « déha » (Togo et Ghana), « bunuk » (Sénégal) ou encore « matango » (Cameroun). Si ce vin vous semble trop frais ou trop doux, vous pourriez vous rabattre sur le « koutoukou » qui est plus fort. Il s’agit d’une boisson alcoolisée distillée localement. Elle se situe entre le gin et le whisky, en termes de goût. Au Togo, au Ghana et au Bénin, le « koutoukou » est appelé « sodabi » et au Sénégal, « kana ».
Cette boisson combinée à des racines ou autres tiges ou feuilles a divers noms. Moi j’ai retenu celle dénommée « 4 heures du matin » . Je ne vous en dirai pas plus.

Un verre de vin de palme frais sur la plage d’Abréby – Photo : Roger Mawulolo

Vous pouvez également déguster le lait d’une noix de coco fraîchement cueillie. Ne laissez pas passer l’amande issue de la noix, elle est souvent d’une tendresse exquise car les jeunes de la localité savent bien les choisir.

Je vous recommande vivement de séjourner à Abréby car vous ne le regretterez pas.


Haïti, 10 ans du douloureux souvenir

Le 12 janvier 2010, lorsque la terre a tremblé à Haïti faisant près de 300.000 morts, j’avais pensé particulièrement à deux amis : une femme et un homme. J’ai rapidement pris de leurs nouvelles et je fus heureux de les savoir hors du pays sinistré puisqu’ils avaient l’habitude d’y résider ou d’y séjourner. Dix ans après l’évènement j’ai recueilli leurs témoignages et sentiments pour écrire ce billet.
Je tairai leur nom.
Scènes de rue à Port-au-Prince (Haïti) - Photos : Roger Mawulolo
Scènes de rue à Port-au-Prince (Haïti) – Photos : Roger Mawulolo

Port-au-Prince, la capitale d’Haïti est située dans une zone sismiquement active. Ce n’est pas un secret. Pourtant le pays ne dispose d’aucun moyen pour alerter les populations. Ni moins d’abris spécialement aménagés pour les cas de séismes.

Dix ans après les évènements tragiques, un constat amer s’impose : si un séisme de la même magnitude se reproduisait, les dégâts seraient au moins de la même intensité. La raison est simple : rien n’a été fait. D’ailleurs, un autre séisme en octobre 2018 a encore fait des dégâts.

« Ça aurait pu être moi »

Les souvenirs restent intacts et toujours aussi pénibles. J’étais déjà partie de Port-au-Prince depuis presque deux ans, 17 mois pour être plus précise, quand le tremblement de terre s’est produit. Je me rappelle avoir commencé à passer des coups de fil frénétiquement à la recherche de toutes ces personnes que j’y avais laissées. J’ai été très heureuse de rentrer en contact avec mes collègues de bureau mais dès que j’ai commencé à demander des nouvelles d’autres connaissances, je me suis rendu compte de la profondeur du drame que nous venions de vivre, certes de loin pour ma part. Je n’ose même pas penser à la douleur de la population haïtienne. A ce jour, ces visages passent et leurs noms s’égrènent dans ma mémoire au souvenir de ce 12 janvier 2010.

L’immeuble dans lequel j’avais mes bureaux s’est aussi effondré. Je n’ai pas eu le temps de penser à moi, je suis fortement optimiste et je crois au destin. Je remercie la Providence de m’avoir gardé loin du champ de ce drame qui me hantera encore pendant longtemps. Une amie encore à Port-au-Prince m’a appelé pour m’informer du décès d’un ami commun. Nous avons pleuré ensemble au téléphone pendant au moins dix minutes, nous consolant mutuellement. Aujourd’hui encore, à la pensée de mes amis partis ce jour, mon émotion est palpable et je ne peux retenir mes larmes.

« Cela semble n’avoir rien changé en Haïti »

Je me suis rendu deux fois à Haïti avant le séisme de janvier 2010. En novembre 2005 puis en mai 2006 pour des missions professionnelles.

La violence et le kidnapping étaient courants à cette époque. Nous devions donc nous faire accompagner par des gardes du corps armés pendant tous nos déplacements.

Nous avons été hébergés dans le plus bel hôtel de la ville de Port-au-Prince, l’Hôtel Montana. Avec une large vue sur une grande partie de la ville, l’hôtel est perché sur les collines.

Pour l’Africain subsaharien que j’étais, et qui se rendait dans un pays proche du continent américain, je m’attendais à voir un pays d’un niveau de développement plus avancé que nos pays. Ma première surprise, à mon arrivée, fut de découvrir dans les rues les mêmes scènes qu’en Afrique. Des vendeurs de beignets étaient visibles aux bords des rues ou des vendeuses portant des plateaux de fruits, d’épices, de condiments ou autres sur la tête à la recherche d’acheteurs. Des véhicules utilitaires servant à faire le transport en commun derrière lesquels courent des hommes et des femmes étaient aussi présents dans Port-au-Prince.

L’autre surprise concerne les repas. Au petit déjeuner à l’hôtel, nous avons souvent droit à des beignets, de la bouillie, de l’igname bouillie… Ce qui rappelle l’Afrique. Au dîner, nous avons eu, des fois, droit à du riz avec des haricots (appelé ayimôlou au Togo).

En janvier 2010, j’ai appris la triste nouvelle du séisme.

En mars 2014, je me rends pour la troisième fois à Haïti. Cela faisait quatre ans que le séisme s’était produit. J’ai retrouvé l’hôtel Montana (ou du moins ce qui en restait). Ma surprise fut grande lorsque je suis arrivé sur la colline de l’hôtel. Tout était parti avec le séisme. Les propriétaires avaient essayé de sauver une partie de cette jolie bâtisse mais rien à voir avec ce qui existait avant janvier 2010.

Dans les rues, des camps de réfugiés ont fait leur apparition un peu partout. Et j’ai eu l’impression que la précarité s’était accentuée. J’ai remarqué notamment l’apparition des taxi-motos et la disparition des taxis.

Pour ma part…

Après toutes ces années, le traumatisme subi par la population reste toujours patent. Des gravats issus du séisme subsistent encore. Et certaines familles n’ont toujours pas fait le deuil de leurs proches car les corps n’ont pas été retrouvés. Les conditions de vie se détériorent. La population se sent abandonnée malgré toute l’aide extérieure. L’on manque d’eau potable et d’hôpitaux pour les soins primaires. Pour la prise en charge psychologique des victimes, les structures d’accueil sont insuffisantes. C’est à croire que Haïti est la petite fille abandonnée de l’humanité.

Vivement que les autorités haïtiennes prennent le taureau par les cornes et mettent en place tout le dispositif nécessaire pour faire face aux besoins actuels de la population. Les activités sismiques de la zone étant toujours possibles, des mesures doivent aussi être prises pour minimiser les dégâts, si jamais ce scénario macabre se répétait. Des méthodes éprouvées existent.


Lomé et les anglicismes de sa langue

Dans les expressions courantes utilisées à Lomé, plusieurs mots d’origine anglaise y figurent. Ils sont tellement usités que le commun des mortels à Lomé et plus largement au Togo ne s’en rend même pas compte.

Scène de circulation au rond-point Colombe de la paix - Lomé, Togo le 26 octobre 2019 - Photo : Roger Mawulolo
Scène de circulation au rond-point Colombe de la paix – Lomé, Togo le 26 octobre 2019 – Photo : Roger Mawulolo

L’histoire du Togo indique que le pays a été sous les influences allemandes, anglaises et françaises avant d’accéder à l’indépendance, le 27 avril 1960. Après la défaite des Allemands lors de la première guerre mondiale, le pays a été séparé en deux entre l’Angleterre et la France. Bien qu’étant restée dans la partie française, Lomé est toujours restée sous une certaine influence anglophone. Cette influence est due à la proximité géographique de cette capitale avec le Ghana, un pays anglophone. Les liens historiques, familiaux, communautaires, commerciales et économiques entre les diverses populations des deux côtés de la frontière n’ont pas arrangé la situation. Mieux, jusqu’à ce jour, l’on voit des enfants et jeunes Togolais élèves ou étudiants au Ghana. Ils traversent la frontière tous les jours pour se rendre dans leurs écoles. Avouons même que beaucoup de Togolais vouent une certaine admiration pour le Ghana.

Ces siècles de brassage entre ces peuples qui partagent généralement les mêmes langues autochtones a induit des influences sur la manière courante de s’exprimer.

A Lomé, beaucoup d’expressions d’origine anglophone se sont introduites dans la langue cosmopolite utilisée pour la communication entre les populations. Cette langue, appelée arbitrairement « Mina », est une sorte de créole mélangeant l’Ewé, le vrai Mina (langue de l’ethnie Guin d’Anèho au Sud-Est du Togo) et les termes anglais dont je veux vous parler.

Faisons un petit tour de quelques mots et expressions…

Les salutations et les vœux à Lomé

En cette période de fin d’année, les Loméens se sont beaucoup dit « moudzi Chrismas bé dzôgbenyuiê nô  » qui veut dire « je te souhaite un bon Christmas ». Beaucoup ne s’imaginent pas que c’est le mot anglais « Christmas » qui est ainsi utilisé. Le comble a été pour le 31 décembre où on s’est dit allègrement « Happi nou yaaa ». Le célèbre « Happy New Year » des Anglais se fait beaucoup de soucis. Même à Pâques, on se dit « Bon Ista ». Oui, il s’agit bel et bien de « Easter », le mot anglais servant à désigner la fête de Pâques.

Les matins, nous nous lançons des « môni » et les soirs des « goudivi » en guise de salutations. Pauvres « good morning » et « good evening », nous vous présentons nos plates excuses.

Après ces salutations, l’on peut alors te demander si tu as pris du thé en disant « O nou ti a ? ». Le « ti » vient du fameux « tea » anglais.

Dans les transports

Généralement, à Lomé, nous appelons les chauffeurs « drêva », tiré du mot anglais « driver » et leurs apprentis sont désignés par « mêtivi » à cause de « driver’s mate ». Pour t’indiquer la ceinture à attacher ou même celle qui est sur ton pantalon, le chauffeur peut te parler de « bêlinti ». Et je vous assure qu’il ne sait pas qu’il utilise le mot anglais « belt ». Pour lui, le mot « ceinture » en Ewé ou Mina, langues du Sud-Togo, c’est « bêlinti ». Nos grands-mères désignent toujours les véhicules à 4 roues par le mot anglais « lorry ».

Les conducteurs de taxi-moto communément appelés zémidjan vous diront que leurs motos ne leur appartiennent pas et qu’ils l’ont « kampé » ou bien qu’ils font du « wôkampé » . En fait, le mot vient directement de l’expression anglaise « work and pay ». C’est un système où un propriétaire met à la disposition du conducteur une moto qui, au bout d’une certaine période et d’un certain montant versé, lui reviendra.

Si le conducteur se révèle être malhonnête envers le propriétaire, ce dernier pourra dire qu’il veut faire du « katafiti ». Le mot anglais « counterfeiting » qui signifie contrefaçon ou fraude a ainsi trouvé son cousin.

Et si cette malhonnêteté doit déboucher sur une bagarre, il faudra savoir que l’affaire est arrivée à son « kitika pointe ». Je vous laisse deviner ce dont il s’agit ? Ne cherchez pas longtemps, il s’agit de « critical point ». Si donc vous avez une discussion chaude avec un Loméen et vous l’entendez dire « egna ya d’o kitika pointe mé » , prenez vos dispositions pour ne plus être à portée de sa main.

La quasi-totalité des métiers concernée

De manière courante, tous ceux qui exercent dans un métier officiel de sécurité sont appelés « sôdja » de l’anglais « soldier ». Pourtant dans la langue locale, des mots existent bel et bien pour désigner les composantes de ce corps de métier.

Nous disons « baba » pour les coiffeurs. En anglais c’est « barber ». Pourtant à l’époque, la majorité des coiffeurs étaient des Béninois venant surtout de Porto-Novo. Pour réparer ou confectionner nos meubles, nous faisons appel aux menuisiers appelés « kapita ». Il pouvait même nous fabriquer des armoires que nous appelons « édron ». En Anglais c’est bien « wardrobe » et le menuisier lui-même est « carpenter ». Pour peindre les murs, nous appelions le « pinta ». Dans le dictionnaire anglais-français, on voit bien que peintre est bien « painter ».

Les grandes dames de Lomé n’hésitent pas à aller se faire confectionner des bijoux chez les « gosimiti ». Eh oui, les « goldsmith » sont nos bijoutiers locaux même s’ils sont souvent sénégalais et s’appellent Thiam.

Quand nos chaussures étaient usées, nous avons recours aux « chouméka ». Même certaines personnes vivant à Agbozumé (bourgade du Ghana en Volta Region) ne savaient pas que « choumêka » venait de « shoes maker ». Vous voyez que cette affaire n’est vraiment pas simple.

Pour se soigner, nous allons voir le médecin et quand on nous demande qui nous a prescrit les médicaments, nous disons que c’est le « dôkita ». « Doctor », nous nous excusons du peu.

Dans le domaine des jeux

Que ce soit dans la loterie formelle ou dans les jeux des enfants, les mots anglais sont également présents. Lorsque deux enfants parient entre eux, ils disent « miayi bêtine » qui veut dire qu’ils font du « bêtine » de l’anglais «betting » qui signifie « pari ». On espère qu’à la fin, il n’y aura pas de « katafiti ».

Le jeu principal de la Loterie Nationale Togolaise (LONATO) est communément appelé « London pool » car basé sur les résultats du championnat anglais. Nous disons, il y a eu 12 « drô » sans savoir qu’il s’agit du mot anglais « draw » signifiant match nul. Et quand un match est reporté, les joueurs disent il y a « pouspoune ». C’est quand j’ai commencé l’Anglais au collège que j’ai compris qu’il s’agissait du mot « postponed » qui veut dire reporté.

A la maison, à l’école, à l’église

Pour indiquer à un ami que je suis en location dans une maison sise sur l’autre rue non loin du cimetière, j’utiliserai au moins quatre termes empruntés à l’Anglais : « haya », « ahomé », « kon-na » et « bénigla ». Ces 4 termes viennent respectivement de « hire », « home », « corner » et « bury ground ». D’ailleurs, le quartier « Bèniglato » de Lomé désigne la zone aux alentours du célèbre cimetière de la plage.

Mon enseignant à l’école je vais l’appeler « tchitcha » et indiquer mes frais de scolarité par « soukoulou fin » et l’école même c’est « soukoulou ». Tout cela vous semble proche de « teacher », « school fees » et « school », n’est-ce pas ? Il s’agit exactement de ces 3 termes anglais.

Le dimanche à l’église, j’appellerai le prêtre « fada », la sœur religieuse « sista » et le pasteur « pastô ». La Reine Elisabeth me dira certainement que j’usurpe les mots « father », « sister » et « pastor ». Et je lui répondrai que j’avais même oublié de dire que l’église s’appelle « tchôtchi » venant du mot « church ».

Je vous assure que ce que je viens de vous décrire avec ces quelques mots est une infime partie de l’iceberg linguistique de Lomé. Quelques mots allemands même y sont aussi restés. Et le français même commence par s’y insérer avec des mots en verlan.

Au finish Lomé ne serait-elle pas une ville francophone très anglophone ? De toute façon, il n’y a aucune honte à avoir quand nous voyons la foison de mots anglais figurant dans le français. Nous ne sommes donc pas seuls. A chacun ses anglicismes.


L’éducation financière, mes parents et moi

L’éducation financière est un terme à la mode, de nos jours, et est indiquée comme une des solutions pour arriver à l’inclusion financière des populations exclues du système bancaire et financier. En écoutant divers orateurs et en lisant divers documents sur le sujet, je me suis rendu compte que nos parents nous ont donné cette éducation et cela même avant que cela ne devienne un sujet à la mode. Peut-être qu’on ne s’en rendait même pas compte. Je vous rafraichis la mémoire.

Tirelire en terre cuite – Licence Creative Commons CC BY-SA 4.0

Selon la Banque mondiale, l’inclusion financière définit la possibilité pour les individus et les entreprises d’accéder à moindre coût à toute une gamme de produits et de services financiers utiles et adaptés à leurs besoins (transactions, paiements, épargne, crédit et assurance) proposés par des prestataires fiables et responsables.

L’éducation financière, pour l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), consiste à donner des connaissances et la compréhension des concepts et des risques financiers, des compétences, la confiance en soi pour prendre des décisions financières éclairées.

Pour la zone UEMOA, les enjeux de l’inclusion financière ont induit l’organisation par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) de deux éditions (2018 et 2019) de la Semaine de l’Inclusion financière. Elle a également abrité les 28 et 29 octobre 2019, un atelier régional de concertation sur l’éducation financière. L’objectif a été de valider le projet de document du Programme régional d’éducation financière. Ce qui démontre toute l’importance accordée à ce sujet.

De mes souvenirs, je rassemble et partage avec vous ce que je considère comme les éléments d’éducation financière que mes parents m’ont donnés. Cette partie de ma vie se passe au Togo dans les années 1985 à 1998.

La monnaie ou l’argent, tu sauras connaître et compter

Lorsque nous étions enfants, pour nous la monnaie c’était le reliquat issu d’une transaction. Et elle est obtenue après avoir donné l’argent. Il fallait donc savoir combien on devait d’abord payer et ensuite quel reliquat resterait à récupérer. On disait de l’enfant qui ne savait pas faire ces opérations que « cet enfant ne connaît pas l’argent ». La base de notre éducation financière a été de connaître les billets et pièces. Tous petits, nous étions envoyés à la boutique avec des pièces de 25, 50 ou 100 francs. Vers les 9-10 ans, l’on commençait par mieux connaître les billets de 500, 1000 et 2000. Et par la suite les plus billets à plus grosse valeur. Une initiation par étapes.

Nous étions éduqués au fait que nous utilisons le Franc CFA mais qu’au Ghana voisin c’était le Cedis. Mon quartier Nyékonakpoè était frontalier d’Aflao, une localité ghanéenne. Au-delà des parents, nous avons aussi vu des agents de change aux différents postes de frontières du quartier manipuler des devises d’autres pays tels que le Naira (Nigeria), le Franc français puis l’Euro voire le Dollar. Tout cela a concouru de manière implicite et explicite à notre éducation financière.

J’ai compris tout le sens et toute la valeur de cela quand la nounou de mes enfants a voulu jeter des billets d’Ariary et de Francs rwandais que j’ai ramenés de Madagascar et du Rwanda. Quand je lui ai posé la question, elle m’a répondu « cet argent n’est pas bon ». Elle avait raison car n’ayant jamais su qu’il existait d’autres devises au-delà du CFA qu’elle utilise tous les jours au Sénégal. J’ai dû lui faire ma part d’éducation financière sur la monnaie.

L’épargne : un « bankivi » tu auras, le « Yes-Yes » tu feras….

Bankivi - Tirelire en bois - photo : Roger Mawulolo
Bankivi – Tirelire en bois – Photo : Roger Mawulolo

Dès l’instant où nos mères ont commencé par nous donner de l’argent pour nos besoins en récréation à l’école, elles nous ont aussi remis une tirelire, appelée communément « bankivi » (petite banque). Elle est généralement en bois ou en terre cuite. Des modèles en fer sont apparus après. Même des boîtes de conserves usagées pouvait servir. De nos jours plusieurs startups ont dénommé leurs applications « bankivi » ou « bank-vi ».
Chaque jour ou chaque semaine, nous devions y mettre un peu d’argent prélevé directement sur ce que nous avions reçu des parents ou comme cadeaux d’autres personnes. Il nous était défini des périodes fermes où nous n’avions pas le droit de casser la tirelire. Et c’est surtout à l’approche de la rentrée scolaire ou des grandes fêtes que nous y étions autorisés.

L’autre système d’épargne était le « Yes-Yes » : un collecteur d’argent qui passait tous les jours de la semaine sauf dimanche. Après 30 cotisations équivalentes à environ un mois voire une durée plus longue, nous pouvions récupérer ce que nous avions déposé. Le collecteur était rémunéré par le premier dépôt. La sécurité de notre épargne reposait exclusivement sur la confiance faite au collecteur mais cela nous a donné les prémices de la culture de l’épargne. Il y avait aussi la tontine au sens africain du terme appelé « Essô » qui est une cotisation de plusieurs personnes dans une caisse commune pour une périodicité bien définie. Le montant est remis à tour de rôle à chacune d’elles.

Quand j’ai été admis à l’Université, mes parents m’ont recommandé d’ouvrir un compte épargne pour y « loger » la bourse que je recevais. A cette époque, les étudiants étaient encore payés en espèces aux guichets d’une banque.

J’ai aussi lu dans le livre «Le Sénégal au cœur » du Président du Sénégal, Macky Sall, que les femmes pour économiser, achetait de l’or et le stockait. Et qu’en cas de besoin, elle pouvait en revendre pour disposer de fonds pour financer leurs besoins (commerce, scolarité des enfants). C’est aussi une forme d’épargne. Et selon moi, c’est une bonne base d’éducation financière.

Les dépenses : intérêt, qualité et prix tu jugeras…

Les parents nous apprenaient à faire la différence entre valeur et prix. La première pouvant être affective, historique ou commerciale.

Lorsque nous voulons acheter un produit, la première question qui fuse est : « que veux-tu en faire ? » ou encore « quel est l’intérêt pour toi ? » ou même « en as-tu les moyens ? ». Nous ne comprenions pas toujours mais par-là nos parents nous ont inculqué le contrôle des pulsions d’achat donc de dépenses. Et surtout à agir selon les moyens dont nous disposons. C’est bien de vouloir les nouvelles paires de « baskets Air Jordan » pour jouer ou frimer mais il fallait aussi voir si les moyens y étaient.

Je me souviens de mon cousin qui m’a rapporté cette réponse de son père quand il lui a demandé des chaussures qui coutaient 25.000 francs CFA. Son père lui demanda « Combien as-tu toi-même pour contribuer ? ». Mon cousin n’avait rien mis de côté. Et son père de lui dire sèchement « Mon fils, quand on n’a pas d’argent on ne cherche pas à acquérir des choses chères. On économise d’abord ». Mon cousin était très remonté contre son père. Mais en grandissant, nous nous sommes dit que c’était une bonne leçon qui nous a été ainsi donnée.

Nous nous arrangions aussi avec les conseils des parents pour acheter en versant des arrhes. Quand nous voulions acheter un produit qui était cher pour nos bourses, nous faisions de petits dépôts chez la commerçante. Selon les cas, nous récupérions le produit après avoir payé au moins la moitié du prix et nous payions le reste de manière hebdomadaire ou mensuelle. Ou encore on attendait d’avoir bouclé tous les paiements avant de récupérer le produit.

Nous avons été bien formés par nos parents ou aînés à l’art de la négociation des prix aussi. Et pour disposer de certains produits de marque surtout en habillement ou chaussures, nous avions souvent recours à Atikpodzi ou Hédzranawoé ou encore Dékon, des quartiers ou marchés de Lomé réputées pour la vente des friperies, généralement appelés « abloni ».

Dans tous les cas, en termes d’achat ou de besoin, il nous a été dit qu’il fallait faire la différence entre les dépenses obligatoires, prioritaires et accessoires. L’on nous a même enseigné qu’il faut d’abord réussir à construire sa propre maison avant de s’acheter une voiture. Une vraie culture du sens des priorités.
Le maître-mot de mon père, et qu’il nous a répété tout le temps, est : « le nécessaire avant l’agréable ». L’éducation financière repose aussi sur les méthodes de maîtrise ou de rationalisation de dépenses.

Revenus et gestion de fonds : travail et sérieux seront tes options…

Lorsque j’ai réussi au BEPC (Brevet d’Etudes du Premier Cycle), mes parents m’ont proposé pour les vacances qui ont suivi de me trouver un job de vacances.

De ce jour jusqu’à ce que je ne finisse mes études universitaires et que je ne débute ma vie professionnelle, j’ai donc travaillé toutes les vacances ainsi que certains samedis. Cela me faisait des revenus supplémentaires. Ils me conseillaient juste de bien gérer les fonds et de m’acheter ce que je ne pouvais leur demander. J’ai eu à opérer dans la gestion des archives, dans la manutention et dans l’entretien pour gagner de l’argent. Il m’arrivait aussi d’aider des familles du quartier à faire certains travaux rémunérés : monter une antenne de télévision, couper un vieil arbre pour faire des fagots, encadrer un enfant préparant un examen, donner des cours de bureautique, établir des factures et des devis ou rédiger des courriers pour des ouvriers peu alphabétisés du quartier…

Certains amis montaient plutôt de petits commerces sous les conseils de leurs parents. Nous savions donc que l’on pouvait acheter et revendre avec un bénéfice. Tous les risques liés au commerce pouvant générer des pertes sont ainsi connus dès le bas-âge. D’autres aidaient leurs parents dans leurs ateliers quand ils étaient tailleurs, coiffeurs, mécaniciens ou autres.

Pour aussi nous apprendre la bonne gestion de fonds, mes parents ont procédé par étapes. Au cours primaire et au collège, ils m’ont toujours remis mes fonds de manière quotidienne et au lycée de manière hebdomadaire. A l’université, la fréquence était mensuelle. Ce format impacte sensiblement la manière d’épargner et de dépenser et surtout la planification des dépenses.

Tout ça c’est de l’éducation financière…

Pour moi toutes ces actions de nos parents étaient de l’éducation financière, peut-être non formalisée. Mais leur essence était bien cela. Tout ce qui a manqué à cette époque était l’éducation financière numérique. Et c’est à raison puisqu’en ces moments, la technologie n’avait pas encore fait ce bond qui nous permet d’avoir de nos jours les paiements en ligne (internet ou téléphonie), les cartes bancaires et autres. Et c’est juste cet aspect que je rajouterai, pour mes propres enfants, à ce que mes parents m’ont appris.
En éducation financière, il est bien de noter que tout change et que nous devons vivre avec notre temps mais qu’on peut aussi bien tisser la nouvelle corde au bout de l’ancienne .


Au Togo, bien manger est une tradition

Au retour de sa première visite à Lomé, une amie sénégalaise m’a dit ceci « Hé walahi* Mawulolo, je comprends maintenant pourquoi vous ne pouvez pas être aussi minces que nous. Il y a trop à manger dans ton pays. ». En plus de cette confession sénégalaise, je reçois beaucoup de commentaires sur mes publications relatives à la nourriture togolaise sur les réseaux sociaux. Pour tout cela, je me suis dis qu’il serait bon que je traite de ce sujet dans un de mes billets.
Je vous décris donc ce que peut être une journée togolaise en termes de nourriture. Je vous assure que les plats que je cite dans mon présent billet ne font pas le dixième de ce que comporte la richesse alimentaire et culinaire de mon cher pays le Togo. Et ce n’est pas du chauvinisme.

Pâte de maïs (akoumê) avec sauce gombe - Photo : Roger Mawulolo
Pâte de maïs (akoumê) avec sauce gombe – Photo : Roger Mawulolo

Dire qu’on mange bien au Togo est une lapalissade pour ceux qui connaissent ce pays. Chez nous un enfant qui mange bien est un enfant qui mange beaucoup et qui a de l’embonpoint. Lorsqu’un homme ou une femme se marie, ses premières années de couple sont observées. Lorsqu’ils prennent du poids, c’est que tout va bien. Interdiction donc de maigrir sinon l’on y verrait une source de mauvaise alimentation.

Je vous sers ici ce qui peut constituer la ration alimentaire normale d’un Togolais. Il faut reconnaître que comparativement à beaucoup de pays, la nourriture est à un prix abordable au Togo et on n’en trouve quasiment partout. Quantitativement voire même qualitativement le Togolais est bien loti.

Notre ration normale est constituée de 4 repas. Nous mangeons beaucoup de piment au Togo. Vous en aurez donc le rouge, le vert, le jaune et le « fionfion » (préparé au feu jusqu’à son noircissement) ou encore le « tchoutchou » (piment séché et pilé).
Un dernier conseil : pour mieux savourer les plats togolais, mangez les avec la main et non avec une fourchette ou une cuillère.

Le petit déjeuner à la togolaise

Aklouizogbon (Bouillie à base de farine de maïs) - Photo : Pinterest
Aklouizogbon (Bouillie à base de farine de maïs) – Photo : Pinterest

Le vrai petit déjeuner togolais n’a rien à voir avec les produits industriels comme Nescafé, Nescao ou autres Nesquick ou Ovaltine.

Au Togo, le vrai petit déjeuner est d’abord à base de bouillie. Cette bouillie peut être faite avec du maïs, du mil ou du riz entre autres. Ainsi avec le maïs, vous avez du « akluizogbon » ou du « akassan », avec le mil c’est du « épozogbon ou coco » et avec le riz, on dit « môlou zogbon ». La bouillie est souvent accompagnée d’arachides grillées ainsi que des beignets appelés « botokoin ». Selon vos goûts vous pouvez rajouter du lait à la bouillie surtout quand c’est de la bouillie de tapioca. De petits gâteaux que nous retrouverons à la partie de ce billet dédiée au goûter peuvent accompagner les bouillies.

Au-delà de la bouillie, vous pouvez même manger un plat de riz ou de « kon’m » (pâte de maïs préparée à la vapeur et enrobée dans des cosses de maïs) en guise de petit déjeuner. Pour ceux qui exercent des métiers requérant une certaine force physique, le plat de haricot rouge ou blanc (vêyi) accompagné de gari (farine de manioc) et d’huile (d’arachide ou rouge) est recommandé. Le surnom de ce plat est « azote ».

Le mixage entre le riz et le haricot donne ce qui est appelé « ayimôlou ». Un sacré plat dont les revendeuses sont des célébrités à Lomé. Il est souvent une spécialité des femmes kotokoli (une ethnie de la région centrale du Togo). En langue kotokoli, le mot « bêrê » sert à désigner un-e aîné-e mais à Lomé l’expression « mayi bêrê gbô (allez chez bêrê) »  a pris un autre sens : « aller manger du ayimôlou ».

Ayimôlou (riz au haricot) - Photo : Roger Mawulolo
Ayimôlou (riz au haricot) – Photo : Roger Mawulolo

Le déjeuner

Un bon et vrai déjeuner togolais est fait avec les mêmes céréales que pour le petit déjeuner. Mais de la bouillie, on passe aux pâtes généralement appelées « akoumê » ; Ce qui n’a rien à voir avec les pâtes italiennes que nous appelons « macaroni ou maca ». La pâte constitue ainsi le plat principal d’une grande partie du Togo. Elle est préparée à base de maïs, surtout dans les régions du sud du pays. Là on a donc « éwôkoumê » (à bas de farine de maïs) ou « amakoumê » (avec d’une farine composée de maïs et de manioc). Vers le Centre ou le Nord, la pâte est préparée avec du mil, on a alors « épokoumê ». Vers l’extrême nord chez les Mobas de Dapaong, c’est le riz qui est utilisé. On dira alors « moloukoumê » La pâte peut être accompagnée avec diverses sauces (arachides, tomate, graines de palme) sans oublier  les gluantes que sont la sauce gombo, l’adémè ou le gboma; Ces deux dernières peuvent être appelées « sauce feuilles ».

Dans la région des Plateaux où les cultures agricoles principales restent les tubercules (ignames, manioc, taro…), le plat principal est le « foufou ». Il est obtenu par un savant mixage de morceaux de tubercules bouillies et d’eau réalisé à coups de pilon dans un mortier. D’où le terme « igname pilé ». Tous ces plats sont accompagnés de diverses sauces. Toutes les sauces peuvent accompagner le foufou mais beaucoup trouvent peu commode de consommer le foufou avec des sauces gluantes.

Certains accompagnements prisés des Togolais sont « akpan » et « ablo ». Ils sont également obtenus à base de maïs.

Retenez que le maïs est aux Togolais, ce que le riz est pour les Sénégalais.

Le goûter

Ignames frites (koliko) et ses assortiments - Photo : Roger Mawulolo
Ignames frites (koliko) et ses assortiments – Photo : Roger Mawulolo

Généralement le goûter d’un vrai bon togolais se passe en bordure de route. Les bonnes dames, même si des hommes ont aussi investi maintenant le secteur, ont leurs étals sur les trottoirs. Les composants du petit déjeuner peuvent aussi redevenir ceux du goûter.

Du « koliko » (ignames frites) accompagné de « maca » (entendez macaroni) ou d’« amadan » (plantain frit)  sans oublier le « ngbagba»  (sauce) où nagent du « adôkougbi » (croupion de dinde) ont fait notre bonheur aux heures de goûter situées entre 16 et 17 heures. En passant, je signale que les adôkougbi peuvent être remplacés par les « koklobô » (ailerons ou cuisses de poulet) sans oublier le « gnilan » (viande de bœuf) ou du « kalanmi » (poisson frit).

Des galettes ou de petits gâteaux aussi servent à faire le goûter. Les mêmes qui accompagnent les petits déjeuners. Le « pâté » est un gâteau à l’intérieur duquel nous avons du macaroni et de la viande émiettée. il y aussi les « kanklo » qui sont des beignets de purée de banane. A Djidjolé, un quartier de Lomé, j’ai vu des enfants déguster des gâteaux qu’ils nommaient «Whatsapp ». Je n’ai pu avoir le sens de ce nom mais tout le monde l’a adopté. Les bouillies « coco », « akluizogbon » ou « tapioca » peuvent accompagner ces galettes et faire office de goûter.

Un des goûters originaux du Togo est ce que nous appelons le pizza togolais. Son nom est « kpédzigaou »  (une galette à base de haricot préparée sur des plaques chauffantes). Il peut servir de goûter.

Le dîner

Le dîner togolais est très proche du déjeuner car reprenant ses composants. Il peut ne pas aussi être très loin de certains petits déjeuners comme le « kon’m ». On peut aussi savourer un bon poisson braisé ou des brochettes à plusieurs endroits de Lomé. Je ne mentirai pas si je vous disais aussi qu’il y a de la pintade et du poulet braisés.

Pour ceux qui veulent manger léger, ils prennent du riz avec de la sauce. Ne pensez pas que les Togolais ne mangent pas des crudités. Généralement, la salade à la togolaise c’est aussi du lourd. La salade verte en quantité avec une bonne cuillerée de mayonnaise sans oublier les morceaux de viandes, notre macaroni national (pâtes alimentaires italiennes), des œufs bouillis. Le tout bien mélangés dans un grand saladier avant d’être reversé dans votre assiette. Ensuite un bon morceau de pain est rajouté pour tenir le tout.

Du Djinkoumé (pâte de maïs rouge) et du foufou (igname pilé) - Photo : Roger Mawulolo
Du Djinkoumé (pâte de maïs rouge) et du foufou (igname pilé) – Photo : Roger Mawulolo

Quels que soient les capacités financières du Togolais, il lui est, généralement, très aisé de bien manger. Les prix des repas étant souvent abordables. La notion de « bien manger » peut varier selon les lieux. Pour nous au Togo, il s’agit vraiment d’un repas copieux et en quantité raisonnable.

Je ne saurai finir sans rappeler que ce que nous appelons « pâte » au Togo n’est pas ce qui est appelé « pâte » en Italie mais est ce que les Camerounais appellent « couscous ». A ce jour, aucun de mes amis du Cameroun n’est arrivé à me donner la raison de cette appellation. Ils se contentent de me répondre « c’est juste comme ça que nous l’appelons ».

*walahi : terme arabe pour dire « Je te jure » mais servant aussi pour marquer une forme d’admiration


Coups de foudre : chacun son paratonnerre

Les coups de foudre ne sont pas que des histoires d’amour. Ils peuvent être létaux. La période d’hivernage de l’année 2019 a été meurtrière au Sénégal. Pas moins de 9 personnes ont été terrassées par la foudre.
La foudre, le tonnerre et les éclairs ont toujours été des éléments naturels qui bouleversent les habitudes.

Foudre - Crédit Photo : Felix Mittermeier sur Pixabay - Libre
Foudre – Crédit Photo : Felix Mittermeier sur Pixabay – Libre

Selon le dictionnaire Larousse, la foudre est définie comme une décharge électrique aérienne, accompagnée d’une vive lumière (un éclair) et d’une violente détonation (le tonnerre), se produisant entre deux nuages ou entre un nuage et le sol. Mais dans chaque culture, pays et continent chacun a sa croyance sur ces 3 phénomènes étroitement liés. Leur point commun est que foudre, éclairs et tonnerre ont toujours été considérés comme une démonstration de force suprême, que ce soit en bien ou en mal.

Chacun aussi avait sa méthode pour s’en protéger. Et je ne parle pas des paratonnerres. Ou plutôt disons que chacun a son paratonnerre.

La foudre, les éclairs et le tonnerre, des signes divins ?

La foudre, l’éclair et le tonnerre ont toujours été considérés comme des moyens utilisés par Dieu pour réaliser ses desseins. Que ce soit dans la Bible ou dans le Coran, ils sont cités comme des démonstrations de puissance de la part de l’être suprême. Et plusieurs versets de ces deux livres le démontrent. La voix de Dieu est décrite comme un tonnerre ou encore il envoie la foudre sur les ennemis de son peuple pour les vaincre. Dans les religions traditionnelles africaines, c’est la même conception.

Au sud Togo, le dieu qui est censé posséder cette force est appelé « Hêbiesso ». Et sa spécialité est souvent de s’occuper des voleurs. Généralement, il est considéré qu’une victime d’un vol peut avoir recours à lui pour frapper son voleur. Et la victime n’a pas besoin de connaître le malfaiteur. Il suffit de consulter et de payer ce qu’il faut et « Hêbiesso » s’occupera du reste.

De nos jours, les chrétiens évangéliques, qui croient en la régénération spirituelle et qui sont moralement opposées aux pratiques invoquant « Hêbiesso », préfèrent réagir par des « feux sur toi » lorsqu’ils se sentent attaqués.

La foudre, les éclairs et le tonnerre servent donc à tout le monde, qu’on en appelle à l’Esprit saint ou à un autre esprit. Ils sont censés inspirer crainte et peur.

Nos paratonnerres

Pour se protéger de la foudre ou du tonnerre il faut bien des paratonnerres. Vous pensez sans aucun doute à un outil purement technique, mais nous avons tous nos paratonnerres métaphoriques.

Quand nous étions enfants, le premier réflexe est de se mettre bien sous une grosse couverture dans le tonnerre gronde. On se pensait protégés par ce réflexe naturel. Nous devions aussi nous boucher les oreilles.

Ma mère, quant à elle, passait son temps à dire à chaque coup de tonnerre « Blewou, d’evio la gni gban dzi » (Doucement, les enfants sont sur la terre). Une sorte de rappel au ciel pour lui dire d’avoir pitié des êtres humains. Nous en rions mais elle nous répondait que nous ne comprenions rien car nous étions trop jeunes. Sa grande recommandation aussi était de retourner tous les miroirs de la maison.

Il y avait également une sorte de mille-pattes qui aimait bien sortir dans les jardins ou les cours des maisons en période de pluie. Il était communément appelé « Dzidégbé » (le tonnerre). On racontait que ses morsures causaient des douleurs qui ne s’arrêtaient qu’au coup de tonnerre suivant. Je n’ai jamais expérimenté, ni vu une de ses victimes, mais je préférais éviter ce petit animal.

En somme, nous pouvons dire que la plupart des phénomènes naturels sont associés à des actions ou réactions divines. Beaucoup pensent que les morts dues à la foudre sont une réaction de Dieu contre le pays.

Que ce soit la religion chrétienne, musulmane, animiste ou les autres, chacun y va de son explication. Là où le bât blesse, c’est qu’avec ses interprétations diverses, beaucoup oublient les moyens techniques de protection qui existent et qui peuvent sauver des vies. On ne le dira jamais assez, il faut des paratonnerres pour protéger nos villes.


Mara’CAN 2019 : le Togo en habitué du maracana

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de maracana 2019 débute en Guinée. La sélection nationale du Togo, les Éperviers du maracana, seront de la partie.
Et ça tombe bien, parce que le Togo et le maracana, c’est une véritable histoire d’amour.

Des membres de la délégation togolaise répondant à RFI - Photo : Mondoblog RFFI
Des membres de l’équipe togolaise de maracana répondant à RFI – Photo : Mondoblog RFFI

Finalistes malheureux dans les deux catégories en 2018, les Eperviers du Togo seront à Conakry pour prendre leur revanche.
Le pays a participé à toutes les éditions de la Mara’CAN. Il est l’un des pionniers du maracana en Afrique et dans le monde et sera encore présent à Conakry.

Une longue histoire

En mai 2012, la toute première édition de la Mara’CAN avait regroupé 5 pays dont le Togo. C’était à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, et le Togo avait triomphé dans la catégorie « Séniors ». Lors de l’édition suivante, au Bénin en 2013, les Éperviers remportent la coupe dans la catégorie « Super Séniors ». Le pays a lui-même accueilli la quatrième édition de la Mara’CAN et a de nouveau arraché une victoire, dans la même catégorie. Depuis cette quatrième édition, le Togo n’a plus remporté de trophée. Il s’est hissé quelques fois en finale notamment en 2018 dans les deux catégories face aux Éléphants de la Côte d’Ivoire. Sacrés vétérans togolais, est-on tenté de dire.

Enfin, l’assemblée générale constitutive de la FIMAA (Fédération Internationale de  Maracana Associations), faîtière mondiale du maracana, s’est tenue au Togo le 5 août 2015. Le Togo est donc un vrai pays de maracana !

Conakry 2019 : quelle équipe pour le Togo ?

Cette année, le Togo présente des équipes dans les deux catégories du tournoi.

L’équipe togolaise (en jaune) a affronté les États-Unis mercredi soir – Crédit photo : Camille Sarazin

Pour la catégorie des séniors (35-45 ans), nous aurons : Moustapha Goga, Djinkpé Agarim, Kossi Adokor, Nicolas Akpoguédé, Talem Nambéa, Edem Mensah, Didier Kangni-Soukpè, Efoé Dékpo, Messan Locoh et Kossi Sossa. Dans la catégorie des supers séniors (plus de 45 ans), ils seront aussi 10 joueurs prêts pour remporter le trophée. Il s’agit de : Norbert Tagbata, Hambal Alassani, Takassé Tchédré-San, Adébi Adam, Abass Assoumanou, Nasser Yérima, Kpatcha Bodjona, Kodjo Houessou, Yahouza Bawa et Barthélémy Alékéro.

Les Eperviers du Maracana évolueront dans la Poule B aux côtés du Mali, du Sénégal et des USA.

A la lecture des noms de cette liste, je me dis que certains figuraient aussi dans le championnat togolais de football notamment Kodjo Houessou, Efoé Dékpo, Didier Kangni-Soukpè et aussi Nasser Yérima. Mais peu importe qu’ils aient été des génies du grand rectangle vert ou pas, mon cœur battra pour eux. Mon esprit patriotique est toujours acéré quelque soit la compétition dans laquelle s’engage mon pays. Le match Togo-Sénégal ne me mettra pas dans la délicate position de certains Béninois lors du match Sénégal-Bénin de la dernière CAN de football.

Souhaitons donc que les Éperviers remportent haut la main cette compétition, pour notre plus grand bonheur. Cela contribuera à mieux faire connaître ce sport au Togo. Et peut-être qu’un jour, les Toofan chanteront également pour la Mara’CAN comme ils le font pour la CAN.

Allez les Éperviers du maracana ! La patrie vous accompagne !


Ouverture de la Mara’CAN 2019, la Coupe d’Afrique des nations de maracana

Non, il ne s’agit pas d’une CAN (Coupe d’Afrique des Nations) qui se jouerait au mythique stade de Rio de Janeiro, au Brésil. Le maracana n’est pas que le nom d’un stade, c’est aussi un sport particulier, une déclinaison du sport roi, le football. Et la coupe d’Afrique 2019 de cette discipline se joue en Guinée, du 24 au 28 septembre.

Par Mohamed Hozyen Ahmed via Wikipédia

Peu connue du grand public, cette compétition en est pourtant à sa huitième édition. La Côte d’Ivoire est la détentrice du trophée dans ses deux catégories : les séniors (35 à 45 ans) et les super-séniors (45 ans et plus). En 2018 à Abidjan, elle avait damé le pion en finale aux Éperviers du Togo (mon pays) sur les deux fronts.

Le maracana

Alors le maracana, qu’est-ce que c’est ? En fait, cette discipline sportive emprunte beaucoup au football et au handball. Il utilise le terrain de handball avec un ballon de futsal. Et ses joueurs sont équipés comme des footballeurs. On peut aisément déclarer que le maracana est petit frère du football, lui-même grand-frère du futsal et cousin du handball. Il se joue avec six joueurs et sans gardien de but. En somme, c’est du football à six joué sur un terrain de handball.

Quelques règles particulières régissent sa pratique. Saviez-vous par exemple que le maracana se jouait sans gardiens ? Que le coup d’envoi se jouait à pile ou face ? Ou encore qu’un but pouvait être refusé si le ballon était envoyé violemment dans les testicules d’un adversaire ? Si oui, il est temps d’aller tester vos connaissances sur notre quiz. Sinon, il va falloir réviser !

Le maracana nous vient de Côte d’Ivoire, plus précisément du campus d’Abidjan-Cocody. Il voit le jour dans les années 1970, quand des étudiants se mettent à jouer au football après leurs cours en amphithéâtre. Souvent, ils n’étaient pas assez nombreux, et se rabattaient sur des terrains de handball où ils jouaient à six contre six, voire cinq contre cinq, et sans gardien. Mais d’où vient exactement le nom maracana ? Bien sûr, il n’est pas totalement étranger au célèbre stade brésilien.

Dans les années 1971, des étudiants ivoiriens partent en colonie de vacances au Brésil. Au cours de leurs visites, ils découvrent le stade du Maracana et ses quelques 120 000 sièges. Impressionnés, ils décident d’emprunter le nom du stade pour baptiser leur discipline sportive. Le maracana va ensuite rassembler de plus en plus d’adeptes, jusqu’à la création en 2015 de la Fédération Internationale de Maracana Associations (FIMAA). Son succès est tel que le maracana se révèle être un coin de recyclage de beaucoup de vétérans du football.

Mara’CAN Conakry 2019

La capitale guinéenne s’apprête donc à accueillir la 8è édition de la Coupe d’Afrique des nations de maracana, la Mara’CAN.

Au pays de Sékou Touré, les Eléphants du maracana, c’est ainsi que l’on appelle l’équipe ivoirienne, tenteront de garder leur trophée face à 14 autres nations africaines que sont la Guinée (pays hôte), le Bénin, le Burkina-Faso, le Gabon, le Mali, le Niger, la République démocratique du Congo (RDC), le Sénégal, le Tchad, le Togo, et quatre pays non-africains : la France, le Canada, la Roumanie et les États-Unis. Une vraie coupe d’Afrique ouverte.

Le coup d’envoi, c’est donc ce 24 septembre à Conakry, et la finale, ce sera le samedi 28.

De son côté, l’équipe de Mondoblog vous fera vivre et suivre la compétition comme si vous y étiez. Pendant une semaine, les blogueuses et les blogueurs de Conakry et d’ailleurs vont rencontrer les joueurs et les passionnés, suivre les matchs et la compétition, et faire la fête… et ses pronostics !


Quand les couleurs de l’arc-en-ciel s’assombrissent

L’arc-en-ciel est un symbole de joie, de bonheur voire de richesse dans beaucoup de traditions en Afrique. C’est pourquoi lorsque l’on décrit l’Afrique du Sud comme la « nation arc-en-ciel », cela représentait pour moi, au-delà de sa composition démographique diverse, un vrai symbole. Mais ça, c’était avant.
Drapeau de l’Afrique du Sud – Crédit photo : David Peterson sur Pixabay

Depuis quelques années, les violences contre des Africains étrangers vivant en Afrique du Sud sont récurrentes. Certains Sud-Africains, pour des raisons obscures et futiles, s’en prennent aux activités économiques et aussi physiquement aux ressortissants africains. Des pertes en vies humaines, des pillages et saccages sont à déplorer.

Du temps de l’Apartheid, la ségrégation raciale contre les Noirs Sud-Africains, j’étais encore enfant. A Lomé, mes amis et moi avions à cœur de crier, partout où besoin était, notre sympathie à Mandela et à son peuple. Par nos coiffures, nos habits, nos chants et même notre argent nous avons supporté les enfants de Soweto et l’Afrique du Sud pour leur libération du joug de l’apartheid. Je me souviens que nous chantions à tue-tête Upheavel de Nel Oliver même si nous ne parlions pas anglais.

Par ailleurs, notre amour pour ce pays et notre conviction qu’il était béni a été renforcée par la victoire des Bafana-Bafana, la sélection nationale de football, à la Coupe d’Afrique des Nations en 1996. L’année précédente, c’étaient les Spring Boks, l’équipe nationale de rugby, qui avaient remporté la Coupe du Monde de cette discipline. Il avait donc suffi que l’Apartheid finisse, que Mandela vienne au pouvoir et que les blancs et noirs du pays s’unissent pour obtenir ces résultats. En tout cas, c’est ce que nous pensions fortement.

Je vais même exagérer en me demandant si ces tristes événements n’ont pas contribué au décès de Chester Williams, le vendredi 6 septembre dernier par crise cardiaque. Chester Williams était le seul joueur non-blanc des Spring Boks lors du Mondial de rugby en 1995. En Afrique, nous aimons bien les coïncidences et souvent en cas de décès, nous faisons vite des rapprochements.

Nos styles de coiffure

Nous avions notre style de coiffure que nous appelions « Mandela ». Notre coupe de cheveux se voulait identique à celle de Nelson Mandela. Et le coup de ciseaux qui marquait la raie était très important. Ce qui faisait que nous préférions les coiffeurs ambulants venant du Ghana aux coiffeurs disposant d’ateliers. Ces derniers étaient souvent béninois et n’acceptaient de nous faire que des coiffures que nous jugions trop classiques. D’ailleurs, ils étaient souvent d’un âge assez avancé et ne comprenaient pas toujours nos désirs de jeunes.

Lorsque nous étions à Atikpodji (un marché de friperie de Lomé), les tee-shirts portant l’effigie de Nelson Mandela était très prisés. Et en arborer un était toute une fierté pour nous.

Le concours de dessin

A l’école primaire, je me rappelle que nous avions fait un concours de dessin pour illustrer l’Apartheid. Ce fut l’occasion pour nous, alors enfants, d’être sensibilisés sur la gestion raciste qui était de mise dans ce pays. Nos imaginations, illustrées en dessin, avaient démontré toute la tristesse d’enfants et aussi la solidarité que nous voulions témoigner à nos sœurs et frères de la nation arc-en-ciel. Nelson Mandela était pour nous une icône et son peuple, notre peuple. Un dessin m’a beaucoup marqué. C’était celui d’un de mes camarades. Il représentait un homme noir mort pendu à une potence. Cet homme perdait du sang par la bouche et la mare qui en résultait marquait les délimitations de l’Afrique du Sud dans la carte de l’Afrique. Ce sang, selon mon camarade, illustrait celui de la communauté noire sud-africaine qui était martyrisé.

De nos jours, c’est le sang d’autres Africains qui est versé en Afrique du Sud par certains Sud-Africains. Heureusement que ce ne sont pas tous les fils et filles du pays qui s’adonnent aux violences contre les étrangers.

Pauvre Madiba !

Dans ma société d’origine, lorsqu’un enfant commet une bêtise, les témoins demandent souvent qui sont ses parents. A l’évocation du nom de ces derniers, les témoins peuvent alors trouver l’action de l’enfant normale, ou non. L’on a tendance à comparer l’enfant à ses parents pour voir s’il correspond aux valeurs ou à l’image que ceux-ci véhiculent.

Lorsqu’on s’interroge sur ce qui se passe en Afrique du Sud, on ne peut que dire « Pauvre Madiba ! ». Oui, ses enfants ne démontrent en rien toute la valeur que nous lui reconnaissons.

Pire encore, beaucoup d’Africains sont déçus, car du temps de l’Apartheid, nous avons tous pleuré et prié pour nos frères et sœurs de l’Afrique du Sud, et certains parmi eux nous répondent en monnaie de singe.

J’espère que ce sera la dernière fois, même si j’en doute fortement. Oui, la dernière fois que nous voyons certains Sud-Africains s’en prendre à des étrangers africains vivant dans leur pays. J’ai bien dit certains, car il ne faut pas être aussi « bête » pour penser que ce sont tous les habitants du pays de Mandela qui sont xénophobes.

Que tous les Sud-Africains et surtout ceux et celles qui commettent ces actes répréhensible se souviennent que « Nkosi sikélé li africa », leur hymne national, signifie « Que Dieu bénisse l’Afrique ».

Que la bêtise humaine cesse !