Au Sénégal, la main est un sésame

Main

Mains joints – Image : pixabay.com

Au pays de la téranga* (Sénégal), la main, sert à beaucoup de choses et son impact peut même vous surprendre. Je vous offre ici un petit tour d’horizon de ce que la main peut ou permet de faire.

Au Sénégal, la main est l’un des membres essentiels de la communication comme dans bien de pays d’ailleurs.
Je vois certains sourire en coin qui doivent penser que je vais parler de la main tendue des mendiants de Dakar. Détrompez-vous.

Toujours saluer en serrant la main quel que soit le niveau de la personne

Dans beaucoup de pays africains, surtout au Togo mon pays, quand on se salue on ne se donne la main que si on se connait bien ou si on est du même niveau social ou hiérarchique. Ainsi un enfant ne peut donner directement la main à un adulte si ce n’est ce dernier qui enclenche l’action. Un subalterne ne peut donner la main, en premier, à son supérieur. Ceci serait une marque d’impolitesse notoire et de mauvaise éducation.
Au Sénégal, c’est tout le contraire. Saluer une personne plus âgée que soi sans lui tendre la main, c’est cela qui est signe d’impolitesse. A mes premières années à Dakar, un voisin de quartier, d’un certain âge, me l’a appris. Je passais toujours le saluer sans lui tendre la main. Pour moi je le respectais en faisant comme chez moi. Jusqu’au jour où il m’a dit « Mon ami, sais-tu que quand tu passes ici chaque jour, tu ne me salues pas ? ». Je lui ai répondu que je le faisais et il m’a dit « tu ne me donnes pas la main ». Et là il m’a expliqué et j’ai tout compris. J’ai donc pris le temps d’observer les comportements locaux et cela m’a confirmé les dires de mon voisin. Depuis ce jour je salue toujours avec une chaude poignée de main si celui (celle) que j’ai en face de moi est un(e) sénégalais(e).

Évidemment s’il s’agit des gens venant de mon pays et qui sont plus âgés que moi j’attends toujours que ce soit eux qui envoient leurs mains d’abord. Dans ma tête, je me dis « ils sont trop ringards ces vieux de mon pays ».

Ces gens, de chez moi, continuent de dire tout bas que les gens d’ici sont irrespectueux. Pour ma part, je trouve que ce sont plutôt eux mes compatriotes qui refusent d’être ouverts et de comprendre l’autre et sa culture. Pourtant au Sénégal, il suffit de saluer les gens pour qu’ils soient chaleureux avec vous et vous accueillent avec une gentillesse surprenante.

La main comme outil de signalisation routière

Quand vous circulez à bord de votre voiture, votre surprise, si vous êtes nouveau à Dakar, sera grande si les gens ne réagissent pas très vite lorsque vous faites des jeux de phares ou que vous signalez à l’aide de votre clignotant que vous tournez à gauche ou à droite.
Si vous ne connaissez pas bien le Sénégal, vous vous direz que les gens sont trop lents à réagir. Pourtant la solution est simple, il vous suffit de sortir la main, de l’agiter ou de la lever. Vous verrez qu’automatiquement, on vous cède le passage et même avec un large sourire. Que ce soit pour tourner ou pour qu’on vous laisse passer. Vous serez surpris de la puissance de votre propre main qui ouvre les voies plus vite que ne le font les signalisations normales. Et ça même les auto-écoles du Sénégal ne vous l’enseigneront pas.

Mais bon ceci n’est pas un appel à conduire comme les chauffeurs de clandos (taxis clandestins de Dakar), qui eux, ne respectent aucun code. Je ne vous fais pas non plus un appel à avoir un véhicule sans clignotants ni phares. Vous risquez d’être surpris car malgré la réalité que je décris, les policiers sénégalais sont rigoureux dans les contrôles, surtout dans ces temps de Ramadan (J’ai rien dit et n’imaginez rien du tout).

Manger avec la main

Au Sénégal, même si les habitudes s’occidentalisent, il est encore assez fréquent de voir des familles manger à la main. Si jamais vos hôtes sénégalais mangent à la main, il serait de bon ton que vous fassiez pareil. Refusez la cuillère ou la fourchette qu’on vous offre pour manger le tiep bou diene (riz au poisson). Faites juste comme eux.

Vos hôtes considèreront que vous êtes respectueux de leurs habitudes et de leur culture. Et cela vous facilitera le contact avec eux.Vous pourrez même être considéré comme bien intégré. Cela vous ouvre les portes.

Ce qu’il ne faut pas faire avec sa main

Ce n’est pas parce que j’ai dit que la main ouvrait des portes qu’il faut penser que tout est permis. Avec la main tout est permis peut-être mais tout n’est pas utile ou bien vu. Voici quelques gestes à éviter :

  • donner quelque chose à une personne avec la main gauche (ce geste est interprété comme de l’impolitesse)
  • manger avec la main gauche (considéré comme sale)
  • mettre la main sous le menton (considéré comme attirant le malheur)
  • pointer l’index vers une personne (manque de respect)

Pour ceux qui refusent de prendre la main qu’on leur donne en guise de salutation, sachez que quand on voyage il faut observer la culture et les habitudes des autres et s’y adapter. Vouloir que les us et coutumes des autres soient pareils aux nôtres est une vraie preuve d’inculture et de non-acceptation de l’autre surtout sur leurs sols.
Accepter l’autre dans sa différence culturelle enrichit certainement car aucune culture ne peut prétendre être meilleure que l’autre. Ne vous fermez donc pas des portes en restant dans de petites considérations culturelles.

Feu le Roi Hassan 2 du Maroc a dit « celui qui ne parle que sa propre langue est un analphabète ».

Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, entendent ce que le roi a dit. Si vous ne voulez pas écouter le blogueur que je suis au moins respectez le conseil du roi. (En Afrique on respecte les rois, non?)

Salam chez vous…

Par Roger Mawulolo (Facebook | Twitter)

*téranga : mot wolof signifiant hospitalité – Le Sénégal est appelé pays de la téranga

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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9 Commentaires

  1. c’est fascinant de voir comment certaines choses sont pareilles et d’autres différentes en fonction des milieux

    comme tu dis: « Pour ceux qui refusent de prendre la main qu’on leur donne en guise de salutation, sachez que quand on voyage il faut observer la culture et les habitudes des autres et s’y adapter. Vouloir que les us et coutumes des autres soient pareils aux nôtres est une vraie preuve d’inculture et de non-acceptation de l’autre surtout sur leurs sols. »

  2. Au moins, j’ai appris une chose sur les habitudes des sénégalais à travers ton billet lol.
    Oui, il n’a pas tort le Roi Hassan 2 du Maroc : « celui qui ne parle que sa propre langue est un analphabète »

  3. Super ce billet! Il est enrichissant, et me servira lors d’un éventuel prochain séjour à Dakar! D’ici là, je mangerai bien un poulet yassa… avec la main bien entendu! 🙂

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