S’occuper des filles-mères, c’est bien. Et les garçons-pères ?

A Lomé (Togo), on leur donne le sobriquet de « Vi-pères ». Ce n’est pas pour dire qu’ils sont venimeux comme des vipères mais juste pour dire qu’ils sont des pères précoces. (« Vi » en mina* veut dire « enfant », donc « enfant-père »).
Souvent pour ne pas dire toujours, lorsque l’on traite des questions de grossesse précoce, la tendance générale impose presque de ne parler que des filles.
De mon point de vue, nous pouvons aussi traiter de ce que peuvent vivre les auteurs de ces grossesses surtout s’ils sont aussi jeunes et mineurs comme la fille.

Les garçons-pères aussi ont droit à notre regard. Je les situe dans la catégorie des moins de 20 ans.

L’extrait ci-dessous, corrigé par mes soins, posté par un homme seul à éduquer son bébé traduit parfaitement mon sentiment qui sous-tend ma rédaction. (Cliquez ici pour voir le post en entier)

« On en trouve des blogs ou des sites pour des jeunes mères ou des filles mères célibataires ou, quand il s’agit des filles, il y a pleins de trucs pour elles, mais pour les mecs… je cherche encore!
Nous aussi nous en avons besoin…moi j’en ai besoin !
Partager ces expériences, et s’écouter…..je crois que c’est important, parfois, de savoir que tu n’es pas le seul mec dans la merde!
Il ne s’agit pas d’une revendication pour blesser les filles, non juste d’une réalité qui est là! ».

Voyons donc ce que peut vivre un garçon-père :

  • Sentiment de culpabilité (choc émotif)
Garçon-père - Image libre Pixabay - Retouche par Mawulolo

Garçon-père – Image libre Pixabay – Retouche par Mawulolo

Pour un garçon très jeune auteur d’une grossesse, un sentiment de culpabilité peut l’assaillir. Ce qui le pousse d’abord à refuser être l’auteur de la grossesse et à ne l’accepter que s’il se sent rassuré ou forcé. Je lisais un article du journal béninois « L’évènement précis » sur deux jeunes filles mineures et élèves en état de grossesse. J’y ai lu que le garçon tout aussi jeune que l’une fille n’a accepté être l’auteur de la grossesse qu’après l’intervention de la gendarmerie. Le recours à la force avant que le garçon n’accepte traduit tout le drame intérieur qu’il vit.
Dans des cas d’espèce, le garçon a tout comme la fille besoin d’un accompagnement psychologique pour l’aider à mieux gérer cet aspect nouveau dans vie. La famille ou des structures adéquates peuvent (doivent) servir à cela. D’ailleurs les organisations non gouvernementales ou les services sociaux qui s’occupent des filles mères peuvent valablement prendre en charge les garçons pères aussi. Sinon ce serait de la discrimination.

  • Rejet familial et social

Lorsque la famille ne prend pas en charge le jeune garçon, il se sent rejeté par la famille et par la société. Il y a des familles qui expulsent leurs fils sous le prétexte que s’il est capable de mettre une fille enceinte, c’est qu’il peut s’assumer. En dehors de la famille si le garçon n’ a aucun recours, il peut devenir un enfant de la rue qui vivra de larcins ou autres.

Si le garçon évoluait dans un groupe constitué d’une association religieuse, il est indexé de pécheur et de fornicateur car pour le christianisme et l’islam, la conception ne peut se faire que dans les liens du mariage. Ni hors, ni avant. Il peut perdre l’affection de son groupe au moment où il a le plus besoin de soutien. Dans les cas extrêmes, il peut même être excommunié. Moi je pense que c’est plutôt d’un accompagnement dont le garçon a besoin.
J’ai lu avec intérêt cet article de Radio Okapi qui indique que des institutions religieuses de formation refusaient en 2007 les inscriptions concernant les filles-mères et les garçons-pères.
L’article indique que c’est une mesure pour lutter contre le phénomène des grossesses précoces.
Je ne sais pas si les résultats escomptés ont été atteints ou si cette mesure existe encore à ce jour.

  • La déscolarisation et le retard scolaire

La déscolarisation, qui peut être une conséquence du rejet familial si l’enfant se retrouve dans la rue, est parfois décidée par certains.
« Comme tu as décidé d’être père, tu vas désormais laisser l’école pour apprendre un métier pour subvenir à tes besoins » sont des phrases déjà entendues chez des parents dont le garçon a eu la malchance d’avoir donné le coup de hanches de trop. (Excusez-moi l’expression).
Surtout si c’est un garçon qui n’était pas trop brillant à l’école ou avait un retard dans sa scolarité.

Les aînés (G) doivent être un soutien pour le garçon-père (J)- Image libre Pixabay

Les aînés (G) doivent être un soutien pour le garçon-père (J)- Image libre Pixabay

Le rejet par la famille et par la société peut aussi avoir des effets négatifs sur les résultats scolaires du garçon. Si ce dernier n’est pas doté d’une certaine force morale, il ne pourra rester concentrer sur ses études d’autant plus que déjà à l’école le regard des aînés et de ses collègues pèsent sur lui. Son statut de père peut lui être rappelé à chaque faux-pas.

Si vous me dites que le garçon l’a bien voulu, je pourrai vous répondre la fille aussi.
Autant les filles-mères ont besoin d’attention et de réconfort, autant les garçons-pères aussi en ont besoin. L’égalité homme-femme exige cela.
L’éducation sexuelle dès le bas âge peut aider à résoudre ces problèmes mais chez nous en Afrique, c’est plus facile à dire qu’à faire.

C’était ma réflexion du jour…

P.S : On en parle si peu que même trouver des images d’illustration est un chemin de croix….

 * mina : langue parlée au Sud-Togo, principalement à Lomé

 

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

Archives par auteur

3 Commentaires

  1. Mais faut reconnaître que se sont les filles qui en souffrent le plus. Un garçon peut refuser d’assumer la future paternité et c’est souvent le cas. C’est la parole de l’un contre celle de l’autre. Test ADN là c’est pas par ici dé. Même que sa famille le soutient entièrement (faut voir lequel des deux parents à plus de voix même pour crier au scandale dans ce cas de figure comme ce n’était pas une femme). Souvent la fille se trouve livrée à elle même, dans beaucoup de cas elle tente un avortement qui se termine mal, elle arrête sa scolarité, elle est jetée hors de la maison cette fois-ci par le père (souvent).
    Certes il y a des garçons-père contraints comme tu le dis Roger de reconnaître et même quelque fois moins lâches que la plupart. Et c’est de cette minorité que tu parles. Mais quand on les « oublie » c’est bien parce qu’ils sont vraiment très peu nombreux par rapport aux filles qui n’ont guère le choix puisqu’elles portent la vie.
    C’est un sujet très vaste toujours d’actualité toujours complexe et toujours douloureux pour la gent (tout comme le viol et autres violences faites aux femmes, l’infanticide…) que tu soulèves là. Mais promis on pensera aux pauvres futurs vi-pères.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *