[Fête des mères] : la mère qui aime bien châtie bien

Quand vient le temps de la fête des mères, je me souviens toujours des punitions que je récoltais quand j’étais enfant. Je dis bien « récolter » car elles étaient souvent le fruit de ce que j’avais moi-même semé. Pourtant, c’est pour ces punitions là que j’éprouve beaucoup de reconnaissance à dire « Bonne fête maman ».

Ma mère et ses punitions étaient la plus belle expression de l’adage « Qui aime bien, châtie bien ».

Avec ma mère, il y avait des choses pardonnables et d’autres impardonnables. Je vais plutôt vous faire part des impardonnables car c’est cela qui valait les punitions. J’avais même fini par croire qu’elle avait un catalogue de punitions adaptées à chaque faute. Peut-être qu’elle ne voulait pas avoir des punitions disproportionnées.
Ce dont je suis sûr c’est que ces punitions m’ont certainement permis d’être discipliné et poli (Qui en doute ici ?). Elles ont aussi, sans aucun doute, forgé mon caractère.

Fête des mères

Fête des mères – Photo : http://www.publicdomainpictures.net

Manquer de respect aux personnes plus âgées

Pour ma mère, une personne plus âgée que moi ne pouvait jamais mentir dans mon compte. En fait, elle n’ignorait pas que cette personne âgée pouvait réellement mentir. Mais chez nous il fallait toujours « enlever les enfants du ventre de ceux qui pouvaient leur en vouloir ». Cette expression veut juste dire qu’il vaut mieux ou qu’il faut toujours corriger ton enfant devant une personne âgée qui le dénonce ou qui l’accuse. Il parait que l’accusateur est ainsi soulagé et que s’il avait de vils desseins à l’encontre de ton enfant, cela le désarmait totalement. Injustice ou pas, il me fallait juste éviter d’avoir maille à partir avec des plus âgé(e)s que nous. Je pense que cela nous a enseigné le respect des aînés. Ma mère préférait cette injustice à l’indiscipline.

Quand je m’en rendais coupable, à tort ou à raison, la punition était quatre coups dans les mains à l’aide d’une petit brosse spéciale que maman avait. Elle-même disait « quatre coups bien appliqués ». J’étais souvent puni pour cette faute car moi-même une personne âgée qui voulait me tricher, je ne l’acceptais pas. Et souvent l’accusateur se retrouvait un peu mal à l’aise devant la scène. C’était peut-être le but visé par maman. Qui sait ?
Pourtant ma mère savait très bien que je respectais toujours les aînés sauf quand ils voulaient me tricher ou m’asservir.

Participer ou assister à des bagarres

Avec ma mère, que tu sois acteur ou spectateur d’une bagarre tu auras ta punition. La règle est simple : en te bagarrant ou en assistant à une bagarre, tu risques de te (faire) blesser. Tout ce qui pouvait présenter un risque pour notre intégrité physique, ma mère le réprouvait que ce soit de notre faute ou pas. Tout ce qu’elle nous demandait était de fuir les bagarres à tout prix. En cas de légitime défense ou de défense d’un cadet, là elle t’avouera qu’elle t’a compris mais ce sera après la correction. Sa grande question est : « et si on t’avait blessé ? ».

La punition dans ce cas était « vite dans ta chambre et tu lis un livre ou tu prends ton cahier de leçons ». Et c’était parti pour des heures. Je n’en sortais que pour manger.

Est-ce cela qui a fait de moi un lecteur assidu de plusieurs ouvrages ou même un rédacteur ou un blogueur ?

Ne pas respecter les règles en présence d’invités ou de visiteurs

En présence d’invités à la maison, il fallait bien se tenir. En ces moments, ma mère ne parle que du regard. Et nous, on savait détecter la suite des événements. De la façon dont elle te regarde, tu sauras si tu recevras ou non une correction après le départ des invités. Ce qu’elle pouvait nous reprocher était de persister à rester regarder la télévision au salon quand des invités, plus âgés que nous, y étaient. Quand les grandes personnes discutent, un enfant ne doit ni les regarder dans les yeux, ni écouter ce qu’ils disent et encore moins intervenir.
J’avais ce droit uniquement quand, parmi les invités, il y avait des enfants de mon âge. Le pire pour moi, enfant à l’époque, était que je devais refuser de prendre la boisson si jamais l’invité lui-même m’en offrait. Quelle supplice ! Si j’acceptais ce cadeau, il fallait m’attendre à des « représailles » différées. Tout ça faisait partie de l’éducation et du respect des autres. Selon la norme de ma mère, il me fallait tout simplement décliner l’offre.

La punition réservée dans ce cas est une plus forte pression sur ton corps lors du bain matinal. On te frictionne la peau vraiment plus fort que d’habitude en te rappelant ta faute. Tu avais intérêt à te laisser faire. Toute résistance serait assimilée à de l’impolitesse et aurait mérité des représailles proportionnelles à la faute.

Il y avait aussi des manquements comme les larcins, l’abus du droit d’ainesse, revenir tout sale à la maison et bien d’autres qui pouvaient donner droit à des punitions.

Les punitions interdites

Pour ma mère, il y avait des punitions qu’un enfant ne pouvait mériter quel que soit le reproche qui lui était fait. Par exemple : priver de nourriture ou battre un enfant jusqu’à le blesser.
Nos voisines, qui se rendaient coupables de telles choses sur leurs propres enfants, trouvaient toute la colère de ma mère. Elle aimait à leur dire « si c’est réellement toi qui a porté cet enfant dans ton sein pendant 9 mois, tu ne pourrais lui infliger cette soi-disant correction ». Pour le père qui aurait osé donner une de ces punitions à son enfant, elle lui aurait dit « …tu penses que les quelques minutes de plaisirs que tu as prises ont suffit seules à le mettre au monde ?  Je te souhaite d’en porter un pendant neuf mois et tu me diras si tu peux encore le maltraiter ainsi ».
L’enfant victime pouvait même venir rester chez nous quelques temps.

Ceux qui ne sont peut-être pas de la même génération que moi ou pas du même pays, penserons que c’était de l’abus d’autorité, je vous assure que non. C’était toute une culture, tout un ensemble de valeurs. Et pour ma part ma mère ne punissait jamais pour blesser, ni psychologiquement ni physiquement. Ses punitions étaient des corrections bien calibrées et sans abus. Surtout, après chaque correction, elle tentait d’en expliquer le bien-fondé. Et au fur et à mesure qu’on grandissait, cela diminuait pour se muer en échanges, discussions et corrections verbales.

En grandissant nous avons, mes frères, mes sœurs et moi compris toute la discipline qu’elle nous a ainsi inculquée.
Vous vous demandez certainement ce que mon père faisait dans tout ça… Il avait son rôle, assez spécial, mais ça je vous le dirai certainement à la fête des pères ! L’honneur est à maman aujourd’hui.

Bonne fête maman chérie…même si tu n’acceptes pas qu’on fasse à tes petits-enfants ce que toi tu nous faisais.

Par Roger Mawulolo (Facebook | Twitter)

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

Archives par auteur

3 Commentaires

    1. Je savais…. Les larcins : piquer quelques mangues ou noix de coco sur les arbres de l’enceinte de l’Eglise.
      Piquer un peu de nourriture à l’insu de tous dans le garde-manger
      S’acheter un petit bon avec les 5 francs de monnaie qu’on a gardé par devers soi après une commission…
      Tu peux compléter avec les tiens
      😀

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *