Sénégal-Guinée : Ebola en mode import-export

J’espère qu’en lisant ce billet, Mamane de RFI ne me traitera pas d’ami d’Ebola (écoutez sa chronique du jour et vous comprendrez).
Il y a quelques semaines, à mon retour de voyage d’un pays d’Afrique de l’Ouest, j’ai fait un transit par un autre pays d’Afrique de l’Ouest avant d’arriver dans le pays d’Afrique de l’Ouest où je réside. Vous me suivez ?

Peut être que j’évite de signaler ces pays là pour que vous ne veuillez pas me mettre en quarantaine pendant 21 jours pour voir si je n’ai pas piqué la fièvre hémorragique à virus Ebola quelque part.

Ne vous inquiétez pas, ce sont des pays sains que j’ai visités et traversés.

Mon premier ami que je croise me demande si je suis revenu sain et sauf. Je dis « oui » et alors il m’expliqua que dans son « sain et sauf », il incluait le virus Ebola. Je lui répondis que les pays que j’ai visités étaient déclarés « sains » et que c’est mon retour même qui me fait peur. On venait de signaler un cas d’Ebola à Dakar (oui c’est à Dakar que je réside).

Sa réponse vu sans équivoque : « Non, il n’y a pas Ebola au Sénégal mais juste un cas importé ». Là, je compris toute la subtilité de l’expression « cas importé ». Comme ça Ebola est devenu un sujet de commerce « import-export ». Les semaines suivantes allaient le confirmer.

SenGui

L’importation a eu pour point de départ une localité de la Guinée, Donka. La « marchandise », le virus Ebola a eu comme moyen de transport un taxi brousse. Et son emballage était le corps d’un jeune Guinéen nommé Mamadou Alimou Diallo.

La marchandise a transité par plusieurs villages pour arriver à Dakar plus précisément aux Parcelles assainies, un de ses quartiers.

Avant sa « livraison » à d’autres consommateurs, le « produit » a eu la malchance d’avoir été dénoncé par les autorités du pays de provenance. Alors le pays qui se serait retrouvé « consommateur » déploya les grands moyens pour récupérer l’emballage et le traiter. « Alhamdoulilah »*, le traitement se passa bien et au plus haut niveau de l’appareil d’état, l’exportation du cas importé a été décidée. La tactique du retour à l’envoyeur a été appliquée dans son sens strict.

Cette exportation sera faite par avion vers Conakry a t-on décidé. Entre temps, le pays devenu « exportateur » a oublié qu’il a lui même décidé de fermer toutes les voies de communication (air, terre, mer) avec le pays destinataire.

Au finish, le porteur est reparti par la même voie qu’il a utilisée pour venir, la route via Kédougou où il fut remis aux autorités du pays d’où il venait.

Ainsi a été bouclé Ebola en mode « import-export » entre le Sénégal et la Guinée, des pays frères qui partagent même des électeurs. Oui, il y en a qui votent des deux côtés.

Pour aggraver notre psychose, les rumeurs disent qu’il y aurait maintenant des passeurs qui feraient dans le trafic des personnes de pays infectés vers les pays non infectés. Si ceci s’avérait réel, le mode « import-export » aura encore de beaux jours devant lui puisque les polices récupéreront d’autres « colis » à renvoyer vers le pays d’origine.

Aux dernières nouvelles, un corridor humanitaire est en préparation entre les deux pays. Je pense que ceci serait une meilleure approche car on dit souvent : « Quand la case de ton voisin brûle, il faut l’aider à éteindre le feu de peur que le feu n’atteigne ta propre case ». On note aussi un retour à la normale dans les relations entre les deux peuples. C’est tout à l’honneur des dirigeants.

A bon entendeur, demi-campagne sur Ebola est suffisante.

P.S : Aucun terme utilisé dans ce billet ne doit être considéré comme péjoratif. C’est juste un style.

* Alhamdoulilah : terme arabe fréquemment utilisé au Sénégal pour dire « On rend grâce à Dieu »

À propos de l'auteur

Mawulolo

Travaillant dans le domaine des TICs (Ingénieur Informaticien) dans un organisme international africain, il me semble au fil des ans que je deviens accro à l'écriture et à la communication. Que ce soit sous forme d'articles ou de commentaires sur le web, de présentation radio ou de spectacle, je m'y sens de plus en plus comme un poisson dans l'eau. Je suis un africain né sur le continent noir et y vivant. J'aime traiter de politique, de société et aussi de sport. Au delà, la gestion de programme Jeunesse est mon dada. A ce titre, je suis le gestionnaire actuel des projets "Jeunesse" d'une communauté regroupant 35 associations, venant de 24 pays, réparties en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l'Océan indien et dans le Pacifique

Archives par auteur

3 Commentaires

    1. Judith, à Dakar, il n’y a plus aucun cas déclaré de la fièvre hémorragique Ebola. Donc le Sénégal fait partie des pays non infectés.
      Pour le ton, c’est juste un style pour quand même dénoncer et informer. A prendre donc sans connotation péjorative aucune…lol

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *