La bière, le liquide le plus précieux au Cameroun

Au Cameroun, vous pouvez couper l’eau du robinet pendant des jours et avoir la paix. Mais si vous interdisez la vente de la bière, juste pour un seul jour, c’est sûr qu’il y aura des émeutes. D’ailleurs, lorsque vous parcourez la plateforme Mondoblog, les billets parlant de la bière nous viennent souvent du Cameroun.

Une pinte de bière - Image libre de Martin Vorel (sur libreshot.com)

Une pinte de bière – Image libre de Martin Vorel (sur libreshot.com)

A Douala, les bars sont aussi nombreux que les églises de réveil, sinon plus. De jour comme de nuit, ils fonctionnent mais leur apogée a lieu surtout les nuits et les week-ends.

La nuit, les sièges et tables des bars débordent sur la chaussée jusqu’au petit matin. Pourtant, ils ont l’obligation de fermer à 22 heures. La police passe régulièrement mais ne les ferme pas. Même pour la bière, les « apacheurs » sont présents. A « Douala-bar », une rue du quartier Akwa jonchée de débits de boisson, la partie dénommée VIP n’est différente de la partie normale que parce qu’elle est à gauche de la chaussée et l’autre à droite. J’ai beau observer les deux parties, je n’ai pu conclure.

L’essentiel est que ça mousse

En Afrique de l’Ouest, les consommateurs de bière sont généralement exigeants sur sa température. Surtout si elle est à boire sur le champ. Les consommateurs ouest-africains préfèrent les bars qui garantissent les bières glacées. Au Cameroun, ce problème n’existe pas. Lorsque je fis remarquer à mon ami Camerounais que la bière que nous venions d’acheter n’était pas à la bonne température, il me répondit « wêêêê gars*, l’essentiel est que ça mousse. »

Au Cameroun donc seule la mousse compte et pas la température. Je comprends alors pourquoi dans ce seul pays, on peut dénombrer plus de dix variétés de bières. Et la consommation est à un niveau élevé.

Je ne vous dis pas comment j’ai souri et même ri lorsque j’ai vu un matin à 6 heures un homme avec une bouteille de Guinness à la main. Je me demandais si c’était sa manière de nettoyer ses dents au réveil.

Vous êtes servis sans verre

Si l’on ne vous prévient pas, vous pouvez rester devant votre bouteille de bière à attendre que la serveuse vous donne un verre. J’en ai fait l’expérience à « Douala-bar ». Tous mes amis avaient déjà commencé par prendre leur boisson à la trompette comme on dit. A un moment, ils ont cru que je voulais encore dire que la température de la bière n’était pas adéquate. Quand ils ont dit « Eh Mollah*, prend ta bière ; elle est quand même glacée », j’ai rétorqué que j’attendais un verre. Ils ont pouffé de rire et m’ont demandé ce qui n’allait pas. Ils m’informèrent alors que ce n’était pas systématique d’avoir un verre dans un bar à Douala pour boire la bière. Et il semble que c’est pareil aux Etats-Unis.

D’ailleurs quand j’ai insisté pour en avoir, le juron que la serveuse a poussé résonne toujours dans mes oreilles. Sacrées Camerounaises !

Les serveuses ont des badges

La passion du mondoblogueur Ecclésiaste Deudjui pour les badges n’est pas fortuite. Beaucoup de personnes dans les rues de Douala en portent et on dirait que chacun veut que les autres sachent où il travaille. Cela ne doit certainement pas plaire aux chômeurs. J’ai été surpris de voir que même les serveuses de bars ordinaires avaient des badges. Souvent dans les pays africains, seuls les serveurs et serveuses de restaurants huppés ont des badges. Et souvent ce ne sont pas les badges avec des cordons au cou mais plutôt épinglés sur la poitrine.

Là dans les bars, j’ai vu les serveuses avec des badges à cordon autour du cou. On ne peut pas ne pas remarquer leur mini, micro ou nano jupes et robes. Pour leur sourire, cela dépend de votre gentillesse mais à la base, leur ton peut vous paraitre agressif. Oui, au Cameroun tout le monde parle fort.

Les multiples rondes de la police

Lorsque vous êtes assis dans un bar populaire de Douala, vous remarquerez certainement qu’en l’espace de deux voire trois heures 3 à 4 voitures de police se seront arrêtées à tour de rôle à la porte.

A chaque fois que la voiture s’arrête, la serveuse ou le gérant du bar s’en approche discrètement et elle repart. Je ne sais pas exactement ce qui se passe lorsque le personnel du bar s’approche ainsi du véhicule de la police. Mais ce qui est sûr, la réglementation qui stipule que les bars ordinaires doivent fermer à 22 heures n’est jamais appliquée. Ce qui fait la joie des buveurs qui peuvent restés scotchés à leur siège et faire défiler plusieurs bouteilles de bière jusqu’au petit matin.

Certainement qu’il faudra décerner à mes amis de Douala un trophée qu’on pourrait nommer « le gosier d’or ». Oui, les quantités astronomiques de bières englouties l’expliquent. Même les augmentations de prix ne dissuadent personne, ni ne réduisent les quantités consommées.

Douala et le Cameroun, un vrai robinet à bière.

A bientôt…

Par Roger Mawulolo (facebook) (twitter)

* »wêêêê gars », « Eh Mollah » : interpellations usuelles au Cameroun ayant le même sens que « Eh l’ami »

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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