Le Gabon, un pays qui vous arrache le sourire (partie 1)

Mbolani (bonjour en fang, une des langues populaires du Gabon) ! Je vous emmène visiter le Gabon, un pays charmant et particulier situé en Afrique centrale, où presque tout vous arrache un sourire.

Libreville - Le boulevard qui sépare le quartier La-la-la en deux - Photo : Roger Mawulolo

Libreville – Le boulevard qui sépare le quartier « La-la-la » en deux – Photo : Roger Mawulolo

La porte d’entrée, si vous y arrivez par les airs, est l’aéroport international Léon Mba de Libreville. Son hall d’accueil est simple et ressemble à une grande véranda ouverte. Au débarquement comme à l’embarquement, vous serez répartis en groupe de 20, pour emprunter la piste à pied. Il n’y a pas de bus. Pourtant, deux vieilles passerelles télescopiques sont visibles mais j’imagine qu’elles sont en panne ou réservées aux compagnies capables d’en payer le prix. Dans tous les cas, je ne les ai pas vues en fonction.

Les quartiers de Libreville

Les noms de certains quartiers de Libreville vous arracheront forcément un sourire.

Le nom de ce quartier ressemble à des notes de musique. Il s’appelle « La-la-la ». Une grande voie bitumée le sépare en deux pour donner : « La-la-la gauche » et « La-la-la droite ».

Un autre se nomme « Gros bouquet » mais je ne sais pas s’il y avait des fleurs avant. Mais on y trouve la prison de Libreville. Peut-être que c’est la prison qui est la fleur. Qui sait ? En face de la grande porte de cette prison, nous avons le quartier dénommé « Derrière-la-prison ». Ne devrait-on pas plutôt dire « Devant-la-prison » ou « En-face-de-la-prison » ? Nous avons aussi « Derrière l’hôpital ». Je n’ose pas affirmer que mes amis Gabonais ont un attrait particulier pour le « derrière » (je parle bien de l’adjectif et de rien d’autre hein ! 😀 ).

Le quartier « Plein-ciel » m’a fait penser, par son nom, au paradis, vu la prolifération à Libreville des « prophètes puissamment oints » dont les titres des campagnes d’évangélisation sont évocateurs. Certains m’ont beaucoup amusé : « Grand carnage dans le camp ennemi » ou encore « Bombardement des positions de Satan ». Vous avez aussi le quartier « Venez-voir » mais je n’ai pas pu savoir ce qu’on m’invitait à voir. A « Charbonnages », je n’ai pas vu de trace de charbon. Par ailleurs, il est évident que si on a un haut, il faut avoir aussi un bas, vous avez donc les quartiers « Haut de gué-gué » et « Bas de gué-gué ».

Mille regrets à ceux qui vont à Libreville sans visiter le quartier « Louis ». Un quartier vivant et animé où l’on trouve toutes sortes de bars, de boîtes de nuit et de restaurants. Le quartier « Apartheid », vous connaissez ? Il s’agit d’Angondjé dans la commune d’Akanda. Le maire de cette commune est un franco-gabonais et son conseil municipal n’est quasiment composé que de métis. D’où le surnom « Apartheid ».

Les maisons de Libreville

Au Gabon, les habitants ne semblent pas être pressés d’ériger un mur autour de leur maison. Au quartier SNI d’Owendo ou sur la route d’Avorbam, on remarque beaucoup de maisons sans clôture. Et pourtant, le propriétaire stationne son véhicule juste devant sa terrasse où sont disposées tables et chaises avec un joli pot de fleurs au milieu. A la place de la clôture, certains propriétaires ont mis des barrières (avec du fil de fer ou de vieux pneus ou des fleurs) pour entourer la maison. La chose la plus remarquable se situe sur les toits des maisons de Libreville. On dirait que chaque toit a une parabole du groupe Canal+.

Le bidonville le plus célèbre est Kinguélé, la cité rebelle, qui s’est révélée au monde durant des troubles socio-politiques qu’a connus le Gabon. Les quartiers défavorisés sont traités de sous-intégrés. Là on peut retrouver des habitations en bois ou en tôles. Presque tout y manque en terme d’assainissement. Les quartiers sous-intégrés sont : PK, Cocotier, Akébé belle vue, Plein-Ciel Kissengué, Atsibé-Ntos, Diba-Diba, Alibandeng, Bel-Air,  Cocotiers, Nzeng-Ayong.

Mais rassurez-vous, vous verrez de véritables châteaux et des maisons belles à vous couper le souffle dans les quartiers chics comme « La Sablière » ou encore « Angondjé« .

Une discussion en argot gabonais

Pour vous expliquer quelques mots et expressions bien gabonais, je vous relate une douce conversation avec une mbeng miniga (« jolie fille » en fang, langue parlée au Gabon).

Le garçon : « Salut Mimi, je croyais que j’étais ton ndolo massama (ton amour). A cause de la rosée (fine pluie) là seulement tu n’es plus venue au Mississippi (un restaurant de Libreville) alors que j’avais déjà commandé les grillades. Des poissons bien fraichement pêchés par les Kalaba (appellation courante des pêcheurs). »

La fille : « Oh Jean-Jacques, tu as trop le ngop (tu es trop beau) pour que je te fasse ça.

– Pourtant tu m’as laissé planter là-bas sans donner de nouvelles. Je disais même rosée alors que c’était juste un craché (autre expression pour désigner une fine pluie).

Tu me parles fort (tu me grondes) ? C’est le boss (mot couramment utilisé pour désigner son père) qui m’a retenu. Ne me parle pas comme un goudronnier (un braqueur, un mauvais garçon).

– Ou bien c’est un tété (un homme riche) que tu as trouvé et tu me doubles ? Tu vas te waze (tu subiras les conséquences de ton acte).

– Ekiééé Jean-Jacques, tout ça c’est les longueurs (ne parlons pas trop), demain on se voit au niveau de la route gaspillée (pour dire « route en mauvais état ») d’Avorbam pour régler ça.

– J’espère que ce n’est pas encore une frappe (un mensonge). Tu me traites toujours comme un makaya (un pauvre). Si je m’énerve tu verras ce que chien a vu à Nzeng-Ayong (expression pour dire que les conséquences peuvent être mauvaises si tu persistes).

– Tu es comme mon amour scolaire (amour pur et sans intérêt ou débuté depuis l’enfance). Ce qu’on n’oublie jamais.

Je ne sais même pas pourquoi j’accepte de te suivre toujours. Tu m’as fait du tobe guessi (filtre d’amour) »

Au Gabon, si vous ne prenez pas garde, vous vous ferez mal à la mâchoire à force de sourire tout le temps car, des noms de quartier aux expressions,  il y a mille choses à découvrir.

Akiba (merci en fang) et à bientôt pour une deuxième partie de ce voyage.

Par Roger Mawulolo (Facebook / Twitter)

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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4 Commentaires

  1. C’est curieux, je lis actuellement « Affaires Africaines » de Pierre Péan et le livre commence au Gabon. Ton billet m’ouvre un tout autre côté du gabon, bien différent du gabon politico-économique décrit par le journaliste Français.
    Comme contribution, je peux t’ajouter que pendant longtemps, il y avait une sorte d’arrangement entre ethnies pour que les Fang (ethnie dont tu parles) aient toujours le poste du Ministère de l’économie et des finances. Je ne sais pas encore pourquoi, mais peut-être d’ici la fin du livre…

    Akiba

    1. Je reste tout ouï donc. Je ferai encore deux ou trois parties qui seront pas proches des « Affaires africaines », c’est sûr.
      Pour l’affaire des Fangs, c’est un constat et comme souvent il y a beaucoup de gentlemen aggreement dans la gestion des pays …
      J’espère que tu me recouperas ainsi sous toutes les autres parties. Et relever des similitudes ou des contradictions

  2. Ça c’est tout a fait mon beau pays le Gabon résumé dans ce billet avec nos expressions , les noms de certains quartiers …. Merci pour cette page que tu nous accorde encore

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