Douala et ses savoureux poissons braisés

On peut tout reprocher à Douala et au Cameroun, sauf la qualité de leurs poissons braisés. Lors de ma visite en 2016, j’ai été séduit. Et durant mon tout dernier séjour en 2018, j’ai été subjugué. Et je pèse mes mots. Manger du poisson braisé à Douala est toujours un moment de joie et délice. De vrais poissons braisés « androïd »* hein et pas « tchoronko »*.

Plat de poissons braisé à Douala - Crédit Photo : Roger Mawulolo

Plats de poissons braisés à Douala – Crédit Photo : Roger Mawulolo

A Douala, les meilleurs poissons braisés ne se trouvent pas dans les restaurants huppés ou dans les grands hôtels. Croyez-moi, si vous voulez profiter des vrais poissons braisés, rendez-vous sur les bords du fleuve Wouri dans les coins simples ou choisissez juste des endroits à ciel ouvert en bordure de route. C’est tellement bon que même l’odeur d’un bac Hysacam (société chargée du ramassage des ordures) ne pourrait vous perturber, ni encore les bruits de la circulation automobile et piétonne. Même les gyrophares des véhicules de police qui passent fréquemment ne peuvent vous distraire.

Les accompagnements habituels sont le miondô ou le bobolo (bâton de manioc cuit), les plantains frits ou les pommes de terres frites. N’oubliez surtout pas de manger avec la main. Oubliez les fourchettes et autres couteaux, le goût n’en est que meilleur.

Les lieux recommandés

Il y a trois types d’endroits pour avoir du bon poisson braisé : les chantiers, les bords de routes et les bords du Wouri, le fleuve qui traverse Douala.

Les chantiers sont l’appellation donnée aux restaurants qui sont installés dans la cour d’une maison d’habitation. Il s’agit souvent d’une grande cour de maison où sont disposées des chaises et des tables pour la consommation du poisson braisé. Dans un coin de la cour, un petit enclos est aménagé et dispose d’un matériel rustique de cuisson : un fourneau et un grillage. Je vous assure, la qualité du poisson braisé n’a rien à voir avec ce que vous pouvez penser de l’endroit. Si tu n’as pas goûté, tu ne peux pas comprendre. Les maters (appellation en camfranglais** des femmes d’un certain âge) qui tiennent souvent ce genre d’endroit ont tellement de clientèle qu’elles peuvent même se permettre de virer les clients jugés incorrects. J’en ai visité un à Akwa. Exquis et délicieux fut le poisson que j’ai mangé.

Les bords de routes que j’ai testés sont l’ancienne route de Bonabéri, la rue de la joie de Déido et Douala Bar à Akwa. Ce sont souvent des débits de boisson qui prêtent leurs sièges aux mangeurs de poissons braisés à condition qu’ils les arrosent avec de la bonne bière, le liquide le plus précieux au Cameroun.

Les incontournables « apacheurs »

Il est difficile de traiter directement avec ceux qui braisent le poisson. Dès que vous descendez de votre véhicule, il y a des démarcheurs qui vous abordent. Ils sont appelés « apacheurs ». Ils vous proposent le poisson braisé comme si c’était eux les vrais vendeurs. Le milieu est tellement réglementé que celui qui braise lui-même ne s’adressera jamais à vous sans passer par le démarcheur.

Les prix sont discutés avec les « apacheurs » et les poissons choisis en sa présence. Pour vous montrer qu’un poisson est frais, il soulève les opercules pour vous montrer les branchies bien rouges. Il suit la préparation et la livraison et à la fin vient lui-même récupérer le paiement. Vous ne saurez jamais le prix qu’il a négocié avec celui qui braise.

Il vous trouve une place assise et si l’accompagnement que vous voulez n’est pas disponible chez le vendeur de poisson, il vous le trouvera ailleurs.

L’apacheur a sa marge sur toutes ces transactions, ce qui fait que le prix est un peu haut.

Poisson braisé à Douala – Crédit Photo : Roger Mawulolo

Les chargés de la braise

Le poisson est souvent ou presque toujours braisé par des hommes. Même si l’affaire appartient à une femme, à la cuisine, ce sont les hommes qu’on voit. Je ne sais pas s’ils suivent une formation spéciale mais ce sont des experts en braise. Des capitaines aux bars en passant par les carpes sans oublier les gambas, les crevettes ou autres fruits de mer, la technique est rodée. La manière d’envoyer les condiments, les sauces ou l’huile sur le poisson au feu relève d’une dextérité sans faille. En les observant, j’ai compris que mes cours de sciences naturelles en terminale étaient tirées de la réalité, surtout la partie qui concernait le « chien de Pavlov ». Je me suis même demandé si le docteur Ivan Pétrovich Pavlov lui-même n’a pas vécu à Douala.

Chose étonnante au Cameroun, et qui mérite d’être soulignée, il n’existe pas encore de nom en Camfranglais pour les hommes chargés de braiser le poisson. Un bon sujet de recherche pour les linguistes du Cameroun.

Le vendeur de mayonnaise

Lorsque votre poisson vous est servi, un personnage insolite s’approche toujours de votre table. Il m’a fallu ma troisième sortie pour comprendre que c’était un vendeur de mayonnaise qui opérait à son propre compte. J’avais toujours cru que c’était le vendeur qui l’envoyait.

Il s’approche de votre table avec son bocal et une cuillère bien spéciale. Vous pouvez alors acheter votre cuillerée de mayonnaise au détail. La cuillère que le vendeur de mayonnaise utilise a été étalonnée par lui-même pour réduire l’unité de mesure de la mayonnaise. Lui aussi n’a pas encore d’appellation en Camfranglais.

Le Cameroun, champion de la braise

Souvent, je n’aime pas faire des compliments à mes amis Camerounais car ils prennent vite la grosse tête et commencent par vite crier « Impossible n’est pas camerounais ». Déjà qu’ils ne savent pas parler doucement. Mais pour le poisson braisé, je suis obligé de reconnaître que c’est leur domaine de prédilection. J’en ai goûté dans beaucoup de pays et j’avoue qu’en la matière, le Cameroun est en tête. Selon moi, en tout cas. Et comme le dit mon grand-père, même si on peut dire au lièvre qu’il a de trop longues oreilles, on doit au moins lui reconnaître qu’il court vite.

Chers amis Camerounais, si le président de la Confédération Africaine de football vient encore pour inspecter vos infrastructures pour la Coupe d’Afrique des Nations de football 2019, amenez le manger du poisson braisé à « Douala Bar » (Akwa) ou à la « rue de la joie » (Déido). Il sera tout de suite de votre côté. Mais bon, n’oubliez quand même pas d’accélérer les travaux pour pouvoir accueillir la CAN hein car là ça devient inquiétant. Sinon même un avocatier*** ne pourra vous sauver.

A très bientôt car je n’en ai pas encore fini avec le Cameroun…

Par Roger Mawulolo (facebook) (twitter)

* android / tchoronko : deux termes utilisés en opposition pour parler de ce qui est de très bonne ou de mauvaise qualité (ou encore moderne ou désuet).

** Camfranglais : langue cosmopolite parlée au Cameroun constituée d’un mélange de français, d’anglais et de langues locales.

*** avocatier : lors des dernières élections présidentielles, un candidat pour se défendre a mobilisé une pléthore d’avocats ; l’expression courante a ainsi utilisé le terme « avocatier » pour désigner le groupe d’avocats.

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

Archives par auteur

3 Commentaires

  1. J’ai tellement ri en lisant ce billet, bien écrit.

    Je vois que c’est devenu un business assez structuré, avec des hommes impliqués.
    Je n’ai connu que des femmes dans le domaine. Notre Roi avait une fois demandé aux camerounais de retrousser les manches; je vois que cela a été fait avec ces hommes qui taclent dans un domaine qui a longtemps été dominé par les femmes!

    J’attends la suite et bonne continuation, Roger!

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *