Afrique : des obstacles insolites à l’asphalte

Construire des routes goudronnées, en Afrique, est souvent un parcours de combattant. Certains obstacles insolites peuvent retarder l’avancement des travaux et générer des coûts supplémentaires non négligeables. De l’époque coloniale à nos jours, cela ne semble pas avoir changé.

Un papillon sur l'asphalte - Image libre : https://pixnio.com

Un papillon sur l’asphalte – Image libre : https://pixnio.com

Les tombes

Sur une rue du quartier Adidogomé-Sagbado (photos ci-dessous), dans la partie nord de Lomé, il y a des tombes qu’il faut contourner. Ces tombes sont proches des maisons et prennent au moins le tiers de la largeur de la voie. Un bar a même été ouvert en face d’elles. Pourtant personne ne pense à détruire ces tombes surtout qu’elles réduisent l’espace utilisable par les piétons et les véhicules. En fait, tout le monde y pense mais personne n’ose endosser cette responsabilité.

Les cimetières sont sacrés en Afrique. Le culte des morts étant encore fortement présent dans nos traditions, nous n’osons pas toucher aux cimetières. Même jusqu’au sommet de nos états, beaucoup ont une peur bleue de tout ce qui a trait aux morts. Vous pouvez ainsi facilement trouver une route contournant de manière équivoque un cimetière. Et ceci juste pour ne pas avoir à déterrer les ossements.

Ce n’est pas pour rien que dans « Souffle », Birago Diop dit, qu’en Afrique, les morts ne sont pas morts. Ils sont dans l’eau qui coule, le vent qui souffle. A plus forte raison, dans les cimetières. Bien courageux celui qui oserait troubler leur profond et doux sommeil.

Les sanctuaires et couvents traditionnels

Lorsqu’une nouvelle route doit faire déguerpir ou encore réduire l’espace occupé par un sanctuaire traditionnel et animiste, par exemple, il faut d’intenses négociations et une compensation financière. Cette compensation est calculée en fonction du nombre et du type de fétiches présents dans le sanctuaire ou le couvent.

Bien de projets ont buté sur ces aspects ou ont abouti à un nouveau tracé. Les raisons données sont simples : pour bouger une idole ou un totem, il faut d’abord faire beaucoup de sacrifices pour lui en demander l’autorisation et ensuite trouver un endroit approprié. Les sommes auxquelles les négociations aboutissent peuvent être astronomiques. Et comme elles n’avaient pas été prévues au début du projet, cela devient difficile à gérer.

Ce qui est sûr, personne n’ose continuer les travaux tant que les divinités n’ont pas donné leur accord ou accepté la conclusion des négociations.

Tombes en plein rue à Lomé - Photos : Roger Mawulolo

Tombes en plein rue à Lomé – Photos : Roger Mawulolo

Les arbres, les forêts sacrées, les rivières et les termitières

Toujours pour des raisons mystiques, vous pouvez voir la construction d’une route bloquée par un arbre, une forêt ou une termitière. Un arbre considéré comme sacré ou une forêt renfermant des  divinités peut sérieusement perturber l’évolution d’une route en construction. Comme dans les cas précédents, il faut user de diplomatie et de versement de fonds pour pouvoir raser les arbres ou la termitière en question.

Notre enfance a souvent été bercée par des histoires d’arbres déracinés que l’on retrouvait bien debout, le lendemain. Ou encore des tronçonneuses qui tombaient en panne pour des raisons mystérieuses dès qu’ils effleuraient les arbres sacrés. J’ai déjà entendu qu’il y avait des arbres, dont la sève devenait rouge, comme du sang, quand on les abattait. Il semble que des ouvriers téméraires mourraient pour avoir osé couper des arbres sacrés pour faire passer une nouvelle route. Certaines histoires rapportent que l’on pouvaient entendre des cris et des voix d’hommes venant de la forêt qu’on rasait.

De nos jours, les écologistes ne voient pas les forêts et rivières comme des obstacles car il faut préserver l’environnement. Mais ça, c’est un autre débat.

Ces réalités sociales de notre continent, que l’on y croit ou pas, sont à prendre en compte d’une manière ou d’une autre avant l’entame des grands projets de construction d’infrastructures en tout genre. Elles doivent être intégrés dans le plan du projet. Ceci permettra d’éviter tout blocage ou tout conflit ainsi que toutes les dépenses imprévues y afférant. La réelle dimension mystique de ces choses est discutable, selon certains. Néanmoins, il ne faut pas oublier que des révoltes de populations peuvent être engendrées par ce qu’elles considèreront alors comme le non-respect de leurs divinités ou traditions.

Par Roger Mawulolo [Facebook] [Twitter]

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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4 Commentaires

  1. Le problème touché est assez épineux. Parfois le laxisme des autorités dans le respect du domaine public favorise ce phénomène. Certains par ignorance érigent sur le domaine public des constructions qui sont démolies par la suite pour des travaux. Une sensibilisation de masse est nécessaire pour prévenir ces désagréments.

    1. Le domaine public avec les constructions anarchiques, c’est encore facile à gérer mais tout ce qui touche au mystique est encore délicat.
      EN tout cas, merci là-bas pour la lecture et le commentaire

  2. Cela rentre meme ds le problème actuel du foncier au Togo… La terre n’appartient pas à l’etat mais aux communautés… Elles en disposent comme elles l’entendent… Et parfois les plans d’urbanisation et autres lotissement ne mentionnent ni cimetières ni cases a fétiches sur les voies. On pense sérieusement à la réforme du foncier au Togo … Mais c’est un long chemin et les gouvernants sont moins d’avoir fait le premier pas… Surtout quand il faut déplacer les populations des zones du centre ville (gbadago) qui est à reconstruire et que l’indemnisation elle meme seule fait peur à l’état

  3. En matière d’indemnisation l’état togolais a encore du chemin à faire. C’est un droit pour la population qu’on déguerpit et non un cadeau.
    Ici au Sénégal, lors de la construction de l’autoroute, les déguerpis ont eu droit à des terres de recasement et des indemnisations calculées selon le type, la superficie du bien foncier touché…

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