Gabon, un pays qui vous arrache le sourire (Partie 4)

Après les noms de quartier, les expressions courantes et les poses préférées pour les selfies sans oublier la Regab, parlons un peu des Gabonais en insistant sur les femmes. Oui les mbeng miniga (jolies femmes, en fang, une langue locale du Gabon)…

Une partie d'une dot au Gabon - Photo : Roger Mawulolo

Une partie d’une dot au Gabon – Photo : Roger Mawulolo

Au pays de feu El Hadji Omar Bongo, les patronymes ont des particularités et souvent composés de deux noms. Quant aux femmes, elles sont conscientes de leur pouvoir et savent l’exercer quand il faut. Mais pour les épouser, ce n’est pas juste une question de volonté. C’est surtout une question de capacité car au Gabon, ne se marie pas l’homme qui veut mais l’homme qui peut.

Les prénoms et noms au Gabon

Les prénoms portés par les Gabonais et Gabonaises sont souvent des prénoms chrétiens et dans une moindre mesure musulmans. Que des Jean-Jacques, des Davy, des Stéphane, des Leslie, des Christelle, des Marco, des Moïse, des Cynthia, des Gertrude, des Ali et que sais-je encore. Il est rare d’entendre des prénoms du terroir. Certainement qu’au pays des morts où ils sont, les Présidents Mobutu (ex-Zaïre) et Eyadéma (Togo) auraient dit à leur ami El-Hadj Omar qu’il a préféré les prénoms importés aux prénoms authentiques. Certainement dans les villages, il y a des personnes ayant les vrais noms claniques ou de circonstance du terroir.

Les noms patronymiques des Gabonais et Gabonaises sont presque toujours composés. Si vous voyez un Jean Essono Menie, sachez que l’on vous indique que son père (des fois sa mère) s’appelle Ménié et lui-même Essono. Le fils ou la fille de Jean aura donc Essono à la fin de son nom. Elle sera alors Sabrina Ambourouet Essono, par exemple. C’est pour cela que les Gabonais s’appellent souvent : Boursier Tchibinda Ikapi, Séraphine Ntsame Edzang, Brunelle Mbazoo Nkili, Aïcha Nnegue Owono, Gertrude Ada Mba, Davy Emane Bithege ou Moïse Ndong Eyi…
Des fois, les lettres « y » (chez les ethnies Mpongwè et Nkomi) ou « a » (dans l’ethnie appelée Mitsogo) peuvent être insérées entre les deux noms.

La femme Gabonaise

La femme gabonaise est souvent décomplexée et sait ce qu’elle veut. Généralement, et comme la plupart des femmes africaines, elles aiment les télénovelas. Cela lui rappelle ses amours primaires, secondaires et universitaires*. Lorsqu’elle fait partie d’un groupe, elle ne rate jamais l’occasion d’acheter les uniformes de circonstance que ce soit des tee-shirts, des foulards ou des pagnes. L’enfant qui naît d’une mère Gabonaise est automatiquement Gabonais. Et cela la femme Gabonaise en use. Vous verrez ainsi beaucoup de Gabonais s’appeler Codjovi, Accrombessy, Akakpo, Diop, Diouf ou Ping car leur mère est Gabonaise. La loi est claire sur le sujet et leur nationalité ne souffre d’aucune contestation.

La tranche 16-20 ans est un bon âge pour devenir mère au Gabon. Une jeune fille qui a 25 ans et n’a pas encore eu un enfant fait douter de sa capacité à donner vie.

Excepté les adeptes du kwanza (dépigmentation), les Gabonaises ont un teint soit bien noir ou clair sans demi-mesure. Les claires sont appelées « brunes ». Si vous entendez un prénom comme Brunela ou Brunette, il faut en même temps penser à une femme de teint clair.

Elle recherche toujours l’élégance qui va la différencier des autres. Elle est consciente du pouvoir qu’elle exerce ou non sur un homme et sait en user. Si vous êtes homme et que vous vous savez faible, je vous en prie, ne vous en approchez pas trop… 😀

Les femmes du Woleu-Ntem, une province du nord du Gabon, disent être les plus jolies du Gabon mais moi je m’abstiens de vous donner mon avis sur cela.

Se marier au Gabon

Des chanteurs ivoiriens disent « la femme se marie quand elle veut et l’homme se marie quand il peut ». Cette affirmation est tout à fait vérifiée au Gabon. Comme souvent en Afrique, nous avons le mariage en trois phases : mariage traditionnelle (dot), mariage civil (mairie) et bénédiction nuptiale (église).

La difficulté au Gabon est, pour le jeune, d’arriver à payer la dot. De ce que j’ai vu, elle est colossale et digne des douze travaux d’Hercule sauf si le jeune a un emploi de haut niveau ou une famille aisée pouvant l’aider. J’ai assisté à une cérémonie de dot où l’homme a donné, en dehors de l’organisation d’une gigantesque fête :

  • 100 régimes de bananes plantains
  • 100 bâtons de manioc
  • 30 casiers de boissons sucrées
  • 30 casiers de boissons à mousse (bière)
  • 30 bouteilles de boissons alcoolisées
  • 10 porcs
  • 30 poulets
  • 10 porcs
  • 30 canards
  • 10 cabris
  • Une somme de 3.000.000 de francs CFA

Ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. Contrairement à ce qu’on pense, tous les Gabonais ne sont pas riches.

Si une cousine ou une sœur a réussi à avoir un mari fortuné ayant assuré sa dot, il devient difficile pour la famille d’accepter une dot au rabais. La pression est mise sur les autres filles de la famille. Les phrases du genre « as-tu vu comment Gertrude a fait sa dot ? Ne me ramène pas un vaurien ici » fusent alors de partout.

Pour légaliser un tant soit peu leur vie commune avec une fille, beaucoup de jeunes Gabonais se cachent sous l’attestation de concubinage que l’on peut obtenir à la mairie. Pourtant le concubinage, dans le fond, ne donne droit à presque rien en termes de droit, à la femme. Il s’agit, en fait, d’une union libre sans réels engagements.

La conversation continue …

Le garçon : Allo Mimi! C’est JJ

La fille : JJ ? Lequel?

Le garçon : Hé Mimi. C’est moi JJ, ton pétrolier (petit ami)

La fille : Nyambie Fumu (Mon Dieu) ! Gagne en temps sur moi (laisse moi tranquille), tu es le pétrolier de qui ?

Le garçon : Excuse moi, pour la fois dernière, de t’avoir parlé comme à une katangaise (fille de mauvais mœurs)

La fille : A cause de toi j’ai eu la mine attachée (être de mauvaise humeur) toute la semaine

Le garçon : Excuse moi, j’avais beaucoup kané (bu), c’est pourquoi

La fille : Avec ton covo (crâne dégarni) là. Pour moi, notre affaire est finie depuis kala kala (depuis très longtemps)

Le garçon : Mimi tu es une douille (fille canon) que je ne peux laisser…

La fille : Je vais raccrocher… Va voir tes tuées-tuées (filles volages), tes « DVD » (« dos et ventre dehors ») et oublie-moi … Surtout n’oublie pas de leur dire que tu vas toujours à moutouki (s’acheter des vêtements à la friperie). Comme tu as l’habitude de frapper (mentir) en disant que tu prends tout à Fwala (en France) …

*amours primaires, secondaires et universitaires : différents niveaux d’amour de jeunesse (enfance, adolescence, pré-adulte) dans l’expression gabonaise

Par Roger Mawulolo (Facebook / Twitter)

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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2 Commentaires

  1. Bravo pour cet article. J’ai appris beaucoup de nouvelles expressions comme « Kala kala », « Covo », « douille » et surtout « DVD ».
    Tu fais du bon boulot. Félicitation!

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