Habitation : Avoir les pieds sur terre c’est mieux

L’expression « avoir les pieds sur terre » indique la manifestation d’un grand sens des réalités. Beaucoup d’Africains, surtout ceux du Golfe de Guinée, préfèrent avoir en vrai les pieds sur terre, c’est-à-dire, les pieds sur le sol lorsqu’il s’agit d’accéder à la propriété immobilière. N’est-ce pas aussi un sens de leurs réalités?

Chantier de construction - http://www.publicdomainpictures.net

Chantier de construction – http://www.publicdomainpictures.net

Depuis que je vis au Sénégal et que je voyage à travers le monde, j’ai fini par considérer qu’accéder à la propriété immobilière peut rimer avec l’acquisition d’un appartement dans un immeuble. J’ai alors décider de procéder à l’opération. Ce que n’admettent pas mes oncles et tantes au pays. Pour cela, un conseil de famille a été convoqué à mon insu et j’y ai été convié. Cette assise avait pour but de me faire « avoir les pieds sur terre ». Dans mon pays, le Togo, il est encore rare de s’acheter un appartement pour habitation.

Ne pas acheter de maison « en l’air »

Le Chef de famille fut le premier à prendre la parole. Il me fit savoir que la propriété immobilière, dans notre culture, rime toujours avec la possession d’un terrain. Oui la terre. Acheter un appartement c’est comme si on devenait un oiseau qui loge son nid dans un arbre. Il n’y a aucune garantie à habiter juste dans les airs sans vrai ancrage au sol.
Même si c’est une maison construite sur un quart de lot (environ 150 m²), nous les Togolais le préférons à un appartement de 250 m². L’essentiel est d’avoir les pieds sur terre comme nous le disons.

Confinement et difficultés

« Un homme et sa famille doivent pouvoir respirer » me dit-on. Il faut de l’espace, une cour et un sol. Ma tante la plus âgée me demanda comment je ferai si je veux un de ces jours casser un mur ou rajouter une chambre. Elle m’a rajouter que l’homme prudent voit le mal de loin. Et que pour cela, il fallait que je réfléchisse vraiment pour ne pas jeter de l’argent par la fenêtre. Car pour elle, acquérir un appartement n’est pas un bon choix. Il faut avoir une maison et avoir ses pieds sur terre quand on rentre chez soi. D’ailleurs, elle ajouta que le voisinage peut être un problème.

En cas de séisme…

Mes oncles et mes tantes me demandent ce que je ferai lorsqu’il y aura un séisme et que mes voisins du rez-de-chaussée n’auraient pas encore reconstruit leurs appartements. Vu que je leur ai dit que j’habiterai au premier. J’ai réfléchi et je ne leur ai pas trop donné tort car dans nos pays africains les lois ne sont pas appliquées et les assureurs ne réagissent pas toujours quand il s’agit de payer en cas de sinistre. Du coup même si j’ai les moyens comment vais-je reconstruire mon appartement si mon voisin du dessous n’a pas fini le sien?

Les cordons ombilicaux de mes enfants…

Ma plus jeune tante m’a apostrophé en ces termes : « Que feras-tu des cordons ombilicaux de tes enfants ? ». Oui, chez nous quand l’enfant naît, on enterre son cordon ombilical derrière la case dans un coin ombrageux. Si j’habite dans un appartement perché en hauteur que ferais-je alors ? Casser les carreaux pour l’y enfouir ?
Je n’ai pas osé demander à ma tante comment ont fait mes cousins vivant en Europe. Elle me dira que, de toute façon, c’est pour cela que les enfants de là-bas ont un comportement anormal ou ont telle ou telle maladie.

Piler mon foufou*
Fille pilant sur un sol carrelé - Photo : commons.wikimedia.org

Fille pilant sur un sol carrelé – Photo : commons.wikimedia.org

Mon plus vieil oncle prit la parole et dit « mon neveu, tu es d’une région où notre plat traditionnel est le foufou. Si tu vas loger en hauteur avec un sol tout en carreau ou tout en ciment, où vas-tu poser ton mortier ? ».
J’ai failli lui répondre que maintenant que la machine dénommée « Foufou-mix » existait. Mais j’avoue que je suis trop bien éduqué pour répondre à un oncle en pleine assemblée.

C’est donc au sortir de cette assemblée familiale que j’ai compris le vrai, ou du moins, un autre sens de l’expression « avoir les pieds sur terre ». J’ai découvert que l’expression signifie aussi « être très objectif et ne pas se laisser séduire par des rêves ou des ambitions démesurés. C’est une preuve d’intelligence, car cela dénote une capacité d’adaptation de ses ressources intellectuelles à une réalité donnée ».

Mes oncles et tantes avaient donc raison. Pourtant ils, surtout ceux vivant du village, ne connaissent pas l’expression.

Le bon sens n’est donc pas forcément lié au fait d’avoir beaucoup étudié. Là je continue encore de réfléchir sur l’acquisition de mon habitation. Dois-je garder les pieds sur terre ?

Par Roger Mawulolo [facebook] [twitter]
*foufou : ignames bouillis puis pilés (traditionnellement dans un mortier en bois reposant au sol)

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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3 Commentaires

  1. Quand la famille se mêle de tes histoires…hummm. Mais cela traduit toute notre réalité africaine, où il faut avoir une grande maison et un « grand sens de l’hospitalité » pour accueillir les oncles, tantes et cousins lointains qui viendraient du village pour loger chez toi « un ou deux mois ». Avec ton appartement là, Roger, comment vont-ils faire pour se sentir « comme chez eux »???……lol.

  2. En bon togolais et si les moyens te le permettent garde « les pieds sur terre ». Franchement on y est plus à l’aise. L’expérience me permet de le dire.

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