Musique classique : Isaac Dogbo, le «Mozart» togolais, n’est plus

Dans l’histoire de la musique classique, il y a eu Beethoven, Mozart, Haendel et autres. En Afrique aussi, il y a des personnes qui composent et parmi eux, il y a Isaac Dogbo, le Togolais. Que dis-je ? Il y avait Isaac Dogbo.
Oui, le maître incontesté de la composition de musique classique au Togo est mort. Il a passé les partitions, le piano, l’harmonium et sa baguette de maître de chœur à gauche. Il a été inhumé, ce mardi 16 mai 2017, à Bagbé (Togo).

Partitions dans le recueil "Ma force et mon chant" - Photo : Roger Mawulolo

Partitions dans le recueil « Ma force et mon chant » d’Isaac Dogbo – Photo : Roger Mawulolo

Quand je dis « Mozart » togolais, je vous assure que je n’exagère pas. Ceux qui s’y connaissent en musique classique et les œuvres de feu Dogbo vous le confirmeront.

L’homme

Isaac Yawo Dogbo est né le jeudi 24 mai 1945 à Lomé. Issu d’une famille chrétienne, il est arrivé à la musique presque naturellement car ses parents étaient des choristes. Autodidacte, il s’est formé tout seul en s’amusant avec l’harmonium (instrument de musique à vent, à anches libres, à clavier et à soufflerie) et en cherchant dans les quelques rares livres, disponibles à l’époque. Ancien professeur de lettres, il a été censeur et proviseur du Lycée Technique de Lomé-Adidogomé. Travail qu’il a pu concilier avec la musique. Doué, il l’était car il composait sans logiciel et sans piano juste dit-il avec sa tête, un papier et un crayon. Et pourtant ses compositions sont toujours justes et bien équilibrés entre l’alto, le soprano, le ténor et la basse.

« Fo I », comme l’appellent les proches, conçoit l’art musical comme tout art, exigeant rigueur et concentration. Il a maintes fois confié qu’il trouve sa force et sa particularité dans le verbe « OSER ». Maître de chœur et pianiste, je l’ai déjà vu s’essayer au trombone et à la trompette. Pourtant il avait déjà des cheveux blancs à l’époque. Un homme toujours avide d’acquérir de nouvelles connaissances surtout en matière de musique. En 2012, il a été primé meilleur compositeur africain.

Son décès, le dimanche 30 avril, a surpris son monde même s’il était souffrant depuis un moment.

Ses œuvres

La première composition d’Isaac Dogbo fut le chant « Lonlon fo nouwo katan ta » (Par dessus-tout est l’amour) en 1966. Au total, il a composé près de 300 chants dont 150 ont été publiés en 4 volumes. La publication des autres chants était en préparation avant son décès. Le titre de ses recueils « Ma force et mon chant » traduit toute la conviction de l’homme qui a confié : « mes sources d’inspiration sont la Bible et le grand livre de la vie ». Pour lui, la vie est un grand livre où s’inscrivent les meilleures leçons.

Ses œuvres musicales sont les plus chantées au Togo, son pays. Mais aussi au Ghana, au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Même en Europe, vous pouvez entendre des chorales reprendre ses célèbres cantiques. Nous pouvons citer « Je mets toute ma confiance », « Vers toi, cité céleste », « Oui, nous marchons », « Ceux qui se confient ». Ses compositions sont toujours en deux langues : l’Ewé, sa langue maternelle et le Français.

Un hommage mérité lui a été officiellement rendu, par l’Etat togolais et les jeunes compositeurs, le 31 mai 2014 pour l’ensemble de son œuvre.

Le « Groupe artistique Mawu fe nuse », dont le nom a été inspiré par ce compositeur émérite, reste le principal groupe qui exécute les œuvres d’Isaac Dogbo.

Son héritage

Le doyen Dogbo laisse derrière lui des jeunes compositeurs qui se sont inspirés de lui et qui ont été à son école. Il s’est battu pour que le Togo dispose d’une école de musique digne de ce nom mais son projet n’a pas abouti. Actuellement, nous avons des écoles de piano à Lomé ainsi que des pianistes et compositeurs plutôt autodidactes.

Un goût certainement d’inachevé pour le doyen au moment où il rendait son âme au Créateur.

Permettez que je finisse avec ces mots d’un de ses chants :

« Ici, sur terre, nous sommes tous des pèlerins et nous n’emporterons rien au ciel. Sauf nos œuvres qui nous suivront »

Que la terre te soit légère « Fo I ».

Par Roger Mawulolo [Facebook] [Twitter]

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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