Dakar : la vie autour du centre de dépôt des demandes de visas Schengen

La gestion des dépôts de demandes de visas Schengen est une affaire lucrative. Et pas seulement pour ceux qu’on imagine le plus facilement. Un petit tour au centre de dépôt de visas de Dakar sis à Ouakam, un des quartiers de la ville, permet de s’en rendre compte. Autour des lieux s’est développé un véritable pôle économique et social avec des acteurs aussi divers qu’insoupçonnés.

Image d'une partie de passeport montrant un visa schengen - Photo et retouche : Roger Mawulolo

Visa Schengen et cachets d’aéroports dans un passeport – Photo et retouche : Roger Mawulolo

Au Sénégal, la gestion des dépôts de demandes de visas pour la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et certains autres pays européens ne se fait plus directement dans les consulats. Ce pan du processus est externalisé et confié à la société dénommé VFS Global. Cette dernière se charge de la collecte des divers dossiers ainsi que des éléments biométriques des demandeurs. Après tout cela, elle envoie les données recueillies vers les consulats qui gardent toutes leurs prérogatives pour refuser ou accorder les visas.

A Dakar, ce centre se situe actuellement à Ouakam. Une visite sur les lieux permet de constater que l’endroit est devenu un véritable pôle économique et social. La vie de tous les jours autour de ce centre est rythmée par des parties prenantes diverses et des fois insoupçonnées.

Les courtiers

Avec le développement des technologies, une grande partie du processus précédant le dépôt physique des dossiers de visa se fait en ligne par internet. Ceux qui sont à l’aise avec les outils y relatifs font donc leurs saisies et prise de rendez-vous en ligne par leurs propres soins. Par contre, les illettrés ainsi que les personnes peu habituées se font aider par d’autres. Des courtiers se sont donc spécialisés dans cette aide aux demandeurs de visa.

Ils sont présents aux abords du centre dès les premières heures et ont mis en place un véritable dispositif permettant de détecter les personnes hésitantes. Après cette détection et une approche suivie de discussion, ils vous proposent leurs services. Cela va de la saisie des informations sur le site internet de France-Visas jusqu’à la prise de rendez-vous sur celui de VFS. Certains demandeurs font tout le processus en ligne et omettent d’imprimer les documents sanctionnant cette saisie. Ils sont alors renvoyés pour complément des documents par l’équipe de réception. Ceci fait l’affaire des courtiers qui les récupèrent pour leur finaliser l’opération d’impression. Les plus naïfs refont tout le processus de saisie.

Les courtiers se font rémunérer à des taux qui varient selon la naïveté du « client ». Les illettrés et analphabètes font souvent partie de leurs clients. On dispose même des courtiers de courtiers. Les tarifs évoluent dont proportionnellement au degré d’intermédiation.

Les vendeurs de café et de nourriture

Comme dans tous les lieux, à Dakar, où il y a du monde, les alentours du centre de dépôt de visa ont leurs vendeurs de nourriture et de café. Des tangana à l’air libre. Je n’y suis pas resté jusqu’à l’heure du déjeuner pour savoir s’il y a du tiep.

Pour la nourriture, l’inévitable vendeur de pain avec omelette et petits pois est présent. Les sandwichs au Sénégal contiennent toujours des frites et il ne déroge pas à la règle. Le ketchup et la moutarde sont au choix.

Pour le café, j’ai remarqué deux vendeurs. L’un fait son café à base de Nescafé et pour l’autre il s’agit du café Touba. Les prix variant de 50 à 100 francs CFA.

Ce qui est frappant, c’est que ces vendeurs peuvent rapidement se muer en intermédiaires entre vous et les courtiers dès que vous osez exposer un problème lié à la démarche d’obtention du visa.

Bien qu’eux-mêmes n’aient jamais entrepris la démarche, ils parlent de toutes ses étapes avec une certitude qui vous déconcerte.

Demandeurs de visa devant le centre de dépôt de Dakar - Photo et retouches : Roger Mawulolo

Demandeurs de visa devant le centre de dépôt de Dakar – Photo et retouches : Roger Mawulolo

Le kiosque multitâches

Le centre de réception des demandes de visa dispose lui-même d’une agence de voyage pouvant vous délivrer des attestations de réservation de billets d’avion ou de chambres d’hôtels et aussi des assurances-voyages. Vous pouvez aussi y avoir des photocopies et des photos d’identité. A l’extérieur du centre, il y a aussi un petit kiosque qui offre les mêmes services. Du traitement en passant par les photocopies et les photos sans oublier les réservations ainsi que la prise de rendez-vous ou le remplissage du formulaire de demande de visa, tout y est disponible. Ils vous le font en conformité avec les critères exigés par le Consulat de France.

Lorsqu’un candidat au visa a son dossier incomplet, cela fait le bonheur du propriétaire du kiosque. Il procure au candidat tous les documents manquants à des tarifs bien fixes. Mais entre le portail du centre de dépôt et le kiosque, le candidat peu avisé peut se retrouver dans les mains des courtiers. Eux mettront donc leur marge en sus du tarif du kiosque.

Les laveurs de voiture et gardiens de parking

Ils sont inévitables à Dakar. Et tous les parkings publics voire même certains privés sont devenus leurs lieux de travail. Ils s’approprient même les espaces libres et les transforment en parkings payants. Le centre de dépôt des demandes de visas n’échappe à la règle. Ainsi, ils fixent des tarifs pour le stationnement ainsi que le lavage des véhicules des personnes qui y viennent. Ces laveurs et gardiens de parking aussi peuvent tout vous dire sur les démarches de visa avec des anecdotes invraisemblables.

Celui qui m’a le plus épaté entre eux est un homme assez âgé. Selon l’idée qu’il se fait de vous, il change de « titre ». Il a quatre casquettes : laveur de voitures, gardien de parking, courtier mais aussi mendiant.

Si vous arrivez en véhicule, il vous fait de grands gestes pour vous indiquer où vous garer et prend soin de vous préciser le tarif avec ou sans lavage. S’il vous voit assez sûr de vous, de par vos gestes et regards, il n’ajoute rien. Mais s’il vous voit hésitant ou lançant des regards interrogateurs, il vous demande si vous voulez déposer une demande de visa. Et votre réponse guidera la suite de vos discussions. Si au finish, il n’obtient pas d’argent par ses propositions de services, il se mue en mendiant et vous demandes de l’aider à se nourrir ou à s’acheter des médicaments. Il peut même vous montrer des ordonnances prescrites pour lui-même ou des membres de sa famille. Evidemment ces ordonnances sont factices.

Je ne peux finir sans oublier de préciser que les proximités du centre sont devenus de vrais arrêts de bus. Un lieu de stationnement privilégié pour les taxis, « car rapides » et autres « clandos » (taxis clandestins, roulant sans autorisation d’exercer dans le transport) ou « Ndiaga Ndiaye » en quête de clients.

Au total, les demandes de visas Schengen n’enrichissent pas que les consulats et leurs prestataires. Au Sénégal, nous savons toujours tirer parti, et surtout financièrement, de toutes les situations qui s’offrent à nous.

Par Roger Mawulolo (facebook) (twitter)

 

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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