Nos gris-gris d’enfance

Lorsque nous étions enfants, au Togo, nous avions nos gris-gris pour éviter d’être punis lorsque nous étions en faute ou encore pour punir ceux qui nous offensaient. Nous les appliquions avec une très grande dose de foi, et même quand cela s’avérait inefficace, nous recommencions toujours. De toute façon, que ne ferait-on pas pour se sortir des situations embarrassantes ou pour nous venger  ?
Peut-être que si le Paris Saint-Germain m’avait consulté, je leur aurais trouvé un gris-gris d’enfance pour qu’il ne me fasse pas cette honte du 8 mars là.
Petit retour sur nos sorcelleries d’enfance…

Cracher sur le caillou

Pour éviter que nos parents ne nous administrent une belle correction lorsque nous avions « déconné » hors de la maison, nous étions convaincus qu’il fallait cracher sur un caillou et le jeter loin derrière par-dessus notre épaule. Ensuite, ne plus regarder derrière soi jusqu’à franchir le seuil de notre domicile. Imaginez quand quelqu’un nous interpellait en chemin.
Nous appliquions beaucoup cette méthode lorsque nous allions nous baigner dans la mer ou encore dans les retenues d’eau du grand jardin sises entre les actuels bureaux de la Compagnie Electrique du Bénin, de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest et de l’Union Togolaise de Banque à Nyékonakpoè (quartier de Lomé). Ce gris-gris ne marchait pas à 100% car nous avions quand même été punis plusieurs fois. Et même dans ces cas, on se demandait si on n’a quand même pas regardé derrière nous à un moment avant d’arriver chez nous. Ou encore nous nous disions que nous n’avions pas mis assez de salive ou que le caillou n’était pas le bon.

Cracher à l’endroit où l’on urine

Nous n’oubliions pas aussi de cracher sur les traces de nos urines. Que ce soit sous un mur ou contre un arbre ou en pleine rue. Ce crachat était sensé nous protéger contre tout sort qu’un ennemi voudrait nous jeter. Nous pensions fermement que les traces de notre urine pouvait être utilisées pour nous nuire. Lorsqu’un propriétaire inscrit « Interdit d’uriner ici » sur son mur, il nous arrivait d’enfreindre l’interdiction. Il fallait ne pas oublier de cracher pour nous protéger contre des représailles que l’on pensait mystiques. Notre virilité aurait été en danger et nous nous protégions donc avec le crachat.
Je peux affirmer sans risque de me tromper que même aujourd’hui beaucoup de mes compatriotes crachent dans les chaises anglaises quand ils finissent d’y uriner. Mais bon, n’ayez crainte, ils tirent toujours la chasse d’eau après.

Mettre de la salive sur le nombril

Il est arrivé à plusieurs d’entre nous d’avoir une envie subite et pressante d’aller déféquer. Surtout à ces moments où une diarrhée s’invite. Nous étions convaincus que nous mettre de la salive sur le nombril retardait ou arrêtait cette envie. Même si cela ne marchait pas la première fois, on recommençait, avec foi, la fois suivante. De toutes les façons, avions-nous le choix ? En cas d’envie subite de faire ses besoins, tous les moyens étaient bons pour se contenir.

Croiser les doigts ou enfoncer son orteil dans le sol

Lorsqu’un chien ou un chat vous dérange trop par ses crottes sous vos murs, il y a une solution. Il suffit de le guetter et d’agir dès qu’il se pointe pour ses besoins. A deux, vous croisez vos doigts et vous vous interpellez par vos prénoms. Il paraît que cela bloque la sortie des crottes chez l’animal. Et cela a semblé réussir plusieurs fois. Je me demande si ce ne sont pas plutôt nos cris d’interpellation qui effrayaient l’animal.
Lorsqu’un aîné nous faisait des remontrances et qu’on sentait venir la menace d’une punition, nous croisions fortement nos doigts dans notre poche. Selon nous, nous l’avions ainsi « attaché » et il ne nous punirait pas. Lorsque cela ne marchait pas, on se disait qu’on aurait dû croiser peut-être les doigts de la main gauche et pas ceux de la droite. Enfoncer son orteil dans le sol était aussi une alternative pour éviter d’être puni.
Ces mêmes méthodes, nous les appliquions lorsque nous oubliions de faire nos devoirs scolaires à la maison. Ce qui n’empêchait pas nos instituteurs de nous punir.

Mettre une aiguille, un citron ou du charbon de bois dans sa poche

A une certaine période, la psychose du « vol mystique de sexe » était ancrée dans notre esprit. Nous étions convaincus qu’il suffisait que le malfaiteur te salue ou bien te mettes sa main à l’épaule pour que ton sexe disparaisse comme par enchantement. Il y avait donc urgence de se protéger. La solution était pour certains d’avoir une aiguille ou une épingle dans la poche. Pour d’autres, cela devait être un citron ou un morceau de charbon de bois. Mon petit frère m’a alors dit « grand frère, moi je mets tout en même temps car je veux être sûr d’être protégé ». Que ne ferait pas un homme pour s’assurer de sa fonction érectile et procréatrice ?
Même dans certains matchs de football de quartier, on pouvait garder du citron dans sa poche pour éviter le fusil mystique appelé « tchakatou ». Fait supposé ou vrai, nous n’attendions pas de tester le fusil car « prévenir vaut mieux que guérir ».

Mettre de la fiente de poule sur les morsures

Celle-ci semble être la meilleure, même si je n’ai jamais eu les preuves de son efficacité. Si jamais un autre enfant ou une personne osait te mordre, il suffisait de mettre de la fiente de poule sur les traces laissées par les dents sur notre peau. Le coupable aurait les dents cariées à jamais. Je ne peux pas vous dire si ça marche mais on le faisait quand même. Vous imaginez la foi que nous avions en cela, rien qu’à penser à se mettre de la fiente sur soi.

La sandale retournée

Lorsque tu manges ton plat préféré et que tu ne veux le partager avec personne, il y a une astuce : retourner une de tes sandales et la poser sur le pas de ta porte. Cela est supposé empêcher toute visite d’un gourmand. On croyait ferme que personne ne viendrait avant que nous n’ayons fini et lavé nos mains.

Pour nous, tous ces gris-gris servaient à la bonne cause et même pour aller en composition ou en examen on pouvait mettre nos stylos dans l’eau bénite ou manger la cire des bougies des temples catholiques pour réussir.

D’ailleurs, ce ne sont pas uniquement les enfants qui en avaient. Les adultes aussi avaient les leurs. Demandez aux vendeurs ou vendeuses du grand marché de Lomé, ce qu’un piment rouge fait dans leur caisse. Ils vous diront que ça prévient des vols mystiques d’argent. Malheureusement, cela ne les protège pas contre les braqueurs.

J’avais promis de donner une astuce aux joueurs du PSG. Je m’abstiendrai de le faire et la garde précieusement pour le prochain match contre Barcelone. De la magie, pour que Paris reste magique, ça le ferait, non ?

L’enfance est vraiment le plus beau moment d’une vie.

Par Roger Mawulolo [Facebook] [Twitter]

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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11 Commentaires

  1. Nous étions convaincus que nous mettre de la salive sur le nombril retardait ou arrêtait cette envie.
    Lol, en tant bon enfant africain, la salive sur le nombril tu dois le connaitre. Bel article 🙂

  2. Merci pour l’article. Je connaissais juste le crachat sur les urines et encore, pas la signification, c’était plus le suivisme des adultes qui le faisaient qu’autres choses.
    Par contre j’en ai deux qui nous traumatisaient, fallait pas qu’on traverse tes jambes tendues ou quand une personne balai et il te touche…c’était le frein à ta croissance, on l’utilisait avec beaucoup d’envie pour se venger… quand j’y pense j’en ris aux larmes.

  3. Waw! Le bon vieux temps.
    À lire votre article Mawulolo, je me suis vraiment rendu compte que le peuple africain a un lien culturel ou ancestral avec Haïti.

    Certains de ces gris-gris mentionnés dans votre article-mémoire témoigne de ce rapprochement entre les deux peuples.

    CRACHER À L’ENDROIT OÙ L’ON URINE

    En Haïti, nous(les hommes en particulier) avons cette pratique de cracher sur l’urine. Ça devient un automatisme pour l’haïtien même s’il urine dans un bol anglais.

    METTRE DE LA FIENTE DE POULE SUR LES MORSURES

    Enfant, on pratiquait aussi ce truc.

    CROISER LE DOIGT OU ENFONCER SON ORTEIL DANS LE SOL

    On pratiquait cela surtout contre les chiens méchants.

    Quand je pense à ces pratiques-là, je ris. Mais, nous y avions mis notre foi.

    Très bel bel article!

    1. Ah merci cher ami,
      Je me disais bien qu’avec Haïti ainsi qu’avec beacoup d’autres pays africains, il y aurait des similitudes.
      Merci de m’avoir lu et surtout d’avoir commenté.
      Je suis sûr que bien d’autres billets de mon blog vous feront faire des liens avec Haïti où j’ai des amis d’ailleurs.
      Merci

  4. « La sandale retourné » depuis petite ma mère m’a toujours dit que c’était pas bien. Aujourd’hui, à 24 ans, dès qu’une chaussure est à l’envers je m’empresse pour la retourner.

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