A Dakar, nous pratiquons l’élevage en terrasse

Dans mon pays, le Togo, je connaissais la culture en terrasse qui est l’apanage du peuple Kabyè, un peuple d’agriculteurs de la région nord. Au Sénégal, j’ai découvert l’élevage en terrasse qui est utilisé par les populations citadines.

Des moutons sur une terrase à Dakar - Image : commons.wikimedia.org

Des moutons sur une terrasse à Dakar – Image : commons.wikimedia.org

Qu’est ce que l’élevage en terrasse ?

Des habitants d’immeubles sont souvent surpris par des bruits de caquètements et de bêlements. La raison est simple : ils ont pour voisins des poules et des moutons. A Dakar, certaines personnes élèvent ces animaux sur les terrasses et les toits des immeubles d’habitation. C’est ce type d’élevage que je dénomme élevage en terrasse (expression inventée par moi-même par comparaison à l’agriculture en terrasse).

Certains le font juste pour le plaisir tandis que d’autres le font à but lucratif. Un voisin m’a déjà dit qu’en tant que peuhl, il ne peut s’empêcher d’avoir des moutons même s’il ne vit pas dans une ferme. Un autre m’a dit le faire juste pour arrondir ses fins de mois en revendant. Cela permet aussi d’avoir des moutons à disposition pour les grandes fêtes et la Tabaski notamment. Quant aux éleveurs de poules, ils le font pour en vendre la chair ou les œufs.

Le manque d’espace, la nécessité d’arrondir les fins du mois et le désir d’avoir des ressources supplémentaires poussent beaucoup à ainsi utiliser les espaces libres des immeubles. Ceci au détriment du voisinage.

Les désagréments causés au voisinage

L’élevage en terrasse cause beaucoup de désagréments au voisinage. Que ce soit les voisins du même immeuble ou des immeubles voisins.

  • La nuisance sonore

Il est désagréable, en plein ville, de voir sa sieste ou son sommeil troublé par les cris d’animaux surtout si l’on vit dans un immeuble. Les bêlements de moutons, le bruit de leurs sabots sur le carrelage, les coups de cornes quand les béliers se battent sont des sources de bruit. Je ne vous dis pas ce que peut donner les bruits faits par les poules.

  • Les déchets, les saletés et les mauvaises odeurs

Les excréments des animaux salissent les espaces occupés et ne laissent pas une odeur agréable à ceux qui habitent à côté. Mieux encore, certains propriétaires ne prennent pas le soin de nettoyer ces espaces. Voici ce que confie une dame :

« Chaque jour, l’éleveur faisait descendre les moutons mais tous les locataires étaient chargés du nettoyage de leur excréments laissés après leur passage sans oublier les murs des escaliers qu’ils touchaient ».

Des doses importantes de désodorisants sont alors nécessaires pour masquer un tant soit peu les mauvaises odeurs. Accueillir un visiteur chez soi devient une source de réflexion tant les odeurs empestent et les saletés sont visibles.

  • Les canalisations bouchées ou refluant des déchets

En période de pluie, les locataires sont obligés de déboucher continuellement leurs canalisations internes car elles sont bouchées par les excréments des moutons. Toute l’eau de pluie venant de la terrasse ressort souvent dans l’évier de leurs cuisines, l’évacuation des douches et autres voies de sorties d’eau, avec un mélange d’excréments de moutons.

L’Etat doit réagir

Ce phénomène semble normal. Il est minimisé alors qu’il constitue un problème de santé publique. Les animaux pouvant porter des maladies transmissibles à l’homme, et il est du devoir de l’Etat par le biais des services d’hygiène de s’y pencher. Le cadre de vie des populations ne saurait être ainsi confondu volontairement avec celui des animaux. On est arrivé à un point où le troupeau vit quasiment dans le même appartement que les humains. L’élevage dans ces conditions devrait pouvoir être interdit.

Les voisins subissant ces préjudices n’ont souvent aucun recours et peuvent tenter de faire entendre raison à l’éleveur. Ce qui engendre souvent bien de conflits. Les plus pacifiques se pressent de trouver un appartement ailleurs et de déménager.

Si je vous dis que des moutons ont « mangé » des habits mis à sécher sur la corde à linge ainsi que des cartons, me croiriez-vous ? Mais c’est ce qui est arrivé à certains voisins des éleveurs en terrasse.

Pour votre bien, avant de louer un appartement, faites tout pour savoir si votre voisin élève ou envisage d’élever des moutons en terrasse.

A bon entendeur, salam*

Par Roger Mawulolo (facebook) (twitter)

*Salam : paix en Arabe, mot utilisé couramment au Sénégal

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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3 Commentaires

  1. Quant aux éleveurs de poules, ils le font pour en vendre la chair ou les œufs. – Un végétarien en aurait la chair de poule… Seulement il ne pourra pas faire d’omelette sans casser les oeufs… A défaut d’animaux de terrasse, je fais des amis mots de guerre lasse kr kr kr kr —- je voulais commenter en disant n’importe quoi 😆

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