Coupe du monde 2018 : la star du Sénégal vient de la Casamance

La tradition veut que chaque équipe présente à la Coupe du Monde ait sa star. Cette année, la star des Lions de la Téranga, l’équipe nationale du Sénégal, c’est… Sadio Mané, le joueur de Liverpool. Il vient d’une région particulière du Sénégal : la Casamance.

Sadio Mané dans un match de Liverpool contre le Spartak de Moscou - Photo : Wikimedia Commons

Sadio Mané (au centre) dans un match de Liverpool contre le Spartak de Moscou – Photo : Wikimedia Commons

Sadio Mané assure la continuité d’une longue lignée de joueurs talentueux que la Casamance a offert au Sénégal. Elle a été et demeure aujourd’hui un véritable vivier de talents pour le football sénégalais. Cette région est particulière car elle a été longtemps meurtrie par une tentative de sécession armée. Pourtant, même en ces moments difficiles, le football et les joueurs ont toujours maintenu le lien entre cette région et le reste du pays. Au fond, grâce au football, la Casamance est restée sénégalaise.

La Casamance

Située au sud du Sénégal, la Casamance est la partie la plus verte du Sénégal. Une zone à fort potentiel économique et encore peu exploitée, habitée principalement par des ethnies comme les Diolas, les Balantes, les Manjacks et les Peuhls. Ses grandes villes correspondent à ses trois régions  : Ziguinchor, Kolda et Sédhiou. La Casamance a une superficie d’environ 52 000 km² et une population d’environ 1.950.000 habitants.

Les gens originaires de la Casamance sont généralement fiers, dignes et travailleurs. Ils sont souvent prompts à combattre tout ce qu’ils considèrent comme de l’injustice. Peut-être ont-ils tous le même sang que la résistante Aline Sitoé Diatta ?

Le bateau Aline Sitoé Diatta reliant Dakar à Ziguinchor - Photo : Comlanvi Mawulolo

Le bateau Aline Sitoé Diatta reliant Dakar à Ziguinchor – Photo : Comlanvi Mawulolo

Le triste naufrage du bateau le Joola, qui assurait la liaison entre Ziguinchor et Dakar, fait aussi partie de l’histoire de la Casamance. Ce drame survenu le 26 septembre 2002 a laissé une trace indélébile dans la mémoire collective de la Casamance.

Une chose est sûre : la paix est revenue et l’industrie du tourisme reprend peu à peu ses droits. La localité de Cap Skirring reste l’une des stations balnéaires les plus prisées du pays.

L’Agence nationale pour la reconstruction de la Casamance (ANRAC) et le gouvernement sénégalais y déploient des projets pour l’amélioration de la vie des populations. Beaucoup reste quand même encore à faire pour atteindre les zones les plus reculées.

Actuellement, la zone est plutôt bien desservie, par voie maritime et aérienne. Ce qui n’était pas le cas avant. La voie terrestre oblige à traverser la Gambie de part en part. Le détour pour ne passer que par des villes du Sénégal est plus long.

Avant Sadio Mané

Le plus célèbre footballeur, avant Sadio Mané, est feu Jules François Bocandé. Passé par le club phare de la région, le Casa-Sports, Bocandé a fait l’essentiel de sa carrière  en France (FC Metz, Paris Saint-Germain, OGC Nice et RC Lens). Il a mené les Lions du Sénégal dans plusieurs coupes d’Afrique. A la fin de sa carrière, il a intégré le staff technique des Lions. Né à Ziguinchor en 1958, il repose sur ces terres depuis son décès en 2012.

Mis à part Bocandé, on peut citer aussi Souleymane Sané, qui a évolué en Allemagne. Souleymane est le père de Leroy Sané, de Manchester City, qui, lui, joue pour l’Allemagne. A ces deux joueurs, on peut rajouter Roger, Jean et Adolphe Mendy ou encore Christophe et Lamine Sagna.

La génération la plus célèbre du football sénégalais est celle de 2002 sous la houlette de Bruno Metsu. Elle fut finaliste malheureuse de la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Mali. En 2002 toujours, lors de la coupe du monde en Corée et au Japon, elle a réussi l’exploit de battre la France, alors championne du monde en titre ! Elle s’est ensuite hissée jusqu’aux quarts de finale, niveau le plus haut jamais atteint par les équipes africaines à la coupe du monde. Dans cette cuvée, les originaires de la Casamance étaient nombreux. Il y avait l’actuel sélectionneur des Lions, Aliou Cissé, qui était le capitaine de l’équipe, mais aussi Ferdinand Coly, Tony Mario Sylva ou encore Salif Diao et Lamine Diatta. Bien qu’à l’époque le ballon d’or africain El Hadji Diouf était la star de l’équipe, les Casamançais faisaient partie des piliers.

Sadio Mané, l’humble star de 2018

Sadio Mané évolue actuellement à Liverpool, en Premier League anglaise, il est la star incontestable du football sénégalais. Brillant par son talent sur les pelouses européennes, son humilité est vraiment frappante. Dans ses interviews, on sent son attachement au Sénégal mais on sent aussi un attachement très fort à sa région d’origine, la Casamance.

Né le 10 avril 1992 à Sédhiou, Sadio Mané est originaire de Bambali, un petit village de la région. Il y a grandi et joué avant de rejoindre Dakar à l’âge de 15 ans. Il intégra le centre de formation Génération Foot qui travaille en partenariat avec le FC Metz, un club français. Son talent fut remarqué dès le premier jour de tests de recrutement malgré les équipements inadéquats qu’il portait (culotte, maillot et chaussures). Pouvait-il en être autrement ? Sadio Mané ne venait pas d’un milieu modeste mais d’un milieu vraiment pauvre. Mais comme pour tout bon Casamançais, la pauvreté n’est jamais source de lamentations ou d’indignité. Se battre est leur maître-mot, et Sadio Mané en est l’exemple.

Après Metz de 2011 à 2012, Sadio joue en Autriche, au Red Bull Salzbourg, de 2012 à 2014. Partout son talent fait mouche. Les portes de la Premier League s’ouvrent pour le petit Casamançais, il arrive à Southampton où il restera jusqu’en 2016. Les Reds de Liverpool ne résisteront pas au talent du jeune de Bambali. Sa bonne saison 2017-2018 le conduit en finale de la plus grande des compétitions de clubs : la Ligue des champions européenne. Premier Sénégalais à disputer une finale de cette compétition, il est aussi le premier à inscrire un triplé. Joueur-cadre et star de Liverpool, le club n’a pas hésité à le faire accompagner par un physiothérapeute personnel, Dave Galley, à la CAN 2017 au Gabon.

Le vœu de Sadio

Le vœu de Sadio est de faire bonne figure au Mondial 2018 en Russie et de faire mieux que la génération de 2002.

Si les Lions de la Téranga arrivent en finale de la coupe du monde, peut-être que Sadio fera encore convoyer 300 maillots à Bambali. Pour la finale de la Ligue des Champions, il l’avait fait avec des maillots de Liverpool. Un grand bonheur pour les habitants de ce village si fiers de leur fils. Et il le leur rend bien. Plusieurs infrastructures (lycée, centre sportif et autres) entièrement financées par Sadio sont en construction dans le village.

Quand on lui pose la question de savoir pourquoi Bambali et ses habitants méritent autant de gestes de sa part, Sadio Mané répond : « c’est un devoir pour moi de donner de la joie à ce village qui m’a vu naître et qui m’a tout donné »… un vrai Casamançais !

Ce qui est sûr :  s’il neige à Kaluga*, il fera froid à Bambali…

Par Roger Mawulolo [Facebook] [Twitter]

*Kaluga : camp de base du Sénégal en Russie

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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