Récit d’une traversée maritime et fluviale vers Labatte, dans le Gabon profond

Après vous avoir fait des billets reposant essentiellement sur la vie dans les grandes villes du Gabon tels que Elbève (Libreville) et Pog (Port-Gentil), je vous offre le récit d’une traversée maritime et fluviale pour aller à Labatte, dans le Gabon profond… Labatte, une histoire épique, sentimentale et écologique.

Canots accostés à Labatte (bord du Remboué) au abon - Photo : Roger Mawulolo

Canots accostés à Labatte (bord du Remboué) au Gabon – Photo : Roger Mawulolo

Lorsque l’on visite un pays, il est souvent très utile de ne pas se limiter à la capitale ou aux grandes villes. Découvrir le Gabon profond découlait de cette grande envie. Heureusement que mes amis Gabonais m’ont offert cette opportunité.

Quitter Libreville pour se rendre à Labatte, un tout petit village du Gabon, nécessite de traverser l’Océan Atlantique, ensuite le fleuve Gabon et enfin le fleuve Remboué. Il faut noter que tantôt l’on vous parle de fleuve tantôt de rivière. La distinction n’est pas clairement faite par les Gabonais eux-mêmes mais au moins, c’est sur de l’eau douce qu’on navigue. Pour cela, vous entendrez dire le Remboué ou la Remboué.

Il n’existe pas de lignes régulières pour se rendre à Labatte. C’est un tout petit village en pleine nature entre la forêt et l’eau. Pour y accéder, il faut louer une vedette ou une pirogue. Une traversée qui secoue assez car, avec la vitesse, l’avant de la vedette rencontre les pans d’eau déplacés par le vent.

La partie maritime de la traversée

Le point de départ fut le port de pêche, le Capal (centre d’appui à la pêche artisanal) d’Oloumi, un quartier de Libreville. Presque toutes les embarcations ancrées dans ce port pour la pêche ou pour des traversées privées portent un nom mentionnant « Remboué ». On peut lire « Reine de Remboué », « Saint-Philippe de la Remboué », « Sainte Hélène de la Remboué », « Sainte Germaine de Remboué ».

Pour agrémenter la traversée, une escale à Pointe-Denis s’impose pour prendre un verre, histoire de se donner un peu d’énergie pour le reste de la traversée. Pointe-Denis est une station balnéaire où des hommes célèbres prennent du bon temps. Le Président Ali Bongo ou encore le roi Mohamed VI du Maroc s’y reposent souvent. Le sable blanc de la plage donne envie d’y rester.

Par la suite, la traversée de l’Océan Atlantique permet de longer les côtes gabonaises. On peut voir les grues du Port d’Owendo. Ce port fait la fierté des Gabonais. La partie maritime arrive à sa fin lorsqu’on aborde le fleuve Gabon tout en admirant la forêt et la mangrove exceptionnelles qui bordent les rives.

Il est recommandé de se laver le visage avec l’eau du fleuve lorsqu’on quitte l’océan pour l’aborder. Ce que toute l’embarcation fit. Une tradition dont l’origine est oubliée, certainement que c’est pour s’assurer une navigation sans problème ou encore demander la permission aux génies de l’eau.

La partie fluviale de la traversée

La partie fluviale donne l’impression d’entrer dans un grand couloir bordé de forêts et de mangrove, l’estuaire du Gabon. A votre droite, vous avez l’île Aoumé. L’histoire raconte qu’un génie qui commettait des forfaits dans d’autres régions y a été enchaîné. Et il semble que même si vous photographez l’endroit où il est attaché, votre appareil photo qu’il soit argentique ou numérique ne vous sortira aucune image. Je n’ai pas testé puisqu’on n’était pas trop proche.

L’île des perroquets et l’île Coniquet offrent aussi des vues intéressantes. Après un quart d’heure, on arrive à une partie de l’estuaire d’où partent deux bras de fleuve : celui de droite est le Remboué, qu’il faut emprunter pour arriver à Labatte.

Labatte

Niché entre des palmiers et une immense forêt, Labatte vous apparaît comme une large clairière sur le bord du fleuve. Le débarcadère n’étant pas aménagé, on se mouille un peu les pieds avant de retrouver la terre ferme.

Vue de Labatte depuis le fleuve - Photo : Roger Mawulolo

Approche de Labatte par le Remboué – Photo : Roger Mawulolo

La population est très accueillante et sait très bien faire la cuisine. Il est possible d’y déguster du lamantin, du pangolin, du porc-épic et aussi du boa. Les accompagnements habituels du Gabon y sont notamment le bâton de manioc, la banane plantain et autres. Même si c’est loin de Libreville, la Regab, la bière nationale, s’y trouve.

Jusqu’en 2002, il n’y avait plus personne à Labatte. Les plus vieux étaient décédés et les jeunes avaient tous rejoint Libreville. La forêt avait donc repris ses droits. De vraies conséquences de l’exode rural.

En 2002 donc, un fils de Labatte décida de faire renaître le village. Il y construit une maison et redevint le premier habitant. Il s’agit de Jean-Jacques Ndong Ekouaghe. Pasteur de son état, il est né à Labatte. Il y a passé son enfance et sa scolarité primaire avant de le quitter pour la suite de ses études. Il se bat aujourd’hui pour le reconstruire. Actuellement en fonction à Libreville, il nous a affirmé qu’il reviendra à Labatte à sa retraite. Pour le moment, il s’y rend quasiment chaque week-end, s’il n’est pas en voyage hors du Gabon. Petit à petit, il y fait des aménagements : salle de fêtes, magasin. Actuellement, une chapelle, un motel et un zoo sont en construction. Une flotte de pirogues sert de base pour développer une économie maritime basée sur la pêche.

L’objectif de Jean-Jacques Ndong-Ekouaghe est de faire revenir les habitants mais aussi des touristes en développant l’éco-tourisme. La population permanente oscille actuellement entre 10 et 15 personnes. Selon les informations qu’il nous a données, le village tient son nom d’un militaire français des temps coloniaux, nommé Roger Labatte, qui l’avait découvert.

L’« Okuyi », masque traditionnel, fait partie des coutumes de ce village. S’il vous accueille, c’est que vous êtes un hôte de marque. J’ai eu ce privilège. Le masque danse au son de la musique polyphonique traditionnelle gabonaise. Les sons sont obtenus en tapant sur des troncs en bois taillés d’une manière spécifique. Il fait sa danse autour d’un feu allumé avec des fagots de bois. Il est accompagné d’hommes le touchant avec des branches de palmiers pour le guider.

Masque traditionnel gabonais "Okuyi" - Photo : Roger Mawulolo

Masque traditionnel gabonais « Okuyi » – Photo : Roger Mawulolo

Malheureusement à ce jour, il manque de vraies archives sur ce village. Même sur Internet, il est impossible de trouver de véritables informations sur cet endroit merveilleux. Et il existe encore beaucoup de petits paradis ainsi perdus dans la riche forêt équatoriale du Gabon.

Vivement que les dirigeants gabonais pensent à faire un vrai inventaire de ce patrimoine naturel qui ne demande qu’à être valorisé. Une richesse inestimable.

Pour finir, je vous livre le secret des habitants de Labatte : lorsqu’ils survivent à un chavirement de pirogue, ils doivent refaire la traversée le plus vite possible pour conjurer le sort. Ainsi ils auront pris le dessus sur les forces causant les accidents. Quelle belle foi !

Par Roger Mawulolo (Facebook / Twitter)

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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