Jamais sans mon « sotiou » à Dakar

« Pôrmochon sotiou, pôrmochon sotiou ». Ce cri, je l’entend plusieurs fois lorsque je suis bloqué dans les embouteillages de Dakar, au Sénégal. En fait, le vendeur veut indiquer qu’il fait une promotion sur le sotiou (appellation locale du cure-dent, lire sôtchou). A chaque fois, cela me fait sourire. Non pas parce qu’il dit « pôrmochon » à la place de « promotion » mais cela me rappelle certaines attitudes d’adeptes du cure-dent.

Femme sénégalaise mâchant un cure-dent - Crédit photo : Toon van Dijk sur flickr.com

Femme sénégalaise mâchant un cure-dent – Crédit photo : Toon van Dijk sur flickr.com

A chaque moment de la journée correspond sa phase de cure-dent. Et surtout notez que nous en Afrique, lorsque nous parlons de cure-dent il ne s’agit en aucun cas des petits bâtonnets à bout pointu servant à nettoyer les interstices dentaires mais plutôt des tiges agissant comme de vraies brosses à dents.

Le matinal

Tout commence, le matin, dans le taxi collectif, le bus, le car rapide ou le Ndiaga Ndiaye. Vous devez rester vigilant sinon votre voisin de trajet, adepte de sotiou, peut vous crever les yeux avec sa tige. Les tiges sont souvent de longueurs et de formes variables. Priez pour que l’adepte de sotiou ne soit pas trop loquace sinon vous êtes morts. Vous pouvez vous prendre quelques gouttes de liquide dont la couleur varie en fonction de la couleur du sotiou. Et comme à Dakar se saluer passe forcément par se serrer la main vous pouvez récolter quelques brindilles de cure-dent ou quelques gouttes de salive au passage. Lorsque le « mâcheur » de sotiou est proche d’une fenêtre du véhicule, il envoie souvent des crachats vers l’extérieur.

Même avec un costume et une cravate, on mâche son sotiou. A l’aise quoi…

L’après-déjeuner

Il n’est pas rare de trouver des dames en train de se mirer après le déjeuner. Et souvent à ce moment, elles sortent leur sotiou pour se nettoyer les dents. Ah oui, se faire belle passe par l’entretien des dents ! Un joli sourire ne passe-t-il pas par une jolie dentition ?
J’ai observé ce cérémonial aussi après les siestes. Comme pour la voiture, si le bureau du « mâcheur » a une fenêtre ouverte sur l’extérieur, gare à celui qui passera là-bas au moment du crachat. S’il n’y pas de fenêtres proches, quelques tours aux toilettes s’avèrent nécessaires.

Que ce soit au bureau ou à la maison, le lieu importe peu. Et puis les hommes ne riez surtout pas, vous le faites aussi.

L’afterwork et l’aphrodisiaque

Le soir, après le repas et un bon bain, on peut se faire un petit sotiou avant de se coucher. Histoire d’avoir des dents propres et une bonne haleine avant d’aller dans les bras de Morphée. Et si avant d’aller dans les bras de Morphée, vous prévoyez aller d’abord dans ceux de « votre-dame », un sotiou spécial, genre « cure-dent gouro » peut vous être utile. Ici point n’est besoin de cracher le liquide produit par la tige car c’est de là que vient la puissance de libido tant recherchée. Comme dirait mon amie mondoblogueuse Sonia Guiza, on gagne plus à boire le jus qu’à le cracher.
Je suppose que cela a les mêmes vertus que les sotiou que mâchent les lutteurs de l’arène sénégalaise avant d’entrer en combat. Si vous voyez qu’être dans les bras d’une femme constitue un combat.

Le cure-dent semble être un bon remplaçant de la brosse à dents mais son utilisation peut gêner l’entourage. Comme quand on se brosse les dents on ne peut ni parler (à autrui), ni le saluer, il conviendrait d’en faire de même avec le sotiou. Du moins ne pas vouloir forcément donner la main ou encore parler ou trop se rapprocher.

Le sotiou peut donc s’utiliser par moments mais pas tout le temps et en tout lieu.

Salam à vous

Par Roger Mawulolo [Facebook] [Twitter]

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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2 Commentaires

  1. « pôrmochon » à la place de « promotion » krkrkrkr. C’est à croire que le « sotiou » au Sénégal est atypique. Est-il comparable et efficace comme le cure-dent gourou chez nous en Côte d’Ivoire? Je ne pense pas lol.

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