Le vélo, notre cheval de fer

Le vélo, un engin à deux roues, introduit en Afrique par les Occidentaux était, jusqu’à récemment, l’un des moyens de transport les plus utilisés sur le continent en général et au Togo en particulier. Dans ce pays, le nom local « Gasô » de cet engin signifie « cheval de fer ».

Au départ, ce sont les missionnaires venus apporter la « Bonne nouvelle » (l’annonce de l’évangile chrétien), couplée à la colonisation, qui étaient les principaux cavaliers du cheval de fer. Par la suite, les émancipés et les riches de l’époque ont pu en avoir.

C’était une marque de bourgeoisie et de richesse. Les fonctionnaires, les grands cultivateurs en avaient, tandis que le petit peuple n’avait que ses pieds comme moyen de locomotion.

En avoir ou pas et apprendre à s’en servir

Nous durant notre enfance, dans les années 80 à 90, n’avait pas de vélo qui le souhaitait. Les enfants aisés du quartier en recevaient comme cadeau pour leur anniversaire ou d’autres occasions. Certains allaient à l’école avec.
Ceux qui avaient la chance d’en avoir depuis l’enfance grandissaient avec leur vélo et savaient déjà bien pédaler et avancer en équilibre sur un vélo.
Pour les moins nantis, il fallait attendre d’avoir un grand frère, une grande sœur, un oncle, une tante ou ses propres parents propriétaires d’un vélo, avant de se mettre

Vélo au champ - Source : afrique-a-velo.jeremiebt.com

Enfants africains s’amusant avec un vélo – Source : un.org

à l’apprentissage du pédalage. Et souvent, c’était à l’insu du propriétaire.
On devait se coller à un mur avant de se lancer et trouver son équilibre avec tous les risques que cela comportait. On pouvait chuter plusieurs fois avant d’atteindre une certaine stabilité, et encore, fallait-il savoir freiner ou bien manœuvrer le guidon. Les accidents n’étaient jamais trop loin.
Les « apprentis-cyclistes » les plus chanceux ont pu avoir quelqu’un qui les aidait en leur tenant fermement la selle pour les maintenir en équilibre.
Ce mode d’apprentissage était le plus passionnant. Les souvenirs étant meilleurs et toujours vivaces surtout si on en garde des cicatrices, conséquences de chutes ou d’accidents souvent mineurs.
Des fois, il fallait faire une certaine distance juste pour le plaisir de monter sur un vélo. Une des places « mythiques » à visiter était la place dénommée « Fréau Jardin » aujourd’hui appelée « Place Anani Santos ». On y allait pour louer des vélos et rouler. Les tarifs variaient selon le type du vélo, son âge et le temps d’utilisation prévu.
Un tour de terrain faisait 25 à 50 francs CFA tandis que 15 minutes de tour en ville ou dans les alentours faisaient 250 francs CFA. Les « une heure » étaient à 500 voire 700 francs CFA. On pouvait faire des économies toute la semaine pour y aller un mercredi après-midi ou un samedi, temps libres pour les élèves. Le dimanche, on pouvait retrouver les « bailleurs » de vélos à la plage ou d’autres lieux de grands rassemblements. Le terrain de Nyékonakpoè-Boka (un quartier de Lomé) aussi servait des fois.
Les courses et les compétitions (le lâcher de guidon appelée « San mé » ou la chenille, faire du « slalom » et autres jeux…) entre amis étaient de mise.

Et vinrent les vélos chinois

Par la suite, les Chinois ont permis d’avoir des vélos à bon marché. Mes compatriotes n’avaient plus besoin d’acheter la marque « Peugeot » qui demeurait trop chère. Les Chinois ont fait le bonheur de plus d’un en nous amenant des vélos bon marché.

Le marché de vélos d’occasion était situé à « Abattoir », non loin du grand marché de Lomé. Mais on pouvait aussi profiter des vélos vendus d’occasion par des expatriés en partance.

Grâce aux coûts abordables, presque tout le monde pouvait disposer du vélo, son cheval de fer.

Le spectacle garanti grâce au vélo

VTT, le guidon plat

VTT, le guidon plat

A côté des courses organisées par la Fédération togolaise de cyclisme et du tour du Togo, nous avions aussi les acrobates du vélo. Mes souvenirs me rappellent un certain « Kodjovi » qui était élève au Collège Straebler de Lomé. Il nous régalait par ses sauts par-dessus dix enfants couchés au sol et d’autres numéros lors des spectacles au stade de Lomé ou en ville.

Je me rappelle de quelques noms de champions cyclistes Togolais : Amavi Amakoué alias « Américain », Rodriguez Koffi, Moreira Komi. Les pionniers du cyclisme togolais.

Chacun son goût, chacun son métier

Il y avait aussi des métiers liés au vélo. Les vendeurs de yaourts, de glaces, de pain ne pouvaient s’en passer.

Les réparateurs de vélos, appelés « mécaniciens deux roues », étaient chargés des divers dépannages sur les engins. Ils intervenaient en cas de crevaison, pour boucher le trou dans la chambre à air, ou encore la remplacer. Souvent aussi, ils changeaient les chaînes, les roulements, les rayons et le système d’éclairage. Les Yoruba* (de Hogbonou** au Bénin) étaient les principaux acteurs de ce domaine et même la vente des pièces détachées étaient leur métier de prédilection.

Les décorations des vélos étaient aussi pittoresques les unes que les autres. Des autocollants par ci, des accessoires par là, chacun y allait de son inspiration pour avoir le plus beau vélo du quartier. Les rastas y allaient avec des effigies de Bob Marley et Alpha Blondy ou Jimmy Cliff tandis que les sportifs avaient Pelé, Maradona ou autres. Chacun sa couleur: du vert, jaune, rouge on passait facilement au bleu, blanc, rouge.

Vélo au champ - Source : afrique-a-velo.jeremiebt.com

Vélo au champ – Source : afrique-a-velo.jeremiebt.com

Nous avions divers types de vélos :

  • les vélos ordinaires
  • les vélos de course (qu’utilisaient les sportifs)
  • les vélos cross
  • les vélos tout-terrain (nous les appelions VTT ou encore « guidon plat »)

De nos jours, l’engouement pour le vélo a beaucoup diminué. Les jeunes et même les enfants ne jurent que par les motos. Et ceci toujours grâce aux Asiatiques, qui inondent notre marché d’une grande quantité de marques de deux roues motorisées. Même au village, des gens vont au champ ou à la quête de bois de chauffage à moto, c’est dire que le vélo n’est plus le même élément de prestige qu’avant.

Au delà de ceux qui en ont encore, de nos jours, pour faire du sport, certains togolais à faibles revenus demeurent fidèles à leur cheval de fer. Pour cela, le vélo est de plus en plus considéré comme le véhicule du pauvre.

* Yoruba : groupe ethnique originaire du Nigeria vivant au Togo et au Bénin
** Hogbonou : nom traditionnel de Porto-Novo, capitale administrative du Bénin

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

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2 Commentaires

  1. Beau Billet
    Cheval de fer vraiment… que de bons souvenirs, que de bons souvenirs. C’est vrai quand même que ce sont les Chinese qui ont démocratisé le vélo. sinon, même Gaço ça aurait été compliqué.

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